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150 ans pour la Société Royale et un ?créoliste? nommé Lee Kwan Yew
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150 ans pour la Société Royale et un ?créoliste? nommé Lee Kwan Yew
En ce début d?octobre 1979, la Société Royale des Arts et des Sciences se prépare allègrement à célébrer ses 150 ans. Son acte de naissance porte, en effet, la date du 11 août 1829. Charles Telfair convie à son domicile, à Port-Louis, le fils d?esclave Lislet Geoffroy, quelques ?aliens? dont Wenceslas Bojer, les naturalistes Julien Desjardin et Louis Bouton, l?avocat propriétaire d?esclaves Adrien d?Epinay et MM. J. Delisse,
E. Rivière et G. Courau. De ce banquet naîtra la Société d?Histoire naturelle, appelée à devenir, en 1846, notre Société Royale.
Cent ans après, son président Donald d?Emmerez de Charmoy est en mesure de dire ceci : ?Dès ses débuts, elle prend droit de cité et est tacitement reconnue d?utilité publique en raison des nombreux services qu?elle rend. Elle devient la conseillère du corps agricole et même du gouvernement.? A Julien Desjardins, nous devons une connaissance presque complète de notre faune indigène. Ce qui reste encore de ses précieuses collections est encore visible au Musée de Port-Louis. Le botaniste Louis Dupont permet à Baker de publier sa Flore des Mascareignes.
La prépondérance de la Société Royale diminue graduellement avec les créations successives de la Chambre d?Agriculture en 1853, de la Station agronomique en 1893, de la Société des chimistes en 1910, de la Société de l?Histoire en 1938, de l?Institut de recherches de l?industrie sucrière (SIRI) en 1953. Ses 150 ans ne l?empêchent toutefois pas d?inaugurer, le 4 octobre 1979, la réserve naturelle du Mondrain (une initiative, entre autres, de Joseph Guého et France Staub) et d?inscrire sur l?obélisque Liénard au Jardin botanique de Pamplemousses les noms de Jean Vinson, Octave Wiehe, James Duncan et de John Horn, pour services agricoles rendus. Pendant ses 150 ans d?existence, elle a l?occasion de recevoir Charles Darwin et David Livingstone.
La société centenaire est toutefois plus scientifique qu?artistique. Elle ne peut pas tout faire, ni être au four et au moulin. Les Arts ne se portent pourtant pas trop mal en ce début d?octobre 1979. A l?autre bout de Paris, Marie Thérèse Humbert accumule les succès. Son roman A l?autre bout de moi se vend à 60 000 exemplaires, dont 34 000 pour le seul mois de juillet 1979. On prévoit l?inévitable rupture de stock (le comble pour un éditeur, surtout quand il se nomme Stock). A Paris, Le Matin parle de phénomène sans précédent. Tout se déclenche à partir d?un article de Françoise Xenakis : A l?autre bout de moi ? un mauvais titre ? est un chef d??uvre mais personne ne le crie. Elle se plaint que l?auteur ne soit pas encore ?chancellisée? ni ?apostrophée?. Bernard Pivot s?émeut. Il l? ?apostrophe? fin juin. Timide, devant les caméras, Humbert déçoit. Elle n?est visiblement pas une professionnelle du show littéraire. Simone Signoret vante toutefois son roman. Le public apprécie sa sincérité et se rue en librairie. On doit réimprimer à toute vitesse, à raison de 4 000 exemplaires par semaine. Alain Devalay de Stock explique ce succès : ?Le public en a assez des livres fabriqués.?
A Port-Louis, Malcolm de Chazal a moins de chance que Marie Thérèse Humbert. Les éphémères Editions de la Table Ovale réimpriment Petrusmok. A Port-Louis, Malcolm de Chazal a plus de chance que Savinien Mérédac, Clément Charoux, Léoville L?Homme, Robert Edward Hart, Jean Erenne ou André Masson. Nul ne songe à rééditer leurs ?uvres. Yves Ravat salue cette résurrection de ?Pétrusmok?. ?Un grand moment dans la nouvelle orientation de la poésie mauricienne ? Un livre haletant de neuve émotion ? Une ?uvre puissante comme une coulée de lave ? Un des peintres africains les plus authentiques, Senghor dixit, ? Un art qui mérite le nom de génie, pense Paulhan ?. L?écriture chazalienne devient pouvoir ? L?immobilité s?anime ? Un ton biblique ? métaphysique ? Une inspiration panthéiste ? Une philosophie hégélienne transposée dans une perspective poétique ? Un acte de foi dans la toute-puissance poétique ??
Plus pragmatique, le Premier ministre Lee Kwan Yew nous envoie un spécialiste pour étudier la réussite de ce trait d?union linguistique qu?est, à Maurice, la langue créole. A Singapour, tout réussit mais ils n?ont pas une langue créole unificatrice.
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