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Otages en Irak : division autour de la ?mission Julia?

3 octobre 2004, 20:00

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La ?mission parallèle? du député UMP Didier Julia dans l?affaire des otages français en Irak a rompu le consensus politique qui prévalait en France depuis le début de la crise. L?Elysée et le Quai d?Orsay ont désavoué samedi les ?démarches parallèles? de l?élu, mais le Premier secrétaire du Parti socialiste a fermement invité le gouvernement et l?UMP à ?faire cesser immédiatement cette agitation?.

?Il n?y a pas en ces matières de diplomatie parallèle?, a déclaré François Hollande sur France info. ?Je demande maintenant au président de l?UMP, ou au futur président de l?UMP, M. Sarkozy, au gouvernement à travers M. Raffarin, de faire cesser immédiatement cette agitation, cette confusion et ce mélange des genres?, a-t-il déclaré.

Dans le même temps, deux médias, Radio France internationale et le Journal du dimanche , ont avancé que l??opération de libération? des deux otages menée à partir de la Syrie par Didier Julia pourrait n?être qu?une supercherie.

Des écoutes de services de renseignements auraient en effet établi que Philippe Brett, l?intermédiaire proche du député qui avait annoncé vendredi se trouver en Irak aux côtés des otages, se trouvait en réalité dans la banlieue de Damas.

Selon le Journal du dimanche, les experts français estiment que Didier Julia et son groupe sont manipulés par la Syrie, rendue furieuse par le soutien français au vote de la résolution 1559 condamnant la présence syrienne au Liban. Damas, qui aurait de l?influence sur les ravisseurs, voudrait contraindre Paris à en passer par ses conditions pour obtenir une libération des deux journalistes.

Motivations inconnues

Pour ajouter à la confusion, Didier Julia a reconnu avoir voyagé lors de ses différents périples dans la région, y compris à Damas, à bord de l?avion du président ivoirien Laurent Gbagbo, en délicatesse avec Paris.

D?abord prudentes sur l?opération du député, dont on ignore toujours les motivations précises et les éventuels commanditaires, les autorités françaises ont fini samedi par condamner cette ?initiative privée?.

Le président Jacques Chirac s?est déclaré inquiet d?une ?immixtion dans un processus délicat? dont l?issue ?ne semble pas être positive? selon son entourage. De Rome, où il participait à une réunion européenne, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, a dénoncé les ?démarches parallèles? menées par Didier Julia, qui semble bénéficier de l?appui de ?réseaux? français en Afrique.

?Je veux espérer que les démarches parallèles engagées par un groupe en Irak n?auront pas de conséquences sur la sécurité? des otages et qu?elles ne ?retarderont pas le moment effectif de leur libération?, a-t-il déclaré.

Le chef de la diplomatie française a souligné que les services français avaient perdu le contact indirect établi avec les ravisseurs depuis le 28 septembre, date de l?entrée en lice du ?groupe Julia?.

La veille, le président UMP de l?Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, s?était démarqué du député, affirmant qu?il n?était mandaté ni par le palais Bourbon ni par la France.

Joint par téléphone samedi soir à Damas, Didier Julia a reproché à Michel Barnier de vouloir faire de lui un ?bouc émissaire? pour masquer l?impuissance de la diplomatie française depuis le début de la crise.

?Je ne vois pas en quoi notre mission mettrait en danger la vie des otages. Je crois que M. Barnier cherche un bouc émissaire face à une impuissance qui dure depuis 44 jours?, a-t-il déclaré. L?élu UMP a cependant reconnu son échec.

Une grande partie de la presse a souligné les ?invraisemblances? et les ?affabulations? du député qui, à peine arrivé vendredi à Damas, disait attendre l?arrivée des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Un espoir démenti le jour même, lors d?un point de presse à Damas. ?J?attendais un retour des journalistes aujourd?hui, ce retour ne s?est pas fait pour des raisons de sécurité?.

?Affabulations?

Didier Julia fait ainsi le récit d?une libération manquée, un échec qu?il a attribué à l?armée américaine, qui aurait tiré sur le convoi conduisant les otages en Syrie, et à la présence ?d?autres émissaires porteurs de valise?.

Le lendemain, l?élu aurait suggéré à des journalistes de se rendre à la frontière irako-syrienne dans l?attente d?une possible libération des otages, laquelle n?est pas intervenue.

Selon ?Le Télégramme de Brest?, Didier Julia et Philippe Brett seraient allés dans la région avec l?appui ?d?un homme d?affaires libano-syrien, marchand d?armes et récemment fournisseur des armées de Côte d?Ivoire?.

Paris, qui a envoyé jeudi le secrétaire général du Quai d?Orsay, Jean-Pierre Lafon, à Amman, en Jordanie, aurait dépêché le même jour le général Philippe Rondot, chargé des opérations spéciales au ministère de la Défense, à Damas pour tenter d?arrêter les gesticulations de Didier Julia, ajoute le quotidien.

Gérard Bon

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