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Trouver la bonne voie

8 octobre 2004, 20:00

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«Géniale, pas assez provocante, imaginative, nécessaire?» Ce sont quelques-uns des adjectifs que les jeunes emploient pour qualifier la campagne de l?association Prévention, Information, Lutte contre le Sida (PILS) qui vise à sensibiliser les jeunes au virus du VIH-Sida. Placardées à travers l?île, les affiches géantes de la campagne ont le mérite de susciter des réactions.

Qu?elle soit un sourire ou un sentiment de rejet, la première réaction témoigne de l?intérêt des Mauriciens au rapport entre les jeunes et la sexualité. Une activité sexuelle non protégée n?est pas le seul moyen pour contracter le virus. En effet, les jeunes représentent aussi une population plus susceptible de céder aux tentations de la toxicomanie par voie intraveineuse ? autre façon de contracter la maladie.

Une étude réalisée par le United Nations Office on Drugs and Crime et la NATReSA au début de l'année indique que, pour les cycles secondaire et tertiaire, 100 % des jeunes ont déjà entendu parler du VIH-Sida. 98,5 % savent que le virus est transmis par l?utilisation de drogues par voie intraveineuse, par voie de transfusion sanguine et par des relations sexuelles non protégées.

La même étude démontre que le taux d?utilisation de préservatifs parmi les prostituées est particulièrement bas. Pour les mois de février à avril 2004, seules 32 % des prostituées étaient protégées par l'usage de préservatifs. 44 % des clients refusent, en général, l?utilisation des préservatifs. 70 % des prostituées ont des partenaires réguliers. Elles étaient 82 % à ne pas avoir utilisé de préservatifs avec leur partenaire régulier pendant la même période. Il importe de souligner, à ce chapitre, que la clientèle des prostituées est surtout jeune (97,3 %) et comprend des personnes qui se droguent par voie intraveineuse. La majorité des toxicomanes font leur première expérience entre 15 et 16 ans.

<B>Statistiques en hausse</B>

Chez le étudiants, ils sont 18,6 % de collégiens à affirmer dans cette étude avoir déjà eu des relations sexuelles. Pour la population universitaire, ce chiffre s?élève à 32 %. Au secondaire, seuls 12,7 % des jeunes disent avoir utilisé des préservatifs contre 16,7 % au niveau tertiaire.

Les chiffres, comparés à ceux d?autres pays, pourraient ne pas paraître alarmants. Pour le sida, la prévalence de la maladie s?élève à 0.08 % pour Maurice alors qu?elle atteint les 20 % à 30 % dans les pays africains. «Les statistiques ne font donc pas peur. Par contre, le rythme de progression de la maladie, lui, fait peur. Le sida commence à devenir un problème et, si on ne l?attaque pas à bras le corps, on risque dans les années à venir de se retrouver dans une situation inquiétante», explique Sangeet Jooseery, le directeur exécutif de la Mauritius Family Planning Association (MFPA).

Les chiffres de la MFPA confirment d?ailleurs une hausse dans le nombre de personnes atteintes par le virus. Elles sont 10 en 1991 ; 15 en 1992 ; 10 en 1993 ; 15 en 1994 ; 20 en 1995 ; 16 en 1996 ; 24 en 1997 ; 23 en 1998 ; 28 en 1999 ; 50 en 2000 ; 55 en 2001 ; 98 en 2002. En 2003, 225 personnes sont atteintes et, à juin 2004, elles sont 163. Des chiffres qui indiquent clairement une pente dangereuse.

C?est ce qui amène les personnes et institutions engagées dans lutte contre le sida à Maurice à tirer la sonnette d?alarme. Que ce soit au niveau des institutions publiques ou des ONG, il y a d?abord un consensus en faveur d?une politique de réduction des risques. «Le gouvernement a établi un plan d?action 2001-2005. Les ONG, comme PILS, la MFPA et l?Action Familiale, engagent constamment des actions pour réduire la vulnérabilité des jeunes par rapport aux moyens de transmission du virus. D?autres ONG entreprennent des initiatives soutenues pour sensibiliser aux méfaits de la drogue. Ce sont autant d?acteurs et de réponses qui émergent de ce secteur. Actuellement, ces réponses, certes valables, méritent d?être renforcées car l?épidémie continue à flamber», fait remarquer Joy Backory, chargé du programme ONU-Sida.

