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Espoir à Kaboul
Il faudra sans doute attendre quelques semaines pour connaître le résultat officiel de l?élection présidentielle afghane, qui s?est tenue samedi 9 octobre dans tout le pays. À ce stade il paraît peu probable que le président sortant, Hamid Karzaï, puisse être battu par l?un des quinze candidats qui s?opposaient à lui. Mais le principal résultat de ce scrutin ? et le plus réconfortant ? est qu?il ait pu avoir lieu, et qu?il se soit déroulé dans une atmosphère relativement calme, vu les circonstances.
En effet, les talibans avaient fait savoir, par la voix et par les armes, qu?ils s?opposeraient à une consultation destinée à mettre fin à un quart de siècle de guerres et de déchirements internes et à enterrer le régime intégriste des mollahs qui avait hébergé Oussama Ben Laden. Ils ont échoué, face à la présence d?une centaine de milliers d?hommes en armes, soldats de la nouvelle armée, militaires américains et de l?Otan, tandis que les Pakistanais verrouillaient la frontière.
Mais cet échec ? qui a tout de même coûté la vie à une soixantaine de personnes pendant la campagne ? est dû avant tout à la détermination des 11,5 millions d?Afghans qui s?étaient inscrits sur les listes électorales afin de jouir d?un droit qui leur avait été jusqu?alors refusé. Et, même si leurs maris ont parfois voté à leur place, c?était la première fois que les femmes ? dans cette société si patriarcale et machiste ? étaient invitées à s?exprimer.
Certes, Hamid Karzaï a, comme tant de dirigeants à travers la planète, bénéficié de l?aide active de l?administration. Certes, plusieurs candidats de l?opposition ont un temps contesté les résultats, avant d?accepter de reconnaître les conclusions d?une commission indépendante. Il n?en reste pas moins qu?il s?agit d?une victoire pour la démocratie qui n?était pas, au départ, évidente.
Hamid Karzaï a promis, s?il est élu, de former un gouvernement « dans lequel chaque Afghan pourra se reconnaître ». Il lui faudra avant tout réduire le pouvoir des seigneurs de la guerre qui règnent dans plusieurs régions, et s?en prendre à une dissidence des déçus du régime qui, hors de Kaboul, n?ont rien vu venir des 8 milliards de dollars d?aide promis par la communauté internationale et qui demeurent sensibles aux sirènes intégristes.
Engagé dans une campagne électorale difficile, le président américain ne pourra que se réjouir de ce succès, même s?il ne peut faire oublier les mauvaises nouvelles venues d?Irak. Mais l?Afghanistan lui rappelle aussi que son obsession à se débarrasser à tout prix de Saddam Hussein lui a fait négliger la véritable guerre contre le terrorisme, que Ben Laden court toujours ? sans doute quelque part près de la frontière afghano-pakistanaise ? et qu?Al Qaïda et ses affidés restent capables des actions les plus meurtrières.
Pour que l?expérience afghane réussisse, après avoir été au bord d?échouer, il faudra toutefois que les États-Unis et l?Europe se mobilisent sur le long terme et remplissent toutes leurs promesses de soutien au président élu.
2004 Le Monde Distribué par The New York Times Syndicate
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