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La deuxième révolution
Une première révolution est arrivée à terme en ce dernier jour des examens du CPE 2004. On se réjouit de la disparition de la ?rat race?, du ?ranking? ou encore de celle des ?star schools?. Le système éducatif primaire a évolué. Il fait désormais l?économie d?une exigence qui en faisait une machine à perpétuer des inégalités. Cette première révolution a permis d?évacuer de l?imaginaire mauricien quelques mensonges organisés qui érigeaient l?élitisme en mode de vie.
Les initiateurs de la réforme auraient toutefois tort de crier victoire. Car, si le système s?est modifié, l?élève mauricien vit toujours l?école comme une torture académique et continue à subir une pression à laquelle le soumettent les adultes. Les ?star schools? pourraient avoir disparu. Mais la question se pose de savoir pourquoi nous vivons toujours l?obsession de produire des ?star students?? Autrement la question des leçons particulières ne se poserait plus. Du moins pas dans sa conception actuelle. Soit en tant que système parallèle pour rendre encore meilleurs les élèves. Or les leçons particulières auraient dû servir de moyen de soutien et de rattrapage.
Ce sont autant de raisons pour lesquelles il est impératif de souligner la nécessité d?une deuxième révolution pour le cycle primaire. Une deuxième révolution pour que le stress ne soit plus vécu comme un état naturel par un enfant de la sixième, pour éliminer la logique de ?marchandisation? de l?apprentissage et de concurrence dans l?offre éducative. On a certes construit des écoles. Mais ceux censés transmettre la connaissance le font toujours de la même manière. Les parents, pour leur part, sont toujours obnubilés par l?élitisme. Et les enfants demeurent des destinataires mécaniques d?une connaissance encyclopédique.
La deuxième révolution ne pourra se faire sans un renouvellement du modèle de formation des instituteurs. Les concepts pédagogiques ont subi de nombreux avatars ces dernières décennies. A Maurice, on persiste à enseigner en fonction du seul cursus et du régime des épreuves auquel sont soumis les élèves. On ne peut s?attendre à ce que l?élève mauricien cultive une connaissance générale si son instituteur n?est pas exposé au grand large de l?océan du savoir. Cette exigence s?accompagne d?une autre nécessité : la diminution d?effectifs d?élèves pour un rapport plus personnalisé entre l?élève et l?instituteur.
La modification du cursus est une autre déclinaison de cette deuxième révolution. La bataille, souvent futile, autour des langues étant plutôt derrière nous, il importe d?insuffler une nouvelle dynamique dans le cursus. Il s?agit moins d?une question de nombre ou de choix de matières à enseigner que d?état d?esprit et d?orientation générale. Les pédagogues les plus avertis savent que la transmission du savoir est non seulement un acte dynamique mais aussi un moyen de titiller l?imagination de l?enfant. A Maurice, c?est toujours un processus statique. Les disciplines enseignées demeurent résolument hermétiques. L?académisme reste leur caractéristique première. On n?y relève aucune inscription dans le monde dans lequel nous vivons. C?est ce qui explique l?absence de la notion d?interdisciplinarité dans notre cursus. Le chemin à parcourir pour l?ouverture de l?univers scolaire est encore sinueux. Un ordinateur par école est un exploit alors que l?utilisation des technologies de l?information et de communication aurait dû être une pratique ordinaire.
Il reste une autre utopie qui permettrait un réel décloisonnement du système éducatif. Cette ambition a trait à l?introduction de la culture et des arts dans notre monde scolaire. L?élimination des inégalités sociales, l?épanouissement des enfants et l?éveil à l?esprit critique passe par cette ultime révolution. Aux réformateurs et aux décideurs de se remettre en situation d?apprentissage.
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