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La dérogation va-t-elle aider le textile ?

16 octobre 2004, 20:00

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oui Yousouf Sooklall Syndicaliste

Cette dérogation va-t-elle sortir la zone franche du marasme ?

Les entreprises pourront utiliser de la toile ne provenant ni des États-Unis, ni de Maurice, ni d?Afrique et bénéficier d?une entrée hors taxes et hors quotas aux États-Unis. Leurs produits seront environ 18 % moins cher en y débarquant. Et elles réduiront leurs coûts en achetant du fil indien ou pakistanais. Au moment où des usines perdent des commandes parce qu?elles vendent 50 cents plus cher que leurs concurrents, cette dérogation leur sera bénéfique. C?est d?autant plus intéressant que les Américains n?achètent qu?en gros volume.

Mais certains sont réservés quant aux bénéfices réels?

Il faut savoir ce qu?on veut. Le gouvernement a fait du lobbying pour obtenir cette dérogation, la Mauritius Export Processing Zones Association la réclamait et maintenant, on a des réserves ? Les patrons essayent de noyer le poisson. Ils craignent qu?on ne remette en cause les avantages dont ils bénéficient. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités.

Cette dérogation ne retarde-t-elle pas la restructuration du secteur ?

La Textile Emergency Support Team est censée jouer ce rôle. Mais une cinquantaine d?entreprises textiles sur les 250, l?ont consultée jusqu?ici. United Knitwear, qui vient de fermer, ne l?a pas fait. C?est de la poudre aux yeux. Le gouvernement paraît impuissant devant cette nouvelle génération d?investisseurs qui ne font que gérer les business qui leur ont été légués, ou qui ne viennent que pour faire vite le maximum de bénéfices, puis s?en vont.

NON Rama Sithanen ancien ministre des Finances

Pourquoi dites-vous que cette dérogation ne va pas améliorer le sort de l?industrie textile ?

Nous aurions dû la demander dès 2002, au moment du vote de l?Agoa II. On aurait évité des pertes d?emplois dans le textile. Mais même accordée, le fait qu?elle ne l?ait été que pour un an, fait que les entreprises ne s?engageront pas dans de nouveaux plans de production. Les acheteurs américains ne vont pas non plus changer de fournisseur, en sachant qu?ils n?ont qu?un an devant eux. Ce n?est qu?un répit.

Alors que se poursuivra le processus d?intégration verticale avec la mise en place des filatures?

J?ai peur que l?on néglige cette intégration en se disant que ça ira mieux. Parallèlement, ceux qui ont mis en place des filatures vont en souffrir car les entreprises locales vont aller s?approvisionner ailleurs. Le fil en Inde ou au Pakistan est moins cher. Certaines entreprises ont déjà pris la décision de délocaliser. Avec ou sans dérogation elles le feront.

Mais la dérogation n?encouragera-t-elle pas les entreprises hongkongaises à retarder leur départ ?

Pas du tout. Avec une dérogation d?un an, même renouvelable, elles ne vont pas prendre de décision stratégique.

Il plane d?ailleurs toujours une incertitude sur la compétitivité de la zone franche mauricienne, surtout quand viendra le démantèlement de l?accord multifibre, le 31 décembre prochain. Si on avait eu la dérogation pour une période de cinq ans, les choses auraient été moins compliquées.

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