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175 ans d?histoire naturelle vous contemplent

16 octobre 2004, 20:00

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La salle d?exposition du Blue Penny Museum prend par enchantement l?allure d?un lieu sacré de la mémoire, l?allure d?un sanctuaire où une jeune Dame de 175 ans, notre Société Royale des Arts et des Sciences, collectionne ses souvenirs les plus chers et les plus chéris. Elle abrite, pour un temps privilégié, un choix autant sélect que sélectif de ses trésors les plus précieux.

Il y a tout d?abord les portraits de vénérables savants. Ils forment également une collection de nos toiles de maîtres les plus précieuses, preuve s?il en faut une de l?heureuse alliance des arts et des sciences au sein de cette Royale Société.

Pierre Poivre y est plus présent que jamais. Avec son sourire ironique et narquois que pourrait lui envier une certaine Mona Lisa del Giocondo. Pierre Poivre plus vivant que jamais. Jouissant d?une résurrection spectaculaire sur l?îlot de corail en rade de Port-Louis qu?il a dû fouler maintes fois mais qui s?est depuis agrandi pour devenir le Front de Mer du Caudan. Nous éprouvons l?envie de le serrer dans nos bras tant vif est notre plaisir de le revoir parmi nous.

<B>Le naturaliste Georges Cuvier pour parrain </B>

Un autre grand savant français y est également présent sous la forme d?un buste. Il s?agit du célèbre naturaliste Georges Cuvier, né à Montbéliard en 1769 et mort à Paris en 1832. Membre de l?Institut à 26 ans, il a occupé, en France, les plus hautes fonctions scientifiques et a brillamment illustré la science. D?aucuns le considèrent comme le père de la paléontologie. Son traité du Règne animal fut considéré comme incontournable pendant un siècle. Il énonça le principe de la Corrélation des caractères. Il a porté sur les fonts baptismaux notre Société d?Histoire naturelle, appelée à devenir la Société Royale des Arts et des Sciences, et en a guidé les premiers pas, les plus décisifs. Puissions-nous partager l?intérêt qu?il portait aux pionniers et apôtres mauriciens de l?histoire naturelle aux XVIIIe et XIXe siècles.

Voilà Charles Telfair, au visage tout en rondeur. Le 11 août 1829, il prend l?initiative d?inviter à dîner chez lui une trentaine de naturalistes. De ce repas partagé, sans doute bien arrosé puisque les convives sont réunis à? Bois-Chéri, Moka, naîtra la Société d?Histoire Naturelle, appelée plus tard à devenir Société des Arts et des Sciences, et en 1847, la reine Victoria le permettant, Société Royale des Arts et des Sciences. Si en France, tout se termine par une chanson, à Maurice beaucoup de grandes choses peuvent commencer par un? bon gueuleton bien arrosé. Et cela continue depuis 175 ans et de plus belle. Comme dit le slogan alcoolisé : « Still going strong ! » « Pourvu que ça dure », dirait Maria Letizia Ramolino, mère de Napoléon Bonaparte. Et le plus longtemps possible !

Quel plaisir de pouvoir contempler le visage de ces patriotes exemplaires, ayant fait ?uvre de pionniers et nous ayant légué un patrimoine scientifique que nombre de pays et non des moindres y compris les plus industrialisés pourraient nous envier. « Ils sont venus. Ils sont tous là », pourraient aussi chanter le grand Charles (Aznavour). Mais la Mamma ne va pas mourir. Pensez-vous ! Elle n?a que 175 ans. La relève est là. Bien présente. Bien active. Animée du même zèle pour les sciences de la Terre. Les Jean-Claude Autrey, les Guy Mc Intire, les Rosemay Ng Kee Kwong, les Vincent et Danielle Florens, les Alain et Jean-Marie Huron, les Linda Mamet, les Owen Griffith, les Gérard de Rosnay, les Alain Lalouette, sont prêts à prendre la relève de leurs prédécesseurs et de continuer à porter haut le flambeau de l?esprit Société Royale des Arts et des Sciences.

