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Leçons particulières nécessité ou escroquerie ?

2 octobre 2004, 20:00

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«Mo pas capav demann mo professeur explications. Li pou vexé ou bien li pas pou rode expliqué. So programme sé ziste lire text dans classe. Li pas pou prend la peine demandé si nou fine comprend. Mo préfère mo professeur leçon ki pou donne plis notes », confie Jennifer, 15 ans, étudiante en Form IV. « Ça pas servi nanié demann banne explications dans classe. Professeur lékol nette favorise banne séki zotte pensé capav vine lauréat. Si toi to saye démandé, professeur là pas pou même ékut toi. Mé si élite là fer li, là tout de suite, li pou répone. Comment capav fer professeur l?école confiance ? Tou dimoune pou fier lors lésson », indique Roshan, 18 ans, élève en HSC.

Aujourd?hui, les élèves vont davantage vers des aides spécialisées, les leçons particulières. Le manque de confiance dans l?enseignant, qui initialement devrait être le guide de tout étudiant, fait que celui-ci s?éloigne de ce qui se fait en classe. Pas étonnant donc de voir écoliers et collégiens se bousculer à la pelle pour s?entasser sous une varangue, au fond d?un garage ou dans des salles louées ! Qu?on le veuille ou non, ces cours particuliers semblent être bien ancrés dans nos m?urs. Certains y voient même la condition sine qua non pour la réussite scolaire. À quoi attribue-t-on cette perception ? « En classe, l?enseignant essaiera d?enseigner à la majorité mais il ne pourra répondre aux besoins individuels de chacun. Il fait face à diverses catégories d?étudiants ? ceux issus de l?élite, les étudiants moyens qui sentiront le besoin de prendre des leçons et le Low Achiever qui emboîte le pas aux autres catégories. Mais en tirent-ils un bénéfice ? C?est une autre question », explique Oomandra Nath Varma, pédagogue de la Mauritius Institute of Education (MIE). « C?est la nature compétitive de notre système d?éducation qui est la cause des leçons particulières. Le gouvernement lui-même a accepté cette réalité », soutient Jugdish Lollbeeharry, président de la Government Teachers Union (GTU). Et Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers Union (GHTU), de rétorquer : « L?éducation étant devenue le maître-mot et la forte demande pour les leçons particulières qui sont en constante progression est une incitation à aménager des locaux capables de satisfaire la demande. Les parents ont recours aux leçons particulières afin de permettre à leurs enfants d?atteindre un niveau supérieur ».

Les précepteurs émérites se transforment en mercenaires

Certes les leçons particulières peuvent propulser l?étudiant à un niveau supérieur et à une amélioration des compétences mais à quel prix ? De tous temps, les leçons particulières ont été sujettes à controverse. Si certains y voyaient un simple exercice d?accompagnement au plus près de l?activité mentale de l?enfant, désormais, les cours particuliers s?avèrent très lucratifs. Au point où parfois certains enseignants négligent leur devoir en classe pour mieux donner le maximum après les heures de classe par le biais de ces leçons. Avec rémunération en plus. Du coup, les précepteurs émérites qui détenaient jadis les clés de la connaissance se métamorphosent en mercenaires, attisés par l?appât du gain. « Dans certains collèges, nous avons découvert des pratiques immorales de plusieurs profs, des personnes qui ne sont pas des professionnels et encouragent les élèves à s?absenter de l?école. Nous travaillons avec le secteur privé éducatif pour trouver une solution à ce problème », déclare Steve Obeegadoo, ministre de l?Éducation et de la Recherche scientifique.

Entre-temps, cette pratique gangrène le système et pousse les enfants à se replier sur ses leçons, quitte à croire que l?éducation à l?école ne vaut pas son pesant d?or. D?autant plus que la majorité des enseignants ne déclarent pas les revenus émanant de ces cours particuliers ? qui ne coûtent pas une bagatelle de surcroît (voir encadré) ? aux impôts. L?article 41 A de l?Income Tax Act mentionne les déductions pour les frais éducatifs, dont les frais de leçons particulières, encourus par les parents. Dans la réalité, beaucoup d?entre eux ignorent cette clause ou la négligent.

Dans ces conditions, ces cours particuliers n?ouvrent-ils pas la porte aux abus, à une belle stratégie pour arnaquer parents et enfants ? « Il est malheureux qu?il y ait eu des abus ces derniers temps et que le ministère ait autorisé les leçons particulières. Pour parer aux abus, nous n?autorisons pas les leçons aux enfants de Std I à III », ajoute le ministre. Pour Somduth Dulthumun, président de l?association Hindutva, qui a effectué des études sur le système éducatif en 2001, l?argent est la grande motivation des enseignants : « Ça système l?éducation avec leçons là sé ène mal à éviter. Zordi bocou nette vise l?arzent même. Longtemps, mo rappelle ki mo professeur ti choisir moi pou donne leçon. Li pas ti pense pou réclame ène sou. Li ti pé travay par amour ».

