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Sithanen voit noir
Nouvelle leçon d?administration d?un « ti ekonomis craz-craze » à son élève préféré, Paul Bérenger. Rama Sithanen, qui aime emprunter ce sobriquet pour mieux attaquer ses adversaires, s?est évertué à démontrer comment le Premier ministre est «en déphasage» avec la réalité.
Une petite analyse des déclarations de Paul Bérenger ces dernières semaines suffit à Sithanen pour étayer ses dires. Le Premier ministre parle de regain de confiance dans le milieu des affaires alors qu?un sondage d?Eco Austral fait état de pessimisme tenace. L?investissement étranger augmente, selon Bérenger ; le Bureau national des statistiques prédit une nouvelle chute. Le pire de la crise dans la zone franche en termes de pertes d?emploi est passé, dit Bérenger. Mais les statistiques disent que le nombre d?emplois perdus a grossi de six fois durant le premier semestre. Optimiste, Bérenger parle de relance du tourisme. Or, les arrivées touristiques ne cessent de chuter.
Il y a deux explications qui s?offrent au porte-parole économique du Parti travailliste : soit Paul Bérenger ne sait pas lire les indicateurs, soit il manipule les données pour donner l?impression d?une économie plus prospère qu?elle ne l?est en réalité. L?ancien ministre des Finances opte pour la seconde explication.
« Il y a deux mois, Bérenger disait la vérité sur la situation économique. Il disait que le pays est dans un état d?urgence économique. Il tente à présent de se rétracte», déplore Rama Sithanen qui recevait la presse entouré de l?état-major de son parti.
Le Bureau national des statistiques publiera dans quelques jours des données sur la santé économique du pays, de même que des banques. Rama Sithanen affirme savoir que le gouvernement essaie de manipuler les statistiques. Car la situation, selon lui, ira en empirant.
Sithanen fait ses propres prévisions. La croissance ne dépassera pas 1 %. Le chômage sera supérieur à 10,2 %. La dette publique restera insoutenable à 73 % du produit intérieur brut, selon le Fonds monétaire international (65 %, dit Pravind Jugnauth). L?inflation sera à 4,7 % en décembre et grimpera à 6 % en juin prochain. Le déficit budgétaire dépassera 5%.
L?offshore rejoint le cortège des industries se portant mal avec un recul de quelque 10 %. Le nombre de chômeurs dépasse largement les 60 000?
Ce n?est pas tant la faute à la conjoncture internationale, soutient Sithanen, mais celle de l?administration de Bérenger, qu?il blâme pour son « incompétence ». Les politiques monétaire et fiscale demandent à être revues. Ce gouvernement gère mal la libéralisation des télécommunications et n?arrive pas à faire décoller le secteur informatique, dit l?économiste. Plutôt que de dynamiser le tourisme en y consacrant plus de fonds pour le marketing, il ponctue ce secteur d?une nouvelle taxe. Il a laissé monter le prix du pétrole sans penser à faire du hedging?
Implacable, Sithanen poursuit le procès de Paul Bérenger. Il lui reproche d?avoir cédé à la panique et d?avoir conséquemment perdu tout sens de la mesure. Ceci expliquerait, dit-il, pourquoi le gouvernement « perturbe » 125 000 personnes âgées pour récolter un maigre Rs 5 millions ; pourquoi il refuse d?augmenter la subvention du riz mais permet à des promoteurs immobiliers d?empocher plus de Rs 3 milliards à Ebène?
« Bérenger aurait pu continuer à être le meilleur Premier ministre que nous n?ayons jamais eu. Désormais, il n?est plus que le pire qu?on ait jamais eu. Dans son propre intérêt mais surtout, dans celui du pays, qu?il nous évite une longue campagne électorale», conclut Sithanen.
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