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Maurice file-t-elle le mauvais coton ?
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Maurice file-t-elle le mauvais coton ?
On a décrit la filature comme le « chaînon manquant » de l?industrie textile mauricienne. Mais elle fait désormais partie de notre paysage industriel. Le gouvernement, au lendemain du vote du premier African Growth and Opportunity Act (Agoa) en septembre 2000, s?est empressé d?affirmer que seule l?intégration verticale permettrait de sauver le textile à Maurice. On allait importer du coton, le transformer en fil, puis en tissu, pour ensuite en faire des vêtements qui seraient vendus sur les marchés européen et américain. La nouvelle stratégie industrielle semblait toute tracée. Mais tout ne s?est pas déroulé conformément aux plans.
Après avoir clamé haut et fort que nous n?avions pas besoin de la dérogation Third Country Fabric de l?Agoa, Maurice a fini par revenir sur sa position et la réclamer à cor et à cri? pour finalement l?obtenir la semaine dernière. Les entreprises locales ne seront plus obligées d?utiliser uniquement des matières premières en provenance des États-Unis ou d?Afrique pour bénéficier d?une entrée hors quota et hors taxes sur le marché américain. Paradoxalement, alors que la nouvelle est bonne pour certaines usines, elle est mauvaise pour les filatures !
« Nous avions un projet de filature qui aurait nécessité près de Rs 1,4 milliard d?investissement. Nous avancions lentement. Mais avec cette dérogation, nous nous demandons pourquoi produire du fil à plus de $3 le kilo, alors que nous pouvons en importer pour $2,50 », explique Ali Parkar, le directeur du groupe Star.
Échauder les investisseurs
François Woo, le directeur de la CMT, explique que sa filature limitera les dégâts car les unités de production du groupe absorberont la totalité des 8 500 tonnes de fils de sa production. Selon la Mauritius Export Processing Zones Association (Mepza), les entreprises locales importent environ 45 000 tonnes de fils par an. Alors que les filatures locales, y compris celles qui vont changer de propriétaires (comme Novel Garments et Arvind Mills), ne produisent qu?environ 24 000 tonnes par an. Les professionnels du secteur estiment ainsi que Maurice peut potentiellement accueillir encore trois, ou même quatre, nouvelles filatures. Elles produiraient non seulement pour les entreprises locales, mais aussi pour la région.
Mais l?ombre de la dérogation plane. Et ne risque-t-elle pas, comme l?affirme Ali Parkar, d?échauder les investisseurs potentiels dans les filatures ? « Certaines entreprises mettent en place leurs filatures, alors même qu?elles produisent un peu plus cher qu?en Inde par exemple. En retour, elles gagnent en réactivité. Le mouvement ne va pas s?arrêter là », affirme Sushil Khushiram, le ministre de l?Industrie.
Au Board of Investment, on chuchote toutefois qu?une dizaine de dossiers d?investissements dans les filatures semblent gelés. Les entrepreneurs campent obstinément sur leur position attentiste. Ils veulent identifier clairement les forces de Maurice dans le domaine avant d?injecter des fonds. Pour le moment, seul l?Indien Sanghi Spinning et le Pakistanais Toptex semblent réellement intéressés.
Mais la stratégie de développement des filatures à Maurice a été trop étroitement liée à l?avenir de l?Agoa. C?est peut-être le défaut de notre approche. Si les pays d?Afrique australe continuent à bénéficier de la dérogation Third Country Fabric, le fil mauricien ne sera jamais compétitif face à celui de l?Inde ou du Pakistan.
Le pari qu?aucun pays n?a pu tenir
Mais François Woo, choisit la nuance. « L?offre du pays comporte deux aspects. Celui du prix, sur lequel nous risquons de perdre face à l?Inde par exemple, et celui du service. Or si nous offrons des temps de livraison record, grâce à la réactivité que nous permettent nos filatures et une offre complète et haut de gamme, nos filatures continueront à être compétitives. »
La directrice de la Mepza, Danielle Wong, partage à peu près le même avis. Pour elle, les filatures mauriciennes trouveront leur salut en se spécialisant dans le haut de gamme, tout comme l?ont fait les confectionneurs locaux. Le marché veut du fil de très haute qualité, tissé à partir du meilleur coton ? Les filatures mauriciennes devront le leur fournir.
Au-delà de notre offre, on spécule également sur ce que vont être les prix du fil après le démantèlement de l?accord multifibre, le 31 décembre 2004. Certains industriels ? et François Woo en fait partie ? croient que la donne va changer profondément dès l?année prochaine. Ayant la possibilité d?exporter hors quota, les entreprises indiennes vont vouloir utiliser tout le fil qu?ils produisent pour en faire des vêtements avant de les commercialiser. Comme l?Inde est l?un des plus importants fournisseurs au monde, l?offre s?en trouvera réduite. Et mécaniquement les prix devraient grimper. Là, à l?affût, les filatures locales tourneront à pleine capacité pour exporter leurs produits en Afrique ou ailleurs. « Mais ce n?est qu?une spéculation », admet François Woo.
Maurice a fait le pari qu?aucun autre pays n?a pu tenir jusqu?ici. Celui d?avoir une industrie textile totalement intégrée sans avoir la matière de base : le coton. « Il n?existe aucun pays au monde qui a réussi à mettre en place une industrie textile intégrée sans disposer d?importantes ressources de coton. Maurice va-t-elle réussir là où tous les autres ont échoué ? », se demande un haut cadre du ministère de l?Industrie. Mais qui ne risque rien?
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