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Que vient faire la philosophie dans la croyance ?
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Que vient faire la philosophie dans la croyance ?
Telle est l?interrogation qui a fait l?objet de la conférence philosophique de Joseph Cardella au Centre culturel d?expression française, à Curepipe, vendredi dernier.
D?une façon générale, la croyance, selon notre conférencier, est l?adhésion à une idée, une pensée, une affirmation, une théorie, un dogme, etc. En ce sens, nous baignons dans la croyance. Mais, lorsque l?on parle de croyance, on fait surtout référence à la croyance religieuse. Que peut faire la philosophie pour comprendre la croyance qui, par nature est irrationnelle ?
D?une part, la raison prime sur la foi et d?autre part, elle est aveugle face à la celle-ci. Dans Dom Juan, Molière illustre à merveille le conflit qui a pu exister entre la foi et la raison. Son personnage oppose deux formes de croyance : l?une qui repose sur la foi et qui n?est fondée que sur l?autorité du dogme, et l?autre qui est de l?ordre de la connaissance et qui est fondé sur une analyse rationnelle.
Le philosophe et mathématicien Pascal pensait qu?il existe des vérités de c?ur et des vérités de raison. Il prêtait à la raison son lot de démonstrations et de preuves. L?esprit rationnel est capable de convaincre et de persuader. Mais c?est le c?ur seul qui peut connaître Dieu. La croyance en Dieu exclut toute compréhension rationnelle.
Cependant, on peut comprendre la croyance. Il y a tout un courant en philosophie qui affirme que l?on peut connaître et comprendre ce en quoi l?on croit. Avec Socrate, la philosophie devient interrogative et critique : le doute rationnel est érigé en méthode d?examen des opinions et des croyances.
Socrate veut tout comprendre avant de s?y soumettre : cette prétention de la raison à la vérité lui vaudra d?être condamné à mort. Saint Thomas d?Aquin avance que la philosophie ne saurait s?opposer à la foi biblique. Bien au contraire, la foi a besoin de l?intelligence qui l?éclaire et la renforce. Cela ne fait aucun doute pour Thomas d?Aquin : la théologie est le savoir suprême, mais la raison et la philosophie doivent en être les ?servantes ?.
On peut se poser la question s?il ne serait possible de mettre sur le même plan la croyance et la raison, voire de les renvoyer dos à dos. Un philosophe écossais fit la tentative au 18e siècle d?aller jusqu?à mettre en doute la rationalité par le biais de la critique de la causalité : il s?agit de David Hume.
Ce qu?on appelle la causalité, c?est la représentation d?une con-nexion nécessaire entre la cause et l?effet. Nous pensons, par ex-emple, que le soleil échauffe nécessairement la pierre, et qu?il ne peut en être autrement.
La question que l?on est en droit de poser est la suivante : qu?est-ce qui fait que l?on associe à un phénomène l?idée de son effet et anticiper ainsi l?expérience future ? Hume répond : l?habitude.
L?analyse de Hume sur la causalité débouche sur le scepticisme, c?est-à-dire le fait de douter que la connaissance rationnelle soit possible. La causalité n?est pas ?inscrite? dans la nature, dans la réalité des choses. Elle est une habitude que prend notre esprit par l?observation et par l?expérience.
Avec cette mise en doute de l?existence hors de nous, d?un monde rationnel, Hume démon-tre que la part la plus étendue de notre savoir se résume en termes de croyance.
La philosophie permet de comprendre ce que nous croyons, mais ce que nous croyons n?est pas irrationnel, car la raison peut nous faire douter d?elle-même. Et il faudrait retenir ceci : si toute croyance n?est pas bonne à prendre, il n?en demeure pas moins que tout ce nous prenons n?est que croyance. Tout est donc croyance.
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