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Les révoltés du « Bounty » en appel
Deux cents ans après s?être mutinés et réfugiés sur l?île de Pitcairn, les révoltés du Bounty s?apprêtent à lancer un autre combat : sept de leurs descendants vont contester à Londres la souveraineté britannique sur leur île, en vue d?échapper à des poursuites pour viols.
Selon la presse néo-zélandaise, la plus haute cour d?appel de Grande-Bretagne a accepté d?examiner un recours des avocats de sept des douze hommes adultes de l?île, qui ne compte que 47 habitants, accusés d?un ensemble de 55 délits sexuels, dont certains datent de quarante ans.
Parmi les prévenus, figure le maire de l?île, Steve Christian, qui est un descendant direct de Fletcher Christian. Ce marin avait pris la tête, en 1789, de la mutinerie à bord du navire britannique Bounty . Après avoir jeté leur capitaine, William Bligh, par-dessus bord, les « révoltés du Bounty » s?étaient installés sur l?île de Pitcairn, alors déserte, le 15 janvier 1790. Ils avaient ensuite mis le feu à leur navire.
Avant le début du procès, en septembre, les sept accusés avaient été déboutés par la cour d?appel de Pitcairn, qui siège en Nouvelle-Zélande, après avoir déposé un recours argumentant que l?acte de mutinerie des « révoltés du Bounty » avait mis un terme à la souveraineté britannique sur leur propre personne. Selon les avocats, la loi britannique ne pouvait donc pas s?appliquer à leurs descendants.
John Watherston, greffier de la plus haute cour d?appel de Grande-Bretagne, le Privy Council, a indiqué que les juges avaient accepté d?examiner « la juridiction et la composition de la cour et du tribunal, ainsi que l?applicabilité des statuts britanniques sous lesquels ils (les prévenus de Pitcairn) sont poursuivis ».
Pendant ce temps, les audiences de ce procès controversé se poursuivent sur cette petite île de l?Océanie, à mi-chemin entre la Nouvelle-Zélande et l?Amérique du Sud. Des insulaires ont stigmatisé le procès, l?accusant de déchirer la petite communauté, tandis que la quasi-totalité des femmes ont affirmé que les relations sexuelles précoces faisaient partie « des traditions ».
Les audiences, qui se déroulent sous la présidence de trois juges néo-zélandais, ont donné lieu à des témoignages poignant des plaignantes, qui interviennent par vidéo depuis la Nouvelle-Zélande. Le journal New Zealand Herald a notamment rapporté qu?une femme de 38 ans avait raconté son enfance durant laquelle elle était souvent battue et agressée sexuellement par des hommes plus âgés, qui l?avaient violée à l?âge de 12 ans. « C?était quelque chose de trop honteux pour le dire à qui que ce soit, à part à quelqu?un qui n?était pas de Pitcairn », a-t-elle déclaré, avant de fondre en larmes.
L?un de ses agresseurs présumés, Terry Young, 45 ans, doit répondre d?un chef d?inculpation pour viol et de sept autres pour agressions sexuelles, portant sur des faits commis durant vingt ans dans cette île.
2004 Le Monde ? AFP Distribué par The New York Times Syndicate
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