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Hamid Karzaï tente de reprendre en main les pouvoirs locaux

18 septembre 2004, 20:00

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Un couvre-feu nocturne a été imposé à Herat, principale ville de l?Ouest afghan, après que trois personnes ont été tuées et des dizaines d?autres blessées, au cours de violents incidents. Les manifestants, qui ont détruit, brûlé et pillé plusieurs bureaux des agences de l?ONU, d?organisations non gouvernementales et des locaux gouvernementaux, entendaient protester contre le limogeage du puissant gouverneur d?Herat, Ismaïl Khan. Le président Hamid Karzaï avait convoqué Ismaïl Khan à Kaboul pour lui offrir le poste de ministre de l?Industrie. L?ancien gouverneur a refusé la charge et a préféré rester dans la ville qu?il gouverne d?une main de fer depuis la chute des talibans, à l?automne 2001.

Une soixantaine d?employés expatriés de l?ONU et d?agences humanitaires ont été provisoirement rapatriés sur Kaboul. Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a interrompu le retour des déplacés afghans d?Iran. L?ampleur des destructions a surpris les responsables onusiens. « J?ai vu, dans ma vie, des locaux de l?ONU détruits, mais j?ai rarement vu le type de destruction que j?ai vu à l?Unama » , a affirmé Filipo Grandi, numéro deux de l?ONU en Afghanistan, de retour d?une mission d?inspection à Herat. « Le bureau était en cendres et tout a été brûlé. Les manifestants ont répandu de l?essence et jeté des allumettes, et le bureau n?existe plus.»

Absence d?une armée et d?une police puissantes

Outre les bureaux de l?Unama (Mission d?assistance de l?ONU pour l?Afghanistan), les locaux du HCR, de l?Unicef, de l?Organisation mondiale de la santé (OMS), de l?Organisation internationale pour les migrations (OIM), de la Commission afghane indépendante des droits de l?homme, d?une ONG danoise, de la Fédération de la Croix-Rouge ont été touchés. Ces attaques ciblées contre l?ONU semblent être une réponse au soutien apporté par l?Organisation à la décision du président Karzaï, approuvée aussi par le tout-puissant ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad.

Le remplacement d?Ismaïl Khan était dans l?air depuis plusieurs semaines, la seule question étant de savoir si la décision serait prise avant ou après l?élection présidentielle du 9 octobre, compte tenu des risques de déstabilisation de l?ouest du pays. En remplaçant Ismaïl Khan par l?un de ses hommes, l?ambassadeur en Ukraine Sayyed Mohammed Khairkha, et en lui offrant un poste ministériel, le président Karzaï tente de limiter l?amertume du « Lion d?Herat » qui, pour l?instant, semble se plier à une décision soutenue par Washington. Il est toutefois trop tôt pour « enterrer » Ismaïl Khan, qui bénéficie du soutien de l?Iran voisin.

Ismaïl Khan est, après Gul Agha Sherzai, ancien gouverneur de Kandahar, nommé ministre, le deuxième grand « chef de guerre » privé de pouvoir officiel dans sa province. Le remplacement de Gul Agha Sherzai n?a toutefois pas réellement modifié la situation dans la province de Kandahar, où le nouveau gouverneur a du mal à s?imposer face aux chefs locaux. Le gouvernement a aussi remplacé le gouverneur de la province centrale de Ghor, dans une tentative de ramener l?ordre dans une province désertée par la plupart des ONG en raison de l?insécurité qu?y font régner divers potentats locaux.

Il est trop tôt pour dire si ces tentatives de reprise en main du pays par le gouvernement central auront un effet positif, en l?absence d?une armée et d?une police puissantes. À moins d?un mois de l?élection présidentielle, elles risquent d?ajouter aux troubles et à l?insécurité. Condamnant les événements d?Herat, le Conseil de sécurité de l?ONU a appelé « tous ceux concernés à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que l?élection se déroule de manière pacifique et démocratique ».

Parallèlement, les forces américaines poursuivent leurs opérations, dans la « ceinture pachtoune » contre les talibans et Al-Qaida. Selon l?armée américaine, vingt-deux miliciens, dont trois combattants arabes, auraient été tués, dans la province de Zabul, fief du chef des talibans, le mollah Mohammed Omar. À l?approche du 9 octobre, les talibans ont accru leurs attaques contre les forces américaines qui, à chaque fois, doivent faire appel à l?aviation.

2004 Le Monde ? Françoise Chipaux Distribué par The New York Times Syndicate

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