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« Anfen » une passerelle pour les jeunes exclus !

16 octobre 2004, 20:00

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Ici à « l?école de vie » de Baie-du-Tombeau, on est loin des querelles de théoriciens, des débats sur la langue à utiliser en classe, sur l?admission dans les collèges ou la nécessité des leçons particulières. Mais chaque jour, on multiplie les expériences, on bricole, on invente parce que dans ce centre, les vingt élèves rassemblés sont en grande détresse scolaire. « Ce sont des jeunes sans repères qui n?ont pas pu intégrer le système. Au lieu de les laisser finir dans la rue, on les encourage à venir ici et ils se réinsèrent petit à petit », explique Rozy Khedoo, responsable du centre.

L?abcès est crevé, le malaise exprimé. On n?a pas peur de dire les mots. « Les enfants qui viennent chez nous ont un passé d?échecs. Ils ont été habitués à ce qu?on leur dise, zot pas vo narien. Mais nous sommes là pour réparer ce que le système a abîmé », affirme Aline Leal, coordinatrice des Centres de Lorette. Sans vouloir les étiqueter, les stigmatiser ou associer leur milieu social à leur échec, il faut dire que ces jeunes-là traînent la patte dans un univers où rien n?est rose. Ils vivent dans des quartiers défavorisés, parfois difficiles, habitent dans des logements vétustes et leurs parents sont séparés ou vivent dans la précarité. Mais les 17 centres de formation du réseau Anfen n?abdiquent pas.

Et ce n?est pas un hasard car Anfen (Adolescent Non Formal Education Network) est une association non lucrative qui a été mise en place en l?an 2000. Elle regroupe des organisations qui offrent un système éducatif aux adolescents qui ne peuvent pas suivre le cursus normal. Anfen vise surtout à encadrer ces centres et veut être un espace de discussion et de partage qui peut également collecter des fonds pour l?éducation et la recherche pédagogique.

Ainsi, la grande roue du destin semble tourner dans le bon sens pour ces 700 adolescents qui fréquentent les centres.

Beaucoup d?entre eux ne savent ni lire, ni écrire à 15 ans, après avoir échoué au CPE, ou n?avoir jamais été scolarisés. Ils apprennent pourtant à trouver du plaisir avec le nouveau système d?apprentissage qui leur est proposé. Dans le jargon des animateurs, on parle de pédagogie inclusive.

« On prend l?enfant là où il est, dans son environnement. On commence avec son vécu, on ne lui impose rien. Il apprendra à lire et à écrire, à acquérir du vocabulaire, par exemple grâce à une chanson », affirme Aline Leal qui a été rectrice collège Lorette de Saint-Pierre pendant nombre d?années. Pas de bouquins, beaucoup de posters, des discussions, des cours individualisés : voilà la recette qui marche.

Panser les blessures de la vie

À titre d?exemple, à Baie-du-Tombeau, pour compléter un cours sur le thème de la musique, les chanteurs Ino Nakid et Marie-Josée Cou-ronne sont venus animer la classe avec du séga. Ces jeunes apprennent également le Home Economics, les mathématiques, les langues, le jardinage, la coiffure, ou encore le bricolage. « Pour les langues, c?est parfois la croix et la bannière, confie Aline Leal, mais au fond, ils ont beaucoup de capacités, il faut juste leur redonner confiance. »

Pour les animateurs, c?est l?éternel recommencement. Rozy Khedoo n?hésite pas à aller vers les familles de sa région pour parler aux parents et encourager les jeunes à venir au centre. « Il faut sans cesse les repêcher sinon, ils abandonnent. » En fait, ces profs s?acharnent à panser les blessures de la vie, et ne veulent laisser personne sur le carreau. Ces héros modestes ont choisi d?y croire, même si les choses n?ont jamais été évidentes, et que les défis semblent parfois impossibles à relever.

Ils jonglent avec différents niveaux, trouvent leurs propres solutions avec les moyens du bord, et sont fiers de leur mission. Ce sont pour la plupart des pédagogues qui ont plusieurs années de métier dans une école normale, et beaucoup viennent, à titre bénévole, donner des cours. Ils ne mesureront leur réussite qu?en voyant si ces jeunes ne sont pas dans la rue, et qu?ils peuvent être autonomes.

Et les résultats sont déjà visibles : certains jeunes font l?accueil dans les cliniques, sont cuisiniers dans les hôtels, ou vendeurs dans les magasins. D?autres voient la vie avec un peu plus d?espoir : Christelle voudrait aller en France, Steeven aimerait être mécanicien-électricien, Jeannot, devenir un grand joueur de foot. Si le système n?arrive pas à corriger les inégalités scolaires, s?il continue à fonctionner selon ses vieilles recettes (cours magistral, curriculum, examen), l?école alternative donnera aux exclus la chance de grandir autrement.

Ces jeunes sont fébriles parce qu?ils vont exposer leurs travaux les 19 et 20 octobre de 10 heures à 17 heures au Caudan Waterfront. Pour l?occasion, un déjeuner leur sera offert et ils pourront faire un tour dans la rade. Ils seront les stars d?un jour pendant ce week-end. « La présence du public à leur expo contribuera sans nul doute à revaloriser ces adolescents et à les encourager à poursuivre leurs efforts pour s?intégrer. » La balle est donc dans votre camp. Le fossé est déjà grand, mais pour suivre la devise de l?Anfen, on peut encore le combler mais pour ça il faut une réelle sensibilisation, et pas seulement de belles paroles.

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