Quand on contemple les portraits des premiers serviteurs des sciences naturelles, à Maurice, ceux des Wenceslas Bojer, des Julien Desjardins, des Louis Bouton, des Edward Blackburn, des François Liénard de la Mivoye, des La Hogue, des Brown-Sequard et ceux des plus récents savants mais non moins valeureux, comme Jean Vinson, Octave Wiéhé, Robert Antoine, on ne sait plus qui doit-on le plus admirer de ceux ayant donné le coup d?envoi, de ceux ayant assuré la continuité ou de ceux qui sont animés de l?ardent désir de maintenir vivant l?hommage dû à ces bienfaiteurs inestimables.

Reginald Vaughan est aussi présent grâce à son buste sculpté par l?indispensable France Staub. Vaughan, l?ami précieux entre tous, le confident à l?accueil si généreux et ayant toujours le mot d?encouragement qui convient à toute personne frappant à sa porte et partageant sa passion pour la faune et la flore de Maurice, sinon des Mascareignes.

Présence réelle aussi de ceux qui, vivant encore ou récemment décédés, n?ont pas encore été immortalisés par la grâce et les soins de la Société Royale des Arts et des Sciences, mais qui sont bien présents, au coeur de cette exposition-rétrospective, une des plus précieuses mises à notre disposition depuis des années. Ils sont bien présents à travers les panneaux géants mettant en exergue leurs réalisations mais aussi leur dévouement et leur passion pour les sciences de la Terre. Ils sont, entre autres, Madeleine Ly Tio Fane, Joseph Guého, France Staub, Claude Michel, les récipiendaires méritants, jeudi, de la médaille commémorative de la Société Royale, à l?effigie de Charles Telfair, mais aussi Guy Rouillard, Wahab Owadally, Claude Ricaud, Axelle Lamusse, Jean et Noël Brouard, Noël Régnard, Adrien Wiéhé, les regrettés Marcel Lagesse, Maurice Paturau, Raymond Mamet, Seeta Takoor, pour ne citer que ceux-là. Ils sont les pairs dignes et valeureux des Pierre Poivre, des Philibert Commerson, des Nicolas Céré, des Lislet Geoffroy, des Charles Telfair, des Julien Desjardins, des Louis Bouton. Les temps ne sont plus les mêmes, ni les moyens de partager les connaissances acquises mais la passion pour les sciences de la Terre est miraculeusement la même.

Ces panneaux récapitulatifs résument tout le bien qu?il faut penser, par exemple, des réserves du Mondrain et de Matala où croissent à l?abri de leurs prédateurs naturels et exotiques, quelques-uns des spécimens les plus précieux de notre flore et faune indigènes. C?est à Mondrain, par exemple, que Joseph Guého retrouve l?Hibiscus Genevii qu?on croyait disparue à jamais depuis sa découverte en 1830 par Bojer dans les bois de la Rivière-Noire. On ne peut parler de Mondrain sans rendre grâce à son conservateur, Gabriel d?Argent, au zèle et au dévouement inlassables et assidus.

<B>Trop d?objets à voir et à assimiler en une visite</B>

Le visiteur aura intérêt à plonger son regard le plus attentif dans les nombreuses vitrines de l?exposition, contenant des documents et des objets divers aussi précieux que des extraits de la correspondance de Nicolas Céré, un communiqué de la Société Royale d?Agriculture de France à Céré, le procès-verbal de la réunion inaugurale d?août 1829, une lettre de Cuvier, la lettre de Gomm concernant l?octroi du titre de Royale à la Société, des exemplaires des papiers Doyen (précieuse documentation manuscrite sur l?histoire de Maurice), des aquarelles originales de Malcy de Chazal Moon, des médailles obtenues lors d?expositions agricoles, des livres rares de la bibliothèque de la Société Royale, des volumes de la Flore des Mascareignes, etc.

Trop d?objets à voir et assimiler comme il se doit au cours d?une seule visite. Raison de plus pour multiplier les visites jusqu?à ce que chaque objet visité nous devienne familier. Autrement dit, il nous faut profiter de ce temps privilégié d?exposition pour nous imprégner autant de fois que nous pourrons de cet esprit Société Royale des Arts et des Sciences.

175 ans de passion pour les sciences de la Terre sont à notre entière disposition jusqu?à la fin de l?année au Blue Penny Museum. Il nous suffit de nous y rendre autant de fois qu?il nous plaira.

<I>« La relève est là. Elle est prête à porter haut le flambeau de l?esprit Société Royale des Arts et des Sciences » </I>

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