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Erik Zabel est maudit !
Erik Zabel ne sera donc jamais champion du monde. Ainsi va la vie. Ainsi se lit l?impitoyable destin de celui qui restera aux yeux de tous comme l?un des plus grands sprinters de sa génération, au même titre sans doute que l?Italien Mario Cipollini.
Champion du monde, c?était son rêve ultime, lui qui, à 33 ans, s?apprête bientôt à tourner la page. Le véloce coureur de la T-Mobile, l?ancienne Telekom, aurait en effet tout fait, tout donné pour goûter à l?ivresse, pour se recouvrir de la plus belle des tuniques, ce prestigieux maillot arc-en-ciel qui récompense le lauréat de la plus grande course de l?année.
Mais, dimanche, à Vérone, là où Romeo et Juliette s?étaient jadis aimés, la tragédie romantique touchait cette fois le cyclisme. Zabel le passionné, Zabel le fidèle, lui qui a tant donné à son sport, se voyait une nouvelle fois refuser, sur la ligne, une consécration symbolique et légitime, devant se contenter une fois de plus, une fois de trop sans doute, d?une bien triste deuxième place.
Deuxième, Zabel l?avait déjà été en mars, ici même à Vérone, derrière ce diable de Freire. C?était à l?occasion de la classique Milan-San Remo, sa course fétiche, celle qui, jusque-là, lui avait souri quatre fois (1997, 1998, 2000 et 2001). Pourtant, ce jour-là, son sprint avait été majestueux. Zabel avait giclé de nulle part pour, semble-t-il, mettre tout le monde d?accord. Mais le pensionnaire de la T-Mobile commit, hélas, un crime de lèse-majesté. Il leva le bras au ciel pour crier victoire cinq petits centimètres trop tôt. Et Freire lui ravit la politesse pour un cheveu sur la ligne.
Zabel voulait sa revanche et, en temps normal, en situation normale, il aurait dû l?obtenir. Mais il ne l?a pas eue. La faute à qui ?
A l?âge qui avance et à ses jambes qui ne tournent plus comme avant ? Un peu. A 33 ans, Zabel n?est plus, on l?admet, ce coureur déroutant qui, de 1995 à 2002, a remporté douze victoires d?étape sur le Tour de France en même temps qu?il a ramené sur les Champs-Elysées six fois d?affilée, de 1996 à 2001, le maillot vert du meilleur sprinter. Zabel est aujourd?hui un coureur usé.
La faute à Freire, déroutant de talent, de vélocité et d?opportunisme ? Oui, beaucoup. Le sprinter Espagnol est un homme des grands rendez-vous. Le championnat du monde sur route, c?est sa course. A ses trois couronnes mondiales (1999, 2001 et maintenant 2004), il faut ajouter une troisième place en 2000, une neuvième place en 2003 sans oublier qu?il était en course pour la victoire un an plus tôt à Zolder, en Belgique, quand une chute non loin de l?arrivée eut raison de ses prétentions.
Et si la faute, finalement, incombait à une équipe d?Allemagne qui n?a pas cru à la bonne étoile de Zabel ? Oui, là voilà la vraie explication. Dimanche, sur les routes interminables de Vérone, Erik Zabel était seul, beaucoup trop seul. Comment diantre pouvait-il, dans ces conditions, opposer la moindre résistance à la fusée Oscar Freire, amant désigné du maillot arc-en-ciel ?
L?Allemagne, il convient de le dire, n?avait pas entamé ses Mondiaux en toute sérénité. Le forfait, pour cause de blessure, du chef de file Jan Ullrich avait sérieusement perturbé le plan de bataille d?une sélection où les rivalités sont légion.
Si, au départ, sur le papier, il était acquis qu?Erik Zabel allait être la principale cartouche de la Mannschaft, les données de la course n?ont pas toujours été claires. Et si, comme prévu, ces championnats du monde se résumèrent finalement à un sprint massif, Zabel n?eut pas les coudées franches. Hondo et Wesemann, chargés de préparer l?emballage de leur leader, ne s?y employèrent qu?à moitié. En face, Valverde, pour l?Espagne, se sacrifia sans demi-mesure pour Freire qui, une fois arrivé, fut prompt à remercier son grégario : « Si j?ai gagné, je sais à qui je le dois. » Zabel, en revanche, sait pourquoi il a perdu. Mais il n?a rien dit.
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