Publicité
Reconstruction sociale !
Il y a un important courant d?opinion qui, trouvant que les richesses de notre économie sont trop concentrées entre les mains d?une poignée de familles, considère qu?un modèle de développement équitable et durable passe par un processus de démocratisation de l?économie. Une telle prise de position répond-elle à un impératif économique ? Une exigence morale ? Une aspiration à l?égalité des chances et d?espérances ? Ou est-ce tout simplement de la démagogie ?
Ce courant d?opinion s?inscrit dans l?histoire récente des idées politiques et sociales. Celle de l?après-révolution conservatrice des années 80 qui voulait en finir avec deux siècles d?idéologie égalitaire et avançait des thèses de « fin des idéologies et de l?histoire ». On assiste depuis à une remise en cause du dogme du marché triomphant : le marché n?étant pas animé par la morale, il nécessite des garde-fous. D?où l?importance du droit et de la politique pour une vie sociale fondée sur la morale ? essence et sens de l?existence humaine. Encore faut-il que la politique se repense afin de s?affranchir de la force corruptrice du marché dominé par l?argent-roi et que la justice résiste aux multiples tentations
Le débat sur la démocratisation a un sens s?il renvoie à un vrai fond philosophique. De ce fait, il ne faut pas le travestir en polémique de bas étage. Les protagonistes de ce débat s?ils sont sérieux doivent activement ?uvrer pour éviter un certain nombre d?écueils.
D?abord, il s?agit de se garder de faux procès contre les détenteurs de capitaux en les diabolisant, et en les rendant responsables de tous les maux de notre société. Ensuite, il ne faut pas pratiquer l?amalgame et exploiter la coïncidence classe-communauté pour distiller le poison raciste. Peut-on faire la preuve que l?on peut résister à la tentation d?exploiter les fameuses « considérations historiques » pour alimenter une plateforme idéologique ambiguë et qui deviennent prétexte pour refuser d?engager le débat ? Peut-on dépassionner le débat pour le libérer des oripeaux d?un populisme fascisant ?
Est-il besoin d?insister que ce n?est pas en faisant croire qu?on va faire la peau aux « affreux accapareurs » qu?on parviendra à créer des richesses pour mieux les partager ? Ceci étant, cela ne signifie aucunement qu?il ne faille pas rappeler aux représentants du capital leurs responsabilités sociétales et leurs rôles historiques dans la conjoncture actuelle. Il n?est pas dans leur intérêt de laisser le champ libre aux seuls politiques. Une démocratisation qui vaille la peine qu?on s?y attarde doit être animée d?un esprit positif, constructif et créatif où les impératifs concrets d?efficacité, de continuité des opérations, de responsabilisation des acteurs soient on board. Le pays n?a pas de temps à perdre avec des pseudo-thèses qui insultent et blessent l?intelligence et qui peuvent par moment devenir extrêmement dangereuses. N?en parlons pas des gimmicks qui tiennent lieu de propositions sur des estrades d?un jour.
La logique dominante animant le développement génère l?exclusion, la précarité et donc les inégalités de chances et d?espérances. Dans l?espace où sévit la mondialisation, on trouve d?un côté les inclus-bénéficiaires, et de l?autre les exclus-rejetés. Avec les dangers de désintégration du corps social. Il ne s?agit pas de confondre réalisme ? exigences d?un environnement mondialisé ? et abdication face à une philosophie appauvrie de l?homme et de la société, où les seuls rapports sont des rapports marchands.
Pour redonner un sens réel à l?existence, il faudrait une philosophie de développement pour lutter contre les effets ? pervers ? ? de cette logique dominante. Avec comme concept-clé, l?intégration.
Les membres de la tribu « Kifont » à Maurice n?ont pas attendu les récentes sommations pour imaginer et explorer les voies du futur en partant des dynamiques et lignes de force existantes. Un modèle inspiré de la philosophie du développement intégré existe déjà en pointillé, sous une forme embryonnaire. Il est en gestation, cherchant ses voies pour opérer, son mécanisme de fonctionnement global, et ses modalités pratiques, imaginant ses institutions à mettre en place, réfléchissant sur les types de partenariat à développer pour faire émerger les pôles de créativité et de compétitivité, identifiant ses forces porteuses. Il faut accompagner.
Ce modèle ne se réalisera pleinement que dans de nouveaux rapports entre l?État, le privé et la société civile où les « entrepreunants », au-delà de la vision, ont intégré les vertus de la responsabilisation, de la flexibilité et de la souplesse, sans oublier la solidarité et la fraternité.
Et si la vraie démocratisation finalement passe par la mise en ?uvre d?un développement intégré, pensé et réfléchi s?inscrivant en faux contre les effets d?une mondialisation froide, amorale et inhumaine ? Il y a une urgente nécessité de ranimer la flamme de la reconstruction sociale. Nous sommes convaincus que la génération montante a une capacité d?invention sociale. Encore faut-il l?écouter.
Publicité
Publicité
Les plus récents