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?Le Jour d?après?
Selon les scientifiques, la Terre aurait connu de nombreuses ères de glaciation dont les causes sont difficilement déterminables. On sait juste qu?elles ont en général duré des milliers, voire des centaines de milliers d?années.
Une des conséquences envisageables du réchauffement planétaire, serait que ce phénomène provoquerait la fonte de la calotte glacière, refroidissant ainsi certains courants marins responsables des hausses saisonnières des températures dans diverses régions du monde, et provoquant ainsi un cycle de refroidissements entraînant une éventuelle ère de glaciation.
A la consternation compréhensible de bon nombre de scientifiques, Roland Emmerich s?est inspiré de cette théorie en la modifiant quelque peu ? beaucoup même ? pour les besoins de son film, Le Jour d?après ou plutôt, pour les besoins du cinéma selon Roland Emmerich. C?est-à-dire, un cinéma destiné à ratisser le plus large possible à coups d?effets spéciaux gigantesques et aussi à mettre en avant cette notion que, quelque soit la catastrophe frappant la planète toute entière, seul importe ce qu?il advient des États-Unis d?Amérique.
Celui qui est le premier, possiblement le seul, à prendre conscience de l?imminence de la catastrophe dans Le Jour d?après est donc un climatologue américain, Jack Hall - Dennis Quaid, qui exprime ses inquiétudes lors d?un congrès de climatologie à New Delhi. Comme dans tout film catastrophe, bon ou mauvais, les prédictions du savant se heurtent à la mauvaise foi de la politique. En l?occurrence, celle du vice-président des États-Unis Kenneth Welsh (personnage qui semble avoir été directement inspiré de Dick Cheney), obtus au point de ne pas s?apercevoir qu?il neige dans la capitale indienne et que cela n?est pas normal. ?L?économie mondiale est encore plus fragile que le climat.?, déclare t- il. Histoire de ne pas oublier les alliés, le climatologue se lie d?amitié avec un collègue britannique Terry Rapsom ? Ian Holm qui, lui, observe les courants de l?Atlantique Nord de son poste d?observation au nord de l?Écosse.
<B>Humanisme exacerbé</B>
Comme il faut une dimension humaine à toute bonne catastrophe, il y a aussi l?ex-épouse du savant qui est médecin (chef de service) soignant des enfants souffrant du cancer dans un hôpital de Philadelphie ; son fils encore adolescent, Sam ? Jake Gillenhaal qui se rend à New York avec la jeune fille qu?il aime en secret pour un concours. Et puis, toute une brochette d?autres personnages bien typés mais encore plus secondaires (les amis du fils, le vieux monsieur plein de sagesse et d?érudition, le brave flic, le SDF comme on en voit seulement au cinéma, le chien du SDF, la vieille dame, le trio de scientifiques britanniques, un enfant souffrant du cancer, etc.) qui attendent leur moment, à tour de rôle, pour remuer et faire monter l?émotion chez les spectateurs.
Et voilà la catastrophe qui arrive beaucoup plus tôt : des averses de glaçons sur Tokyo, une grosse tempête sur Los Angeles et dans l?Atlantique nord, une forte chute dans la température ainsi que dans la densité de l?eau. A New York, il pleut des cordes depuis plusieurs jours et le débordement des égouts paralyse la circulation. Tous ces événements sont disposés dans le film pour préparer la catastrophe attendue et celle-ci, lorsqu?elle survient, est à la hauteur des espérances. La tempête sur Los Angeles fait place à une, puis deux, puis trois tornades colossales (juste après une tempête ?). L?Atlantique déferlant jusqu?aux épaules de la statue de la Liberté, envahit les rues de New York. Le Royaume Uni (les alliés encore une fois) est traversé par un front froid de -65°C et tout, absolument tout, est gelé en l?espace d?un instant. Et, trois ?Hiii..mmm?enses ? blizzards aux dimensions d?un continent avec, dans leur ?il, une masse d?air à -65°C, font leur apparition dans l?atmosphère terrestre. Si les lecteurs avertis s?interrogent sur la vraisemblance de tout cela, la communauté scientifique, pour sa part, semble trouver ces notions très contestables.