Les enseignants, eux, ne l?entendent pas de cette oreille. « Prof pé servi zotte la sueur. Nous pé sacrifié nou. D?ailleurs sé zélèves ki alle guette profs. Comme dans les autres professions couma doctère, avocats, éna 90 % pas bons. Professorat li ène question vocation. Mo pas capav fer ène zenfant nette appran kitchose lor papier mé eski finalement li pé comprend ? Système capitaliste ine créer ainsi », soutient un enseignant qui dispense des leçons depuis cinq ans. Pour les syndicalistes, la question d?escroquerie ne se pose même pas. « C?est facile de jeter le blâme sur l?enseignant. Il faut peut-être demander aux parents de ne pas envoyer leurs enfants aux leçons et de refuser de payer si les demandes sont exagérées », affirme le président de la GTU. Réitérant ces propos, Suttyhudeo Tengur ajoute qu?il est important de conjuguer des efforts additionnels et les leçons particulières pour constituer un moyen d?atteindre la voie de la réussite.

Avoir une bonne supervision de la salle de classe

Est-il temps de réglementer la situation ? Faut-il appliquer le couperet sur les leçons particulières ? « On pourrait porter plus d?amendements aux lois en les abolissant mais cette mesure serait incomprise car c?est un cercle vicieux étant donné qu?il y aura toujours une demande pour les leçons. Je crois qu?il faut privilégier le changement des mentalités. Le combat est déjà entamé mais cela prendra du temps », confie Steve Obeegadoo. Pour Oomandra Nath Varma, le problème fondamental réside dans la façon dont les écoles supervisent ce qui se passe en classe :

« Il n?y a guère de temps pour une analyse pédagogique ou une considération sérieuse de l?enseignant pour savoir qui est en train d?apprendre réellement, comment, que se passe-t-il vraiment dans sa classe ou encore est-ce qu?il peut mieux enseigner. La responsabilité des parents est de vérifier que l?enfant se rend à l?école pour apprendre. S?ils demandent une aide supplémentaire, il faut évaluer la façon dont cela se fera. Dans cette optique, les profs n?auront d?autre moyen que de survivre dans le système prédominant ».

Dans un de ses écrits, Michel Lobrot, professeur à l?université Paris 8 en sciences de l?éducation, disait qu?il n?y a pas encore aujourd?hui et qu?il n?y a probablement jamais de système éducatif valable, capable de former et d?épanouir la personnalité, car tout système éducatif est fait pour étouffer et pour asservir, sans pour autant donner les connaissances et les aptitudes qu?il prétend donner. Il est évident que tout un chacun doit contribuer dans le processus éducatif. La question des leçons particulières déchaînera sans doute encore des passions pendant longtemps. Mais il ne faut pas non plus oublier que les enseignants ont un devoir primordial dans le système éducatif ? celui d?être à l?écoute de son élève. Le thème de la journée internationale ? des enseignants de qualité pour une éducation de qualité ? reflète bien cette idéologie. Gageons que nos enseignants retiendront la leçon.

Combien ça coûte ?

Les leçons particulières peuvent parfois coûter les yeux de la tête ! Et à mesure que l?enfant entre en classe supérieure, les tarifs prennent aussi l?ascenseur. Au primaire, par exemple, le coût mensuel des leçons particulières, pour l?anglais, le français, les mathématiques, les sciences et éducation civique, avoisine les Rs 275 à partir de la quatrième, Rs 325 en cinquième et entre Rs 375 et Rs 400 en sixième. Au secondaire, les cours particuliers de matières principales comme l?anglais, le français, les mathématiques, la littérature anglaise ou française, l?informatique, la comptabilité vont de Rs 175 à Rs 250 mensuellement en Form IV et V. Et pour ce qui est du Lower VI et du HSC, les tarifs sont de Rs 250 à Rs 350. Pour des matières peu demandées, comme la sociologie ou le droit, les leçons coûtent Rs 500 !

Terry, 18 ans : « Mo préfère appran par mo mêm »

Un élève de HSC qui ne prend pas de leçons particulières : voilà une perle rare ! Terry, 18 ans, qui fréquente un Star College, fait ses propres recherches pour mieux étudier chez lui après les heures de classe. «Kan mo ti dan forme 3, mo ti commence prend leçons jusqu?à commencement l?année mé après mo fine arrêté. Kan mo pensé combien lé temps mo perdi dans banne trajets entre l?école ek kotte professeur leçons, plis pou alle prend ziste 30 à 45 minutes leçons, mo réalisé li pas utile. Mone fini perdi 4 h ! Mo préfer apprane par mo même », confie-t-il. Selon lui, cela lui permet d?étudier à son aise et sans pression, contrairement à bien d?autres étudiants galérant entre une panoplie de leçons particulières. «Mo éna banne camarades ki passe zotte la vie dans leçons. Ene parmi zotte prend quatre leçons pou mathématiques avec quatre professeurs différents ! Li rente so la caze 22h ! Mo pas envi vive ène telle pression », ajoute-t-il.

Ce que dit la loi

En vertu de l?article 37A de l?Education Act, aucune personne n?est autorisée à dispenser des leçons particulières à un enfant adhérant à un programme académique à l?école, indépendamment de sa durée, en dessous de la troisième. La leçon particulière est permise à partir de la quatrième. Cette clause ne s?applique pas pour l?enseignement d?une langue orientale ou dans le cas d?une éducation religieuse d?une école enregistrée d?après les conditions de l?Education Act. Toute personne enfreignant cette loi, est passible d?une amende n?excédant pas Rs 2 000 et d?une peine d?emprisonnement de deux ans.

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