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Responsabilité partagée

18 septembre 2004, 20:00

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N?était-ce les faits divers et les accès de fièvre politique, ce sont les dossiers du sucre, du textile et du tourisme qui auraient monopolisé le débat et auraient fait d?un jour à l?autre la Une de l?actualité. Voici quelques semaines, suite à certaines décisions de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), on était tous sous le choc de la menace qui pèse sur ces secteurs vitaux de l?économie mauricienne. Encore qu?il faut préciser que ces menaces ne sont pas récentes. Loin de là. Les avertissements datent de plusieurs années. Mais ce n?est que depuis quelque temps qu?ils se précisent avec autant d?urgence. En fait, s?il fallait demeurer objectif dans les diagnostics, on aurait droit depuis une décennie au moins à des bulletins de santé précaires sur l?économie mauricienne. Cependant les gouvernements ont rivalisé dans le jeu du mensonge et de la langue de bois.

De peur d?accroître les fissures dans le mur de la cohésion sociale, on a préféré jouer la carte de la prudence sinon celle de l?amnésie. Les années ont passé. Les menaces sont devenues plus fortes et le pays est désormais engagé dans un incessant exercice d?équilibre entre l?économique et le social. Mais il suffit de quelques épiphénomènes pour que nous nous oublions dans l?accessoire. C?est le vice de la mémoire courte. Comme un mauvais élève, on ne réagit que lorsqu?on a les oreilles tirées. C?est ainsi que les solutions proposées s?inscrivent seulement dans le court terme.

S?il est vrai que la gestion du dossier sucre nous échappe dans une grande mesure, il est aussi vrai que les efforts de réforme ne couvrent pas tout le secteur de l?agriculture. Faut-il croire que le sucre a bénéficié, au plan local, d?un traitement de faveur uniquement parce que Pravind Jugnauth devait démontrer qu?il pouvait mener à terme une réforme aussi importante ?

On serait tenté de le croire. Parce que le plan global de restructuration de l?agriculture, lui, semble faire du surplace.

Pour le tourisme et le textile également, la même impression se dégage. On ne fait que répondre aux problèmes ponctuels. Les plans de restructuration intégrés font souvent place à des initiatives sectorielles. Et, à chaque fois, qu?on se fait rabattre le caquet par l?OMC ou d?autres institutions internationales, on redevient des écoliers effarouchés qui tentent de sauver les meubles par tous les moyens possibles. Fondamentalement, il y a une telle propension à la complaisance qu?on se refuse d?aborder les problématiques dans le moyen et long termes.

C?est un défaut congénital. Pas seulement de nos gouvernants mais aussi des citoyens que nous sommes. Il nous est, en effet, plus facile de mobiliser nos facultés cérébrales à palabrer sur le superflu plutôt qu?à essayer d?agir sur l?essentiel. À nous signaler également par nos réflexes de geignards et par une certaine exigence revendicatrice. Il ne faut pas s?étonner, dans ce contexte, que la situation politique connaisse un certain pourrissement. Que le gouvernement, à un peu plus d?une année de l?échéance électorale, se montre de plus velléitaire dans sa mission réformatrice.

C?est le risque que nous courrons pour les prochains mois. Que les voix de la frustration ne paralysent le pays dans la voie de l?immobilisme. Entre-temps, entre faits divers et péripéties politiques, on a de quoi pour nourrir un appétit intellectuel peu exigeant.

La responsabilité du citoyen ne s?arrête pas à glisser un bulletin dans une urne. Des soucis quotidiens à la citoyenneté assumée, c?est une échelle de responsabilité qui fait de l?individu un agent social co-constructeur de l?avenir d?un pays.

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