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Le jardin fertile de la science
Quel meilleur itinéraire qu?un débarquement en pays de cocagne, pour célébrer aujourd?hui la Journée mondiale de l?alimentation. Destination : la station expérimentale de Belle-Vue-Phare. D?abord un brouhaha, mélange de syllabes en hakka et en mandarin. Une tempête de mots. Nous tendons l?oreille. Elles ont beau être sensibles aux consonances joliment aiguës, rien n?y fait. Il nous faut à tout prix l?aide de Zhang Jingu, l?interprète qui transforme les phrases inconnues en français.
D?un pas décidé, il nous précède dans les locaux. Oublié au bord de la grande table placée en face de l?entrée, un petit verre de thé vert. L?été est déjà là sur la route de Petite-Rivière. Pour nous, pas de breuvage marron clair, mais une boisson gazeuse glacée au noir prononcé. Entrée en matière pour nous mettre à l?aise face au comité d?experts assis en face de nous. Autour de la table, il y a le visage sérieux de Huang Xinji, expert chinois en élevage de canards et chef de l?équipe, Xhong Ningjiang, responsable de la culture hors sol et Xiong Senji, expert en conservation et transformation des fruits.
Après les premières minutes tendues, où ils notent soigneusement la traduction de nos paroles dans des petits carnets à couverture noire, la petite délégation s?arme de parasols. Cela fait quatre ans qu?ils ont quitté le soleil de Guangdong pour les projets de coopération agricole entre le gouvernement chinois et la division d?agronomie du ministère de l?Agriculture.
«Ici il ne fait ni chaud ni froid. Nous avons tous décidé de renouveler notre contrat de deux ans.» Juste le temps de sourire à la pensée des «épouses qui, restées en Chine, ne sont pas contentes,» et nous voilà dans la serre aux merveilles.
APPARENTE ÉCONOMIE DE MOYENS
A l?abri du filet anti-insecte, des rangées de plantes éclatantes de santé. Vert clair et vert sombre proliférant uniquement dans une eau additionnée d?une liste d?engrais chimiques. L?univers de l?hydroponique nous frappe par l?apparente économie de moyens et l?abondance de résultats. Le mot d?ordre : pas de terre. Pas la moindre parcelle de cet élément réputé nourricier. Tout n?est qu?eau et chimie. Les racines longilignes respirent entre les plaques de polystyrène, les mètres de plastique noir et les morceaux d?éponge.
La preuve est devant nous. Il est l?heure de réviser à tout prix nos notions des proportions. De croire aux prouesses de la Nature stimulée par la science. Et de découvrir, avec les yeux d?abord puis avec le palais, des margoz aussi longs que le bras ? en terme scientifique, 35 centimètres et environ 700 g ? des grappes de tomates aux allures de raisin. Des générations de canards de Manille et de canards de Pékin, avant de croquer dans de l?olive séchée et de la carambole cristallisée.
Autant de réalisations portant l?étiquette du savoir-faire made in China. Celui expérimenté à la station de Belle-Vue-Phare. Dans les autres rangées foisonnent de la laitue, des melons, de la courgette. Après avoir palpé à l?envie ces légumes, l?expert cueille à notre intention des tomates Cherry. La pancarte délicatement accrochée aux lianes indique que la date de la semence remonte à juillet, celle de la floraison à août et que la première récolte a été effectuée le premier jour de ce mois. Un cycle de 150 jours au rythme de l?arrosage réglé automatiquement pour se déclencher tous les quarts d?heure. Les tomates se croquent comme des fruits. Nous nous surprenons à rêver d?un morceau de fromage, d?un filet d?huile d?olive et d?une boisson fraîche.
A la place, les experts nous mènent au pas de charge vers les quartiers des canards. Avant même d?entrer dans l?enclos qui sert de couveuse aux canetons à peine âgés de deux semaines, dont le duvet est tacheté, rayé et strié de noir, nos narines sont assaillies par l?odeur caractéristique de ces volatiles. Odeur un peu âcre, à la limite du putride qui vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher jusqu?à ce que vous vous éloigniez. Les petites boules duveteuses se serrent les unes contre les autres sous l?ampoule, à l?approche de l?homme.
«En ce qu?il s?agit des adultes, nous les faisons rentrer dans l?enclos vers 14 h 30, pour les relâcher vers 8 heures du matin.» Durant les heures de liberté, c?est dans un bassin ? qui a besoin d?être nettoyé ? que les canards de Pékin tout blancs profitent du soleil. Leurs congénères de Manille, au plumage blanc et noir, se contentent eux de se dandiner autour d?un canal à l?ombre de manguiers déjà chargés de fruits. Maison-rouge, Eugénie et Victoria se colorent lentement au soleil. «Cette parcelle était un verger avant, maintenant cela fait de l?ombre aux canards en plus de nous donner des fruits.»
SAVOUREUSES ÉTIQUETTES
Transition rêvée pour finir la visite dans l?unique pièce où se trouve exposé le résultat de divers procédés de conservation de fruits locaux. Les savoureuses étiquettes suffisent à nous mettre l?eau à la bouche. Sur la petite table adossée au mur, des rangées de pots et de barquettes indiquent : Special dry litchi, tomato in its own juice. Des préparations où le nombre d?ingrédients dépasse rarement le nombre de quatre ou cinq. Parmi eux, l?eau, le sucre et le sel sont les plus récurrents. La preuve que l?on peut nourrir son estomac et ses sens à la mangeoire de la simplicité.
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