C?est ainsi que l?action ciblant les jeunes est devenue une priorité. Pourquoi les jeunes ? Parce que c?est une population vulnérable. «Les jeunes entre 15-20 ans sont directement touchés par le VIH car, pour la plupart, ils n?ont pas ou peu d?accès à l?information», explique Nicolas Ritter de PILS. «Il faut une action plus agressive ciblant les jeunes», enchaîne Sangeet Jooseery. « Il est un fait qu?au niveau mondial, les jeunes en dessous de 24 ans sont les plus affectés par le VIH. C?est un constat aussi valable pour Maurice tout comme la féminisation de l?épidémie est un phénomène mondial», confirme Joy Backory.

Conscientiser les jeunes à l?épidémie est un leitmotiv mais sa traduction dans des actions concrètes fait surgir un certain nombre de questions.

Car l?action de sensibilisation se doit de prendre en compte deux problématiques très sensibles, notamment celle du rapport des jeunes à la sexualité et celle de la drogue. «Parler de sexualité n?est pas dans notre culture», explique, à cet effet, Nicolas Ritter. «Il est malheureux de constater que les jeunes ne peuvent se tourner ni vers les parents ni vers les enseignants pour évoquer la question de la sexualité. En même temps, il faut savoir qu?il nous faut des personnes formées pour parler de la sexualité car c?est un enjeu très sensible», ajoute, à ce chapitre, Sangeet Jooseery.

Pourtant la transmission du virus à travers la relation sexuelle non protégée et par la toxicomanie intraveineuse rendent les jeunes de plus en plus vulnérables. «Il y a quand même une note d?espoir. On constate, en ce sens, l?émergence de regroupements des jeunes pour discuter de la question», fait ressortir Joy Backory. L?encadrement du ministère de l?Education est vivement réclamé par Sangeet Jooseery et Nicolas Ritter.

«Le problème est structurel. La MFPA est, elle, sur le terrain avec des programmes de formation et des conférences, entre autres. Parallèlement, nous continuons à demander au gouvernement d?intégrer l?éducation sexuelle dans le cursus scolaire. Il est grand temps que le gouvernement le fasse. Il faut prendre en compte la réalité et cesser de vivre dans l?hypocrisie», soutient Sangeet Jooseery.

Les positions divergent sur cette question. Pour l?Action Familiale, par exemple, le problème du sida est essentiellement une question d?éducation à «l?amour vrai». La prévention, basée sur l?approche ABC (Abstinence, Be faithful, Condom use) avec un fort accent sur l?abstinence et la fidélité, est déterminante.

<B>« Eviterles extrêmes »</B>

Il y a effectivement un équilibre à trouver entre des positions extrêmes. Entre la nécessité d?ouverture et le respect des valeurs, il y a un discours et une action possibles. «Il faut trouver le bon équilibre. Mais on ne va quand même pas attendre que les mentalités changent pour dire les choses comme elles sont», précise Nicolas Ritter. C?est, dans cette logique, que la démystification du préservatif est un enjeu majeur. «Mais en même temps, je considère que cela a été une erreur d?avoir une politique fondée seulement sur le préservatif comme cela a été le cas en France. Nous croyons davantage dans la communication. Il faut informer sur les différents moyens de se protéger», poursuit Nicolas Ritter.

Sangeet Jooseery souhaite, pour sa part, une parole plus libérée sur la question de la contraception et du préservatif. «Il ne faut pas croire que les jeunes deviennent plus actifs sexuellement parce qu?ils sont mieux informés sur les préservatifs et la contraception. Aucune étude ne l?a démontré jusqu?ici. Pour nous, l?éducation sexuelle permet aux jeunes de mieux connaître leur corps et ce besoin qu?est la sexualité. L?abstinence n?est pas la solution. Il faut être réaliste et comprendre que la société est en pleine évolution. Il nous faut donner aux jeunes les moyens de se protéger», assure-t-il.

De son côté, Joy Backory préconise une position intermédiaire. « Il faut faire la promotion du préservatif tout en ayant un message pour ces jeunes qui préservent leur virginité jusqu?au mariage. Il faut tenir en compte le fait que des pays comme Maurice valorisent la virginité et qu?il y existe une relation particulière aux valeurs. Il importe d?éviter les extrêmes. Donc, on ne peut pas non plus stigmatiser ces jeunes qui font le choix de la virginité jusqu?au mariage », plaide Joy Backory.

Ni stigmatiser les uns, ni écarter les moyens identifiés par d?autres même s?ils peuvent paraître trop libertaires, ce sera, dans les faits, aux jeunes de faire le choix.

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