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Ne pas jouer à l?aveugle

15 octobre 2004, 20:00

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Il est des lectures analytiques qui nous permettent de décrypter des phénomènes sociaux. On est alors plus à même de comprendre ce qui jette des milliers de personnes dans la pauvreté. On mettrait cela sur le compte d?un capitalisme sauvage, d?un libéralisme débridé ou d?une insensibilité des instances publiques. On fait ainsi violence aux pouvoirs de l?argent, on les tord, on les dénonce allégrement. Quelque part, c?est fait pour se donner bonne conscience. Mais c?est aussi vrai que la pauvreté naît des dysfonctionnements de la société. Qu?elle émane des déséquilibres engendrés par le choix de modèle économique. On pourrait se satisfaire de ces constats.

Mais avec la Journée Internationale pour l?éradication de la pauvreté et le refus de la misère, qui sera célébrée ce 17 octobre, il nous importe de nous arrêter et de faire notre examen critique. Il ne s?agit pas d?opérer des exercices comptables. Comme celui exécuté par le Trust Fund for the Social Integration of Vulnerable Groups qui lui permet d?avancer qu?il existe 12 000 personnes très pauvres à Maurice. Il serait trop aisé de critiquer cette initiative. Mais il importe de rappeler que ce Trust Fund s?est particulièrement signalé jusqu?ici par son approche empirique. Les solutions les plus appropriées sont celles qui jaillissent du contact avec la réalité des faits.

Celle qui nous amène à affirmer qu?il existe 12 000 personnes faisant partie du ?lumpen prolétariat? mauricien semble être de plus relative, approximative et subjective. Il faudrait d?emblée savoir quels sont les critères utilisés pour identifier les personnes les plus pauvres. A ce jeu, nous pouvons manipuler les chiffres comme bon nous semble. L?important n?est-il pas d?être honnêtes envers nous-mêmes? La statistique publique est loin de rendre compte de la réalité. Cela est souvent le cas quels que soient les domaines traités. Il s?agit aujourd?hui de développer une politique de lutte contre la pauvreté qui s?appuie sur l?imagination et le principe de l?intégration.

C?est ce qui a fait l?originalité du Trust Fund depuis sa mise en place. Il tentait d?agir sur le réel. C?était une approche apolitique où les techniques de travail utilisées empruntaient à la sociologie et à l?ethnologie.

Toutefois, au fil du temps, il importe de se demander si le Trust Fund contre la pauvreté a su maintenir le cap. Dans l?urgence de produire des résultats, ne s?est-il pas éloigné de sa mission première? Soit celle qui consiste à élaborer une action continue dans le temps permettant d?attaquer structurellement la question de la pauvreté. Un certain cynisme pourrait même dans cette logique nous amener à nous demander si la société n?a pas besoin de cette pauvreté pour exister ! Il faut espérer que nous n?en sommes pas là. Cependant, rien n?est sûr dans cette société dite moderne. C?est en cela que la mesure utilisée pour calculer le nombre de personnes très pauvres à Maurice peut être erronée.

Les réponses se trouvent désormais ailleurs que dans le misérabilisme et la critique primaire. Il nous faut ainsi faire évoluer vers des concepts plus dynamiques. Soit des «pauvres passifs» aux «pauvres actifs». C?est d?une telle démarche que nous pourrions éviter le piège de l?assistanat. C?est en cela que le travail enclenché par le Trust Fund a suscité un espoir réel dans le combat contre la pauvreté.

Ouvrir les yeux. Ne plus se mentir. Qu?il y ait 12 000 ou davantage de personnes très pauvres, on n?a droit à aucun mensonge. On peut manipuler les chiffres mais on ne fait que subir la misère. C?est ce qu?un certain nombre de concitoyens subit. Une société ambitieuse ne fait pas de la pauvreté une fatalité.

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