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Pourquoi les gardiens sont démunis

16 octobre 2004, 20:00

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Un gardien pour deux prisonniers, soit 1 014 Prison Officers pour 2 500 prisonniers environ. C?est pas si mal? Les proportions semblent respectées. Pourquoi alors les gardiens ont-ils du mal à faire régner l?ordre ? C?est que les conditions imposées aux détenus ne rendent pas la tâche facile aux gardiens, quand ce n?est pas la maigre formation de ces derniers qui fait qu?ils sont désarmés.

Un certain nombre de décisions politiques ont été introduites ces dernières années, qui ont seulement réussi à empirer la situation à l?intérieur de la prison. Une minorité de gardiens en ont profité. La majorité en ont fait les frais.

Il y a dix ans, face à la grande circulation de drogue dans le pays, le gouvernement amendait la loi pour enlever aux condamnés de délits de drogue tout espoir de rémission de peine. Sir Anerood Jugnauth, Premier ministre d?alors, voulait donner un signal fort aux trafiquants. Pas de tolérance. Une décennie plus tard, les résultats ne sont pas ceux qu?on attendait.

Détenus amers, frustrés ?et violents

Quatre vingt dix pour cent des prisonniers sont liés à des délits de drogue, généralement frappés de lourdes pénalités. « La rémission était la carotte qui tenait les détenus en laisse. Maintenant qu?ils n?ont plus cette incitation, ils se défoulent, » avance Me Elias Oozeerally dont bon nombre de clients sont liés aux délits de la drogue.

Selon l?avocat, les détenus sont amers, ce qui n?aide pas. La loi est appliquée de manière discriminatoire, dit-il. Malgré l?annulation de la possibilité de rémission, certains détenus ont bénéficié d?un allègement de leur peine. Il en va de même de la caution, en principe interdite pour les délits liés à la drogue. « Les condamnés en sont conscients et se rebellent. »

D?autres ne partagent pas cette analyse. « La bonne conduite sous le leurre d?une rémission des peines n?est que fadaise ! Il faudrait plutôt miser sur la vraie réforme de la personne, » déclare un travailleur social oeuvrant auprès des prisonniers.

Le nombre de détenus attendant d?être jugés grossit de jour en jour. Voilà une autre raison de frustration poussant à l?indiscipline. Un accusé doit attendre au minimum un an avant d?être jugé. L?attente peut durer plusieurs années. Et ce temps passé derrière les barreaux n?est pas déduit de la sentence finale.

Les prisons sont pleines, rendant la cohabitation à plusieurs incontournable. « Les cellules sont à peine assez grandes pour un homme. On y case trois à quatre détenus ! On y entasse pêle- mêle les truands de grand chemin et ceux qui en sont à leur premier délit. Imaginez la cohabitation. Je vous assure que si les gens savaient ce qui se passe à l?intérieur de la prison, ils feraient tout pour éviter de s?y retrouver ! » relate un travailleur social.

Ajoutez à cela le traitement déshumanisant infligé aux détenus. « Le détenu n?a aucun droit. Ceci est surtout évident dans la nouvelle aile de la prison centrale, là où se trouvent les sidéens et les drogués. Comment voulez ? vous que ce détenu-là ait un comportement conciliant envers la société ? Bien sûr qu?il va se rebeller, » poursuit un autre travailleur social familier du milieu carcéral.

La suppression au strict minimum des visites de proches serait un autre facteur qui influe de manière négative sur le comportement du prisonnier. En outre, il est interdit aux visiteurs d?apporter des repas faits maison de peur que cela ne soit une voie pour faire parvenir au détenu de l?argent et de la drogue. Or, tout programme d?accompagnement et de réhabilitation de prisonniers accorde une importance capitale aux proches.

Face à cette négativité accumulée, les gardiens ne sont armés que de leur bonne volonté. Essentiellement recrutés et formés selon les mêmes critères que les policiers, ils n?ont pas de véritable spécialisation qui leur aurait donné les outils pour asseoir leur autorité autrement que par la répression.

La rémission des peines ainsi qu?une justice plus expéditive auraient aidé à réduire la population carcérale. Mais le problème appelle une approche plus globale. Me Raouf Gulbul propose une porte de sortie pour désamorcer la situation que tous s?accordent à qualifier d?explosive. « Que les politiques se retirent de la scène ! Ils ont fait assez de mal. Qu?ils nomment un comité composé de professionnels de la prison, d?avocats et de travailleurs sociaux pour établir un plan d?action pour réformer la prison ».

Pour beaucoup, la désignation d?un Britannique à la tête des prisons de Maurice n?est pas une solution. « D?abord, le langage pose problème. Comment va-t-il communiquer avec les détenus ? » Question qui ne manque pas de pertinence.

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