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“Les entreprises sous-estiment l’apport d’un partenaire financier stratégique”

2 novembre 2004, 20:00

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●<B>L’idée d’“equity fund” n’est pas assez connue à Maurice. Pourquoi ce concept ne trouve-t-il pas la place adéquate dans nos mœurs financières ? </B>

Les entrepreneurs mauriciens n’accordent pas l’attention nécessaire à l’equity funding. La raison principale de cette défaillance est que les opérateurs et les conseillers financiers ne conçoivent pas la question à partir d’une approche stratégique. Ils ont recours à ce type de financement surtout comme un moyen d’arriver à un certain niveau de fonds propres afin d’être éligibles aux prêts bancaires.

Les dettes ont traditionnellement été la source préférée des capitaux, parce que le mécanisme et les exigences sont faciles à comprendre. En même temps, les dettes permettent aux actionnaires de maintenir le contrôle sur la compagnie. Dans l’environnement d’affaires d’aujourd’hui, l’accent doit davantage être mis sur la création de la valeur que sur le contrôle. C’est le modèle que le concept d’equity funding vise à promouvoir.

Les entreprises sous-estiment l’importance d’un partenaire financier stratégique. Le private equity est l’apport de capital à risque aux entreprises aux différentes étapes de leur cycle de développement. L’objectif est d’encadrer des sociétés qui ont un potentiel de croissance et de profitabilité élevées, et également de soutenir celles qui vont retourner de la valeur aux actionnaires.

Les aspects déterminants sont la vision et la stratégie du management pour développer l’entreprise sur la base d’un avantage concurrentiel durable. Un fonds de private equity recherche avant tout une approche entrepreneuriale, un business focus, les compétences du management, des alliances stratégiques et une culture de bonne gouvernance.

●<B>Quelles raisons ont motivé la Mauritius Commercial Bank (MCB) à exploiter ce créneau financier ? </B>

La MCB a été impliquée dans plusieurs formes de capital à risque pendant des décennies. L’industrie du textile, le tourisme, le port franc sont autant de preuves concrètes de cette approche qui consiste à financer de nouvelles opportunités et même à créer de nouvelles industries.

Trois principales raisons nous ont incités à mettre en place un equity fund. Avec les exigences additionnelles de régulation, il existe un consensus en faveur d’une approche formelle et scientifique de la gestion des risques. Il faut mettre en place des pratiques et des procédures par rapport à cette gestion qui permettront à la compagnie d’extraire le maximum de valeur possible et d’optimiser les retours à l’investisseur.

D’autre part, l’environnment économique exige que les entreprises soient plus focalisées sur leurs métiers. Troisièmement, le concept d’equity funding trouve sa place dans notre portefeuille de produits et correspond parfaitement à notre clientèle. La MCB détient une franchise forte, qui inspire confiance et reflète une culture corporate robuste. Ce fonds, qui aura la MCB comme unique actionnaire, va capitaliser sur ces forces. Celles-ci nous permettront d’adopter une méthodologie plus disciplinée dans l’évaluation des risques et dans l’institution des procédures formelles pour approuver les investissements. Le fonds doit pouvoir optimiser les retours sur les investissements existants et futurs.

●<B>Quels sont les secteurs dans lesquels le MCB “Equity Fund” compte investir ? </B>

Le fonds va investir dans des entreprises qui sont commercialement viables et qui ont un potentiel de croissance et de profitabilité. Les sociétés dans lesquelles nous investirons devront répondre à plusieurs exigences de vision et de stratégie pour générer un avantage compétitif.

Deuxièmement, nous comptons placer notre argent dans des compagnies qui offrent une porte de sortie opportuniste – opportuniste dans le sens où le désinvestissement est favorable à la fois à l’investisseur et à la compagnie. Par exemple, nous pouvons vendre nos parts à un investisseur stratégique susceptible de propulser la société vers un nouveau seuil.

Le MCB Equity Fund va investir dans tous les secteurs, y compris dans les nouvelles activités telles que les technologies de l’information et de communication et le business process outsourcing. Le fonds investira de préférence dans les projets d’expansion et de modernisation des entreprises existantes et dans des opérations de buy-out. Nous nous intéresserons aux start-ups seulement si les promoteurs démontrent un engagement sérieux en mobilisant des ressources personnelles ; argent, temps et connaissance et qu’elles ont un modèle de business viable.

