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Les défis de l?opposition

16 octobre 2004, 20:00

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Certains s?essuient révérencieusement les pieds avant d?ouvrir les portes d?une campagne électorale. D?autres, moins soucieux de décorum, les enfoncent en espérant s?y installer de force. En vue des prochaines législatives, les principaux blocs politiques ont lancé leur machinerie électorale en empruntant des voies diverses. Pour le camp travailliste, la mode est définitivement à un populisme rance, réactionnaire, trahissant une obsession des symboles ethniques et prolétarisés. Dernière illustration de cette surenchère strictement électoraliste, qui a remplacé les enjeux de société, c?est la promesse de rendre tous les Mauriciens propriétaires d?un lopin de terre.

Serait-on déjà dans la stratégie du quitte ou double, chez l?opposition ? Il faudrait le croire sinon il serait difficile d?expliquer comment elle arrive déjà, à presque une année des élections, à faire autant violence à l?échelle des promesses. Comme ce n?est que le début, il faudrait donc s?attendre au pire.

Si l?opposition fait sienne une stratégie d?abêtissement de la population, c?est qu?elle prend le pari d?une lecture figée de l?électorat. Soit un électorat qui est foncièrement manichéen. Cette interprétation lui permet de développer un argumentaire et une approche basés sur le prosélytisme idéologique. Dans cette logique, il ne faudrait pas s?étonner qu?elle ait déjà commencé à pratiquer un clientélisme abusif et de la suroffre excessive.

Une victoire à une élection partielle et un certain mécontentement populaire provoqué par la tendance inflationniste des prix ont été suffisants pour mettre cette opposition en confiance au point qu?elle se voit déjà revenue aux affaires. Elle surfe désormais sur cette vague. C?est paradoxalement sa principale faiblesse aujourd?hui. Elle ne pourra plus surprendre. Ses calculs électoraux sont connus. Elle a déjà décliné sa stratégie politique. Dans cette logique, elle n?a même plus besoin de se présenter en force de proposition. Elle est le récipiendaire de la frustration. Elle est à son apogée. Mais on n?est pas à la veille d?une élection. Puisqu?il y a encore du chemin à parcourir, elle risque de payer le prix des efforts déployés trop tôt. C?est désormais le grand défi de cette opposition. Il lui faudra soutenir le rythme. Prouver qu?elle est marathonienne plus que sprinter.

Elle devra d?autant plus le faire qu?elle a jusqu?ici occupé le terrain sans être opposée à un adversaire direct. En effet, l?alliance MSM-MMM a été moins sur le terrain en tant que bloc politique qu?en tant que gouvernement. La nuance est de taille. La bête politique qu?est Paul Bérenger a été, ces quatre dernières années, par procuration ou directement, Premier ministre. Il s?est évertué, durant cette période, à se tailler une stature d?homme d?État. Loin de la foule. Plus près des chefs d?État étrangers. Des institutions financières internationales. Ce qui explique que ses références ont été jusqu?ici le satisfecit décerné par les centres de pouvoirs financiers étrangers.

En fait, c?est à distance que Paul Bérenger a préparé son face-à-face électoral avec Navin Ramgoolam. Il faudra ainsi s?attendre à une tout autre personne une fois qu?il descendra dans l?arène politique. La contre-offensive n?a même pas encore commencé. C?est en cela que l?éventuelle avance prise par l?opposition n?est au mieux qu?un mirage et au pire un leurre. Des questions subsistent par conséquent. L?opposition saura-t-elle se réinventer lorsque les données de la scène électorale seront modifiées avec l?entrée en scène de tous les protagonistes ? Ce sera l?épreuve à laquelle l?opposition sera confrontée. Elle a eu jusqu?ici à faire face à un gouvernement. Il lui faudra démontrer qu?elle peut surclasser l?alliance politique MSM-MMM.

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