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Ces indéfinissables PME
Maurice, le tigre de l?océan Indien et l?élève modèle de l?Afrique, ne sait pas ce qu?est une petite et moyenne entreprise (PME) ! En fait, elle le sait, mais la leçon apprise, il y a des années, ne vaut plus grand-chose. Dire, comme c?est le cas aujourd?hui, qu?une PME est une entreprise du secteur manufacturier qui dispose d?un maximum de Rs 10 millions en équipements est très restrictif. C?est pourquoi un comité ministériel, présidé par le ministre des Finances, planche depuis des mois sur la redéfinition des PME. Elle devrait atterrir sur la table du Conseil des ministres vendredi prochain.
Le chemin parcouru avant d?arriver au conseil aura été long et semé d?embûches. À commencer par les divergences de vue entre Joe Lesjongard, le ministre des PME, et Sushil Kushiram, celui de l?Industrie, sur la définition et la délimitation même de cette notion.
« C?est une querelle de paroisse. Être une PME, ce n?est pas une question de taille ou d?aide, c?est une question d?attitude et de volonté. La définition n?est que secondaire en fait », affirme Danièle Wong, directrice de la Mauritius Export Pro-cessing Zone Association (Mepza), qui regroupe une bonne partie des petites entreprises de la zone franche.
Les divergences de vue entre les deux ministres étaient devenues insolubles il n?y a pas si longtemps. Au point que l?un prônait une refonte complète du cadre institutionnel entourant les PME, alors que l?autre défendait un réajustement autour des institutions qui existent déjà comme la Small and Medium Industries Developement Organisation.
De plus, avec la loi actuelle, certaines de ces entreprises dépendent aussi bien du ministère des PME que de celui de Kushiram. Savoir où commencent les compétences de l?un et où s?arrêtent celles de l?autre n?a pas été de tout repos. Un haut cadre du ministère des PME affirme toutefois que l?orage est passé et que « les divergences ont été aplanies ».
Pas tout à fait, car au ministère de l?Industrie, le feu couve sous la cendre. « On a créé un ministère d?un trait de plume. Neuf mois après je me demande ce qu?il a accompli », affirme stoïquement un haut fonctionnaire du ministère de l?Industrie. Ce qu?il dit a peut-être un fond de vérité.
Le fameux Small and Medium Enterprise Bill, la pièce maîtresse de l?action gouvernementale, tarde à apparaître. Aux dernières nouvelles, il sera présenté à la rentrée parlementaire fin octobre. Après qu?on a trouvé la fameuse définition.
Loin des querelles des ministres, d?autres professionnels sont plus connectés aux vraies attentes des petites entreprises. « Il ne faut surtout pas mettre en place un cadre rigide qui engendrerait des lourdeurs. Il faut que même les entreprises qui ont atteint une certaine taille puissent encore bénéficier d?un système de support dédié. Alors que les plus fragiles auront droit à un encadrement complet. Ce sera aux institutions d?aller vers elles et non l?inverse », explique Ramesh Seegoolam, Business Development Manager à la Barclays, et responsable du plan PME de cette banque.
Après neuf mois d?attente, le ministère des PME apportera donc sa première contribution significative au sort des PME grâce à la nouvelle définition : juste, elle permettra à la loi qui suivra de servir au mieux les intérêts des PME ; mal fagotée, elle risquera de rater sa cible.
<I>« On a créé un ministère d?un trait de plume. Neuf mois après je me demande ce qu?il a fait. »
Les modèles étrangers
Chaque pays a adopté une définition qui lui est propre, en fonction de sa population, de la culture d?entreprise qui y prévaut ainsi que des ressources dont il dispose. La plupart utilisent toutefois le nombre d?employés, le chiffre d?affaires ainsi que l?apport en capitaux comme principaux indicateurspour déterminer si l?entreprise est une PME ou non. Une fois étiquetée comme telle, elle reçoit des aides spécifiques et bénéficie d?un suivi spécial de la part d?organismes qui s?occupent de la promotion de ce type d?entreprises. À Singapour, une PME dispose de moins de 15 millions de dollars singapouriens de capitaux fixes, soit environ Rs 258 millions.
Les entreprises du secteur des services doivent, en outre, employer moins de 200 personnes pour être classées comme PME. À Hong Kong, on privilégie une approche exclusivement humaine. Toute entreprise du secteur manufacturier est considérée comme une PME si elle emploie moins de 100 personnes. Celles du secteur non manufacturier doivent avoir moins de 50 employés. Ainsi, 98 % des entreprises enregistrées dans ce pays sont des PME, alors qu?à Singapour, ce taux atteint 91,5 %.
En Europe, l?approche et les proportions diffèrent. En France, une PME est une entreprise qui emploie moins de 500 salariés et qui a moins de 77 millions d?euros de chiffre d?affaires (Rs 2,731 milliards).
La Commission européenne a adopté une autre définition. Pour elle, une PME doit avoir moins de 250 employés, et disposer d?un chiffre d?affaires annuel qui ne dépasse pas 40 millions d?euros (Rs 1,4 milliard) ou un bilan financier inférieur à 28 millions d?euros (Rs 957 millions).
La transposition pure et simple de ces modèles à Maurice est impossible. Mais utiliser l?équipement de production comme seul indicateur demeure toutefois insuffisant pour définir une PME.
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