Et puis, sans être savant, on se doute bien qu?il est impossible même pour un héros, de se rendre de Washington à New York en deux jours en plein blizzard, avec les routes recouvertes de plusieurs mètres de neige ou encombrées de débris et en faisant la moitié du chemin à pied, par dessus le marché. Tout comme il est moins que probable qu?un chef de service hospitalier, restée seule à son poste pour s?occuper d?un enfant malade, puisse à la fin du film, disposer d?une ambulance pour ramener l?enfant chez lui ; du moins, pas avec les routes recouvertes de plusieurs mètres de glace et de neige.
Il y avait, dans ID4, ce gigantesque vaisseau spatial qui restait en orbite autour de la Terre sans affecter les marées et les engins nucléaires qui explosaient dans l?espace sans aucune retombée pour les habitants de la planète. Le Jour d?après fait preuve de la même touchante naïveté en ce qui concerne la vraisemblance. Il s?agit de montrer des catastrophes de la façon la plus spectaculaire et, pour cela, de très gros moyens ont été mis en ?uvre. De fait, le spectacle est au rendez-vous. L?eau s?engouffre dans Manhattan exactement comme le feu dans ID4 (c?est peut-être cet acharnement des films catastrophes contre New York qui a fini par donner des idées aux Ben Laden).
<B>L?envers du décor</B>
Le passage des tornades sur Los Angeles est des plus impressionnants et la vue des immeubles éventrés par la suite est à couper le souffle. Vues de l?espace, les perturbations atmosphériques recouvrant la presque totalité de la surface du globe terrestre sont des plus effrayantes (ceci d?autant plus que Maurice a tout l?air d?y passer elle aussi). Même les nuages ont un aspect réellement menaçant. Et puis, il y a ces images de grands centres urbains ensevelis sous la neige. Imagerie virtuelle évidemment, mais de vrais décors ont aussi été utilisés. Ainsi, un quartier de New Delhi a été reconstruit à Montréal (à cause de la neige, on suppose) avec un millier de figurants, en plus des costumes, véhicules et accessoires venus d?Inde. Quant à la scène montrant New York inondée, celle-ci a été tournée dans un bassin géant rempli de 925,000 litres d?eau chaude.
Hormis une scène de rue à New Delhi en guise d?introduction, une autre à Tokyo (les partenaires économiques) et deux scènes en Angleterre, Le Jour d?après se déroule uniquement aux États-Unis. C?est encore une fois une histoire uniquement d?américains et tous les personnages de ce film ont, face aux drames qu?ils vivent, un comportement exemplaire qui n?abusera personne. Leur courage et leur abnégation face au danger ne servent qu?à meubler les moments de bravoure et à donner aux scènes de catastrophe une dimension humaine. D?un côté, la prestation des acteurs n?est pas forcément mauvaise dans son ensemble, mais d?un autre côté, les personnages sont mis dans des situations si convenues, ou invraisemblables ou encore, pleines de pathos qu?ils feraient mieux d?oublier la prochaine soirée des Oscars.
?Lorsque l?Homme Blanc aura pêché le dernier poisson, chassé le dernier gibier et abattu le dernier arbre, il découvrira que l?argent n?est pas comestible.?disait un Indien d?Amérique. Le propos du Jour d?après se veut écologique et à la fin on voit même le vice-président des États-Unis faire son autocritique et remercier le Mexique d?avoir accordé asile aux réfugiés américains, une fois le beau temps revenu. Mais on se demande si tout cela est très honnête, vu qu?il s?agit de faire des recettes hors des USA. Reste que le film se veut avant tout un spectacle de divertissement avec des images destinées à attirer les spectateurs dans les salles. En ce sens, Le Jour d?après est assez réussi, puisque ces images valent réellement le déplacement. Tant pis pour l?histoire, on repassera une autre fois.
<B>Gilles NOYAU</B>
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