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Un témoignage discutable mais qui sème le doute

18 septembre 2004, 20:00

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Un vent de soupçon souffle sur l?affaire Nadine Dantier. L?apparition inopinée d?un témoin surprise, Nadine Chaton, vient troubler une affaire sordide qui traîne en longueur. Quinze mois après le meurtre, ce témoin de 24 ans s?est confié à la Major Crime Investigation Team (MCIT) et a affirmé dans un premier temps avoir assisté, impuissant, à l?agression mortelle de la jeune fille sur le terrain vague d?Albion, le 25 juin 2003.

Ce jour-là, affirme Nadine Chaton, en fin d?après-midi, elle se trouvait avec un amant dans les sous-bois lorsqu?elle a entendu des voix. Elle aurait aperçu deux hommes empoigner Nadine Dantier alors qu?un troisième assistait à la scène.

Pourquoi alors avoir attendu aussi longtemps pour se manifester ? La jeune femme fait un récit digne d?un roman policier. Les enquêteurs, rompus aux histoires homicides, écoutent attentivement.

N?ayant pu garder ce lourd secret, dit-elle, elle s?est confiée au sergent Louis James Mardi, membre de l?Anti Drug and Smuggling Unit (Adsu) de Vacoas. C?est cet agent qui l?a ensuite mise en contact avec la MCIT.

Nadine Chaton déclare qu?elle a décidé de parler après avoir reconnu, en photo dans un journal il y a deux mois, l?homme qu?elle aurait vu assister à l?agression. Il s?agit, dit-elle, de Jean-Yvon Dantier, le beau-père de la victime. Marcelin Azie, qui était jusqu?alors le principal suspect, serait l?un des deux hommes qui tenaient la victime.

Ces éléments pourraient conforter la thèse selon laquelle Marcelin Azie n?aurait pas violé Nadine mais qu?il aurait « assisté » le violeur dont ce témoin inattendu donne une description détaillée.

Des allegations un peu trop faciles

Dans les fourrés, à une dizaine de mètres du lieu du crime, Nadine Chaton déclare avoir entendu les paroles d?un des agresseurs à la jeune fille : « To pa pou gagne letan dire narien. » La victime aurait répondu « mo pu dire », avant de recevoir un coup de poing au visage et de s?effondrer.

Nadine Chaton agrémente à ce stade son récit de détails que les responsables de l?enquête pensent être les seuls à connaître. Ces éléments corroborent des points soulevés par un témoin proche de la victime dans ses dépositions. Pour les limiers, c?est peut-être une bonne piste, mais il leur faut vérifier ces allégations trop faciles. Dominick Julien n?avait-il pas mené des enquêteurs en bateau il y a deux ans dans l?affaire Vanessa Lagesse ?

Pressée de questions, Nadine Chaton déclare qu?elle n?a pu assister à la suite des événements. Lorsque la jeune victime s?est retrouvée par terre, l?amant du témoin allégué lui aurait intimé l?ordre de décamper. Interrogée sur l?identité de cet amant afin qu?il puisse soutenir son témoignage, Nadine Chaton donne le nom d?un certain Gino puis évoque celui de Frédérique. Les deux individus étant introuvables, la MCIT se rend dans les localités où ils résideraient, mais en vain. Faut-il la croire ?

Acculée, Nadine Chaton avoue mercredi soir que l?homme avec qui elle se serait trouvée sur le terrain vague d?Albion n?est autre qu?un policier : le sergent Mardi, un cousin par alliance. Elle revient sur sa première déposition et explique que cela n?était qu?un coup monté. C?est son amant, dit-elle, qui lui a dit de proférer ces accusations. Pourquoi ? Elle ne l?explique pas, mais souligne qu?il s?agirait de fragments d?un rêve qu?elle a fait.

Le sergent Mardi, dit-elle, l?a poussée à se confier à la police, estimant qu?il ne s?agissait pas de rêve, mais bien de la « réalité ». Pourtant, elle l?affirme à nouveau devant les enquêteurs : « Mo fine fer ene reve. »

Face à ce revirement, la MCIT cherche à connaître les motivations de la jeune femme. D?autant qu?un fait demeure troublant : l?homme qui avait mis l?équipe du surintendant Vassoo Marden sur les traces de Marcelin Azie, en juillet 2003, appartient également à l?Adsu de Vacoas.

Pourquoi Nadine Chaton chercherait-elle à tromper la MCIT ? Peut-être est-ce l?appât du gain ? « Dans une grosse affaire comme celle de Nadine Dantier, la police peut verser une récompense frisant les Rs 100 000 à un informateur », avance un haut gradé du CCID.

Arrêté à son tour, le sergent Mardi se défend d?avoir voulu, avec la complicité de Nadine Chaton, pervertir le cours de l?enquête. Il reconnaît qu?il entretenait bien une liaison avec la jeune femme mais nie s?être trouvé avec elle à Albion le jour du crime. L?officier déclare qu?il a sans doute été victime de la vengeance de Nadine Chaton après avoir mis un terme à leur amourette. Le sergent Mardi dit avoir agi en sa qualité de policier car les faits avancés par la jeune femme étaient tellement plausibles qu?il a estimé opportun d?alerter ses supérieurs.

Face à ce développement, la direction de la MCIT n?est pas parvenue au «breakthrough» qu?elle escomptait. Elle veut néanmoins savoir quelle version de Nadine Chaton est la « plus plausible » et espère clarifier certains points dans les jours à venir.

Les limiers n?écartent pas la possibilité qu?une troisième personne, un proche de la victime, soit derrière le complot ourdi par Nadine Chaton et le sergent Mardi. « En alertant les supérieurs de l?Adsu, peut-être pensaient-ils que la personne incriminée serait immédiatement arrêtée, comme cela a été le cas dans l?affaire Deelchand et dans celle des morts de St-Paul », commente un enquêteur. « Il n?est pas exclu que certaines personnes seront appelées à déposer de nouveau », déclare un collègue.

La liberation de Marcelin Azie

S?appuyant sur la première déclaration de Nadine Chaton, l?avocat de Marcelin Azie, Rama Valayden, réclame la libération de son client. A défaut, il demande que l?accusation soit réduite puisque les tests ADN ne l?incriminent pas.

L?affaire Dantier n?en finit plus de faire de vagues. En attendant, une mère continue de souffrir et son mari, Jean-Yvon, est scandalisé par les « affabulations » de Nadine Chaton et du sergent Louis James Mardi. « Je ne compte pas rester les bras croisés. Ces personnes m?auraient incriminé dans l?assassinat de Nadine et de folles rumeurs ont circulé à propos de mon arrestation imminente. » Jean-Yvon Dantier n?exclut pas la possibilité de les poursuivre.

Seuls les tests ADN (voir plus loin) semblent aujourd?hui être en mesure d?apporter une issue à cette affaire dramatique.

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