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Chronique d?un succès inattendu

8 octobre 2004, 20:00

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Charlie Babbit est un homme égoïste qui espère recevoir un gros héritage après la mort d?un père perdu de vue. Mais c?est à Raymond son grand frère placé dans un établissement et dont il ignorait totalement l?existence, que revient toute la fortune.

Raymond est un autiste savant présentant de graves déficiences mentales dans certains domaines et révélant du génie dans d?autres, comme par exemple les mathématiques. Charlie ?enlève? Raymond. A bord d?une belle Cadillac, les deux frères entreprennent ensemble un voyage fou d?un bout à l?autre du pays qui les ramène à Los Angeles et leur enseigne des leçons sur la vie. Après avoir surmonté leur méfiance mutuelle un lien très fort les réunit lorsqu?ils partagent la douleur, des souvenirs et envisagent ensemble un avenir meilleur?

Rain Man est important pour Tom Cruise et Dustin Hoffman. Leur carrière en dépend. Le premier se voit ranger dans la catégorie des acteurs beaux mais fades. Le second doit faire oublier un flop cuisant. En 1988, en effet, Tom Cruise commence déjà à lasser. Cocktail, son dernier film, est un échec. Ses détracteurs donnent de la voix. Cruise est trop gentil, trop lisse et ne prend pas de risques artistiques. Cependant, la star est lucide. Tom Cruise a conscience de son pouvoir, c?est-à-dire faire aboutir des projets auxquels il tient. C?est ce qu?il fait avec Rain Man.

De son côté, Hoffman se retrouve en mauvaise posture. Depuis le génial Tootsie, il n?a tourné qu?Ishtar, un échec retentissant. Peut-il renouer avec le succès ? Pour Rain Man, il passera une année à travailler avec des autistes et leurs familles.

Autre obstacle : le réalisateur et les studios. Producteurs et financiers avaient du mal à croire à cette histoire sur un malade qui ne change pas. Trois réalisateurs seront approchés pour donner vie à Rain Man sur grand écran.

Il y a d?abord Marty Brest. Le studio United Artists se montre prudent. La première mouture du scénario de Rain Man ressemble beaucoup à un projet concurrent ? Forrest Gump qui appartient aux studios Warner Bros. Les deux personnages sont très affectueux. Dustin Hoffman fait savoir qu?il souhaite faire de Rain Man, un savant autiste plutôt qu?un handicapé mental naïf et rêveur. Un choix qui ne plaît pas à Marty Brest. Dustin Hoffman annonce qu?il ne fera aucun compromis à ce sujet. Brest jette l?éponge.

United Artists fait alors appel à Steven Spielberg. Les trois vedettes louent chacune une maison sur la plage. Spielberg, Cruise et Hoffman passent leur temps à peaufiner le scénario et les personnages. Le réalisateur ne souhaite pas laisser passer sa chance de diriger Dustin Hoffman. Il en rêve depuis les années 60 après avoir vu l?acteur dans Le Lauréat. Pourtant, le destin va en décider autrement.

George Lucas informe Steven Spielberg qu?il est prêt à terminer le tournage d?Indiana Jones et l?arche perdue. Steven Spielberg comprend qu?il ne pourra pas faire Rain Man et travailler avec George Lucas, son partenaire avec lequel, il s?est déjà engagé. Il n?a guère d?autre choix que de renoncer à Rain Man.

Ce deuxième désistement commence à nuire au projet lui-même. Rain Man serait maudit, murmure-t-on à Hollywood. Sydney Pollack est le troisième réalisateur à recevoir le scénario de Rain Man. Il n?est guère emballé. Mais, le scénario emballe un de ses amis, Barry Levinson. Il lui emprunte le scénario.

?C?est vrai que j?ai été le dernier à m?impliquer, se souvient Barry Levinson. J?ai choisi de m?intéresser aux personnages : à ce vendeur qui pouvait tout vendre et à cet homme insensible avec lequel il lui était difficile de communiquer.?

Le réalisateur souhaite amener les personnages à un point précis : ?La difficulté de communication va se retourner contre Charlie Babbitt, le hâbleur. Face au mur de silence de Raymond, Charlie se met à communiquer avec lui-même. Il laissera parler ses émotions et ses sentiments.? Ainsi, Rain Man ne peut se résumer qu?à un film sur l?autisme. ?Le voyage des frères Babbitt m?a permis de me détacher de l?autisme. Il m?a permis d?introduire une note d?humour. C?était important pour ces familles de pouvoir aborder ce sujet difficile avec un peu de légèreté. Cela leur permettait de relâcher la pression.?

Au coeur du film, Raymond l?autiste. Barry Levinson mesure l?ampleur de la tâche qui l?attend. ?Comment faire un film sur un homme qui ne change pas, dont la vie est ancrée dans la routine. Peu d?acteurs étaient de taille à relever ce défi. A l?exception de Dustin Hoffman.? Et ce dernier se montre à la hauteur. Sans fioritures, sans excès, il compose un personnage authentique et vrai. «Hoffman n?a pas joué sur la carte de la pitié ou de l?amour. Il est resté très sobre, neutre. Il est très terre à terre. Imperturbable en toutes circonstances, sauf quand sa routine est brisée. »

A sa sortie, Rain Man bat tous les records et recevoir plusieurs Oscars, dont celui du meilleur acteur pour Dustin Hoffman, laissant Cruise sur le bord de la route. Barry Levinson remportera l?Oscar du meilleur réalisateur.

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