Publicité
La plume et le goupillon
Cher Paul,
Je ne voulais pas louper l?occasion de te souhaiter un joyeux anniversaire. Un an de règne, déjà ! Et toujours pas une ride d?usure. Egal à toi-même. Omniprésent et solitaire. Toujours sur la brèche à fourrer ton nez partout. Ceux qui pensaient que tu allais prendre un peu de hauteur, en sont restés pour leurs frais. Et pourtant, ce n?est pas faute de jouer à l?équilibriste. Entre nous, ce sont de doux rêveurs. Comme si un agité du bocal pouvait devenir une limace de salon, un homme d?action se révéler un homme d?État.
Mais dis-moi, t?en as pas marre de faire le grand écart sur le fil des compromis ? Je ne sais pas ce qui m?épate le plus chez toi : ton don d?ubiquité qui te fait être partout à la fois et nulle part en particulier, ou ta propension à vouloir plaire à tout le monde pour finalement ne satisfaire personne.
Ouais, ben justement, et les femmes dans tout ça ? Rayées de ton champ visuel. Y a qu?à regarder la photo de famille publiée la semaine dernière. Cherchez l?erreur. Cette pauvre Arianne, je n?ai rien contre elle mais elle fait tache, perdue au milieu de cet aréopage viril. Elle est là pour quoi au juste ? Pour faire jolie dans le décor ou pour cautionner « l?encouragement de l?accès des femmes à des postes de décision » ?
On est bien loin des déclarations d?intention qui figurent dans ton fameux programme électoral de 2000, sur « l?intégration de la gender perspective » (p. 53). D?autant que j?vais te faire un aveu : la potiche, c?est plus vraiment tendance. T?as oublié qu?on est à la traîne des pays de la SADC question représentativité féminine ?
À quand une femme à la tête des Finances ? Tu sais, les histoires de budget, ça nous connaît.
Et quid de la Family Court, de la loi sur le divorce, de l?égalité des salaires, des fameuses crèches et buanderies censées nous faciliter la vie ? Broyés par le tambour de la machine à laver de la real politik, relégués sans trompettes au rayon de l?accessoire, je suppose.
Tu ne m?en voudras pas si je glisse un dernier bémol ? c?est que je ne suis pas douée pour les superlatifs ? au concert de louanges que tu t?adresses tous les samedis à l?occasion de ta grand-messe hebdomadaire. Messe au cours de laquelle tu délivres en exclusivité ? puisque les autres n?ont qu?un seul droit, celui de se taire ? la bonne parole gouvernementale à tes ouailles journalistiques. Je suppose que c?est ainsi que tu conçois « la libre circulation de l?information ». Souviens-toi, c?était aussi dans le programme électoral, page 37. Le Free-dom of Information Act, ça te dit quelque chose ?
Toujours à la même page, on peut lire : « Le gouvernement enlèvera les entraves à la liberté de la presse ». C?est probablement pour compenser cette étourderie monumentale que tu prends un malin plaisir à flageller cette pauvre presse qui ne t?encense pas assez. Qu?est-ce que tu veux, à chacun ses outils. À toi le goupillon et l?eau bénite dithyrambique ; à nous, la plume et l?encre pas toujours sympathique. Mais finalement, ce que tu veux, c?est qu?on t?asperge, non ?
Publicité
Publicité
Les plus récents