Nous avons d’autres objectifs, comme la création d’emplois, l’élargissement de la base économique et la facilitation à l’accès au capital à risque afin d’encourager une culture entrepreneuriale.

●<B> La restructuration des entreprises vous intéresse-t-elle ?</B>

La restructuration est une opération très difficile. Elle nécessite un réalignement des ressources et l’avènement d’un nouveau modèle de business. Il faut que l’entreprise soit en mesure d’injecter de nouvelles compétences. Le fonds de son côté doit détenir l’expertise que nécessite la mise en ordre des sociétés.

Si ces conditions ne sont pas réunies, il vaut mieux ne pas s’aventurer. Les expériences à travers le monde ont prouvé qu’à moins que ces ingrédients existent, les restructurations des entreprises se terminent par des échecs.

●<B> Quelle sera la structure de vos investissements dans les sociétés ? </B>

Le fonds va débourser un maximum de Rs 75 millions par projet d’investissement. Le déboursement se fera par tranche, selon un plan soutenu par des indicateurs de performance.

Les investissements du fonds font partie du capital de la compagnie dans laquelle nous plaçons notre argent. Notre investissement sera structuré de façon à ce qu’il permette à la compagnie d’exploiter au maximum les ressources à sa disposition. En même temps, le fonds doit être en mesure d’apporter des portions substantielles de revenus sous forme de dividendes ou de rachat d’actions, lorsque la compagnie génère du free cash flow découlant de l’expansion, de la modernisation ou de la restructuration.

Chaque investissement est une occasion unique. On ne peut donc adopter une méthode standard. Chaque opportunité doit être accompagnée d’un package spécifique.

Le fonds sera un actionnaire minoritaire dans les sociétés où il investit. Toutefois, il détiendra des parts substantielles qui lui permettront d’y jouer un rôle prépondérant, moyennant une approche active dans l’administration des affaires de la compagnie. Généralement, nous essayons d’obtenir un ou deux sièges sur le conseil d’administration pour que nous soyons plus en mesure d’exercer notre influence. Le but est d’assurer que les ressources nécessaires sont en place afin d’atteindre les objectifs fixés. Une présence sur le conseil nous permet aussi de veiller que les normes de bonne gouvernance sont convenablement appliquées.

●<B> Comment le fonds compte-t-il procéder au désinvestissement ? </B>

Traditionnellement, les placements en private equity cherchent une porte de sortie après cinq à sept ans, car les fonds ont en moyenne une durée de vie de dix à douze ans. Dans des marchés développés, le retrait se fait souvent en vendant la compagnie ou les parts détenues par le fonds à un investisseur stratégique. Il est aussi possible de placer les actions en bourse. A Maurice, ces possibilités sont rares. Nous allons nous concentrer principalement sur les arrangements de buy-back pour sortir des sociétés dans lesquelles nous avons investi.

Mais le MCB Equity Fund ne cherchera pas toujours des retraits formels. Nous pourrons avoir recours à une sortie opportuniste. Cela se fera au cas par cas, afin d’optimiser les retours potentiels. Le fonds n’aura pas un cycle de vie spécifique.

●<B>Quels sont les principaux défis auxquels vous pensez faire face une fois que le fonds sera opérationnel ? </B>

Il faut tout un processus d’éducation pour faire comprendre à la communauté que le private equity est en lui-même une activité et qu’il fait partie du portefeuille de la MCB. Nous sommes là pour faire de l’argent avec les promoteurs et les actionnaires existants. Notre but est de trouver un équilibre win-win pour toutes les parties concernées.

Ce type de financement implique un changement de paradigme, tant sur le plan de la gouvernance que sur la culture du partage de risques. Il existe une certaine exigence en matière de compétences. Il faut avoir de l’expertise opérationnelle et fonctionnelle. Il est également nécessaire de créer un pipeline d’opportunités d’investissement viable.

<I>“Le fonds va investir dans des entreprises qui sont commercialement viables et qui ont un potentiel de croissance et de profitabilité. Les sociétés dans lesquelles nous investirons devront répondre à plusieurs exigences de vision et de stratégie...”</I>

<I>Propos recueillis par Akilesh Roopun</I>

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