Publicité

Le cachet de la poste faisant foi

8 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pas le droit de faire des ratures. La lettre doit partir. Plus elle prend le plis des colis postaux, plus la poste perd du temps. Quand on sait que le temps c?est de l?argent? Et que chaque roupie compte pour la Mauritius Post (MPL), incorporée en 2002.

Chaque minute compte au centre de tri d?Albion Dock, à Trou Fanfaron. Les procédures semblent se multiplier à l?infini. Patiemment, sans lésiner sur les détails, Gaëtan Tranquille, Senior Postal Exe-cutive, (SPE) démêle pour nous ce qui, de prime abord, a l?air d?être un circuit fermé pour initiés. Schématiser les opérations qui se déroulent en même temps, c?est noter à la lettre les explications du maître des lieux.

Pendant que nous prenons la mesure des fourgons qui, arrivés par deux entrées séparées, viennent cracher des lots entiers de paperasses, des chariots aux roues qui couinent, de la machine à oblitérer et son petit bruit persistant de moteur enroué, le SPE serre des mains, jette un coup d??il avisé aux formulaires que ses assistants lui tendent. Il interpelle un convoyeur pour qu?il nous précise de laquelle des six lignes du pays il vient.

Va-et-vient incessant. Course poursuite contre le temps pour que le courrier soit livré « dans un délai de deux jours maximum. » C?est là l?objectif que s?est fixé le centre de tri « qui brasse tout le courrier affranchi à Maurice. » A la place, le compteur de la machine à oblitérer affiche le chiffre de 2060. « J?ai commencé il y a un quart d?heure, » nous renseigne le préposé. Plus bas, un deuxième cadran où le nombre astronomique de 9 332 283 force nos yeux à se rétrécir pour mieux se concentrer. « C?est le nombre de lettres tamponnées depuis que la machine est entrée en opération. » Dans un sourire, Gaëtan Tranquille sort de sa réserve barricadée derrière ses lunettes, « A l?époque, je n?étais pas encore là. »

<B>Deux tournées en une journée</B>

Revenons au présent. Curiosité de la géographie du centre de tri, la première et la dernière étape sont disposées dans la même pièce. Dans le dos du préposé, 96 sacs de jute, flasques et à la trame blanche noircie par le temps. Fixés sur des supports en métal tout aussi entamé par le passage des années, ces sacs portent le nom de tous les bureaux régionaux de Mauritius Post.

Symétrie maîtrisée pour classer le courrier en direction des quatre points cardinaux. Tour de l?île réel sur fond de timbre coloré. Qui se souviendra encore, dans quelque temps, de ces mains, anonymes ou amis ? Avant d?y atterrir, des districts, des circonscriptions, des petites localités, des mains inconnues ont tracé des lettres sur le papier. Papier à en-tête croquant, où des phrases succinctes annoncent des nouvelles diversement accueillies.

Dans la matinée d?hier, veille de la Journée mondiale de la Poste, la machine à oblitérer tamponne sans pitié des piles d?enveloppes brun clair. Par quel mystère les appelle-t-on enveloppes grises ? Nous ne saurons jamais. Toujours est-il qu?elles renferment le nouveau courrier que le ministère de la Sécurité sociale adresse aux retraités.

« Pour les lettres officielles, le gouvernement a son propre système d?affranchissement, qui ne nécessite pas de timbre conventionnel. C?est le cachet de la poste qui fait foi. Cela coûte Rs 2 pour l?affranchissement en plus d?un tarif additionnel de 75 sous par lettre. » Le volume ne permet pas d?avoir recours au tampon manuel. Tristounets sur une table, dans la première salle du centre de tri, deux tampons ont été abandonnés dans l?encre noire.

C?est l?heure de la pause au centre de tri. De 11 heures 15 à midi, le bruit sec et décisif de l?estampillage est remplacé par le claquement des dominos. Mais les 80 employés du centre de tri ne s?attroupent pas tous autour des tables pour le déjeuner. Hemantkumar Moty, facteur, tient son pain imbibé de masala onctueux de la main gauche, tout en triant ses lettres de la main droite. Consciencieusement, il classe le courrier pour sa deuxième tournée de la journée.

La première, il l?a effectuée dès 9 heures. La deuxième commencera à midi et demi. Alors que le soleil portlouisien chauffe cruellement les rues de la section 28, Hemantkumar Moty se coiffe de son casque rouge. Pose son sac imperméable bleu sur son épaule et enfourche sa moto pour la livraison. Chaque recoin, chaque angle lui est familier. Il affiche un sourire où manque une dent sur le côté, quand un de ses collègues qui s?est approché, lui lance : « To kapav roule lizie ferme. »

Hérésie. Hemantkumar hésite visiblement. Rouler les yeux fermés ? Non, jamais même pas pour rigoler. Ses « clients » comme il appelle les destinataires, c?est sacré. Effacé derrière son uniforme rayé avec ses deux galons sur les épaules, le facteur discret devient un familier. Presque un membre de la famille. « Mo mem invité dan bann mariaz, » nous dit fièrement cet habitant de Bois-Pignolet à Terre-Rouge, qui a fait sien un deuxième quartier.

Sentiment d?appartenance cultivé au fil des décennies consacrées à arpenter les rues Labourdonnais, St Denis, Pope Henessy, Félix de Valois, Boucherville, Duclos. Qu?il pleuve ou qu?il vente, le facteur dévoué ne laisse aucun inconvénient météorologique se mettre en travers de sa distribution.

<B>Mauritius Post, fidèle au poste</B>

La Poste compte 107 bureaux à Maurice, « 96 sans compter les différents bureaux de Port Louis, » indique Gaëtan Tranquille, le SPE. Le centre de tri d?Albion Dock est le point névralgique de l?acheminement du courrier à Maurice. Toutes les lettres y passent, sauf celles destinées à l?étranger qui sont directement acheminées, des bureaux de poste vers le centre de tri de l?aéroport. « Nous traitons aussi le courrier maritime puisque nous sommes à deux pas du port. »

Trois départements occupent les locaux d?Albion Dock : le centre de tri qui brasse à la fois lettres ordinaires et lettres recommandées, ainsi que la section de la livraison. Michel Palmyre de la section de lettres recommandées nous explique que ce courrier urgent est vérifié et contre vérifié par une filière séparée. « C?est pour accélérer la livraison. »

Publicité