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Le candidat démocrate Kerry en mauvaise posture

16 septembre 2004, 20:00

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De retour dans l?Ohio, l?Etat le plus disputé de la campagne présidentielle américaine, John Kerry a exposé, son plan pour réduire le prix de l?assurance-maladie, afin de la rendre accessible à tous. Concentré, attentif aux questions qui lui étaient posées, combatif, le candidat démocrate n?a pas paru affecté par les sondages qui confirment, jour après jour, l?avance acquise par George Bush dans les intentions de vote.

C?était la quatrième visite de Kerry à Toledo, une ville industrielle de 300 000 habitants, sur le lac Erié, et une place forte démocrate, adossée à des comtés ruraux à dominante républicaine. Dans un faubourg, nommé le Village polonais, où des pancartes précisent que ?les Américains hongrois? votent aussi pour lui, le candidat démocrate est arrivé ponctuellement, à 15 heures, pour une rencontre de presque une heure et demie avec environ huit cents personnes de tous âges. Le public lui a fait un accueil chaleureux et lui a manifesté un appui croissant au cours de la réunion.

?Il est tel qu?il paraît?, disait Claudia Brown, chef d?une petite entreprise de produits surgelés. ?Il sait de quoi il parle. Il dit les choses comme elles sont. Son plan, il est évident qu?il y réfléchit depuis longtemps et qu?il y a travaillé lui-même?, ajoutait-elle. Jack Ries, un agent d?assurances, était confiant. ?Je n?ai pas de doute à son sujet, expliquait-il. C?est un type sérieux, solide. Il lui arrive de changer d?avis. Cela prouve qu?il est intelligent.? Un autre participant à la réunion disait que John Kerry ?est le candidat dont - les démocrates - ont besoin aujourd?hui?, celui qui correspond le mieux aux attentes des Américains, mais que la difficulté est d?arriver à le faire savoir.

Un intervenant, s?adressant au sénateur du Massachusetts, l?a félicité pour ses propos, puis a ajouté que ?les médias doivent porter le message de Kerry.? Plusieurs personnes se sont tournées, alors, vers les journalistes et les caméras, au fond de la salle, en scandant : ?Kerry ! Kerry!? Ni les responsables démocrates, ni les observateurs les plus critiques n?accusent les médias de parti pris anti-Kerry.

?Fausses affirmations?

En général, ce sont plutôt les républicains qui accusent les grands journaux et les principales chaînes de télévision ? à l?exception de Fox News ? d?être ?biaisés?. Ainsi, la campagne Bush a dénoncé, mardi, les ?fausses affirmations? d?un article du Washington Post, chiffrant à 3 000 milliards de dollars les baisses d?impôts et les dépenses promises par le président pour un nouveau mandat et observant qu?aucune d?entre elles ne figure dans le budget qu?il a soumis au Congrès pour l?année fiscale 2005. Cependant, si les médias ne sont pas hostiles à John Kerry, ils n?en reflètent pas moins, depuis trois semaines, l?efficacité de la stratégie républicaine, qui est parvenue à faire, de la crédibilité du candidat démocrate le sujet principal de la campagne.

Fin juillet, à Boston, John Kerry avait voulu éviter que la convention démocrate ne soit perçue comme un festival d?attaques contre le président sortant. A présent, Kerry se montre plus agressif. A Toledo, il a commencé par reprocher à George Bush la ?décision désastreuse qu?il a prise au sujet de l?Irak?, celle ?d?y aller seul? et ?d?ignorer les avertissements - venus du Sénat ? sur l?absence de plan pour la paix?. ?Maintenant, a-t-il continué, il glisse sur l?Irak comme si tout allait bien. Mais la vérité est que la situation n?est pas meilleure, elle est pire. Plus de mille Américains ont été tués. L?instabilité augmente. La violence s?étend. L?extrémisme croît.?

Exposé aux critiques de ceux qui lui reprochent d?avoir voté, au Sénat, en octobre 2002, la résolution autorisant George Bush à employer la force contre Saddam Hussein, John Kerry peine à trouver le point d?équilibre entre son opposition au président sortant et la cohérence de ses propres choix. Une série d?enquêtes de l?institut Gallup, dans quatre Etats-clés, dont l?Ohio, montre qu?aux yeux des électeurs qui ont décidé de voter pour John Kerry, l?Irak est une question aussi importante que l?économie et l?assurance-maladie. En revanche, le terrorisme vient loin derrière, dans leurs sujets de préoccupation, alors que c?est une priorité écrasant toutes les autres chez les électeurs de George Bush.

Les électeurs qui ne se définissent ni comme démocrates, ni comme républicains, et que John Kerry cherche à attirer, donnent moins d?importance que les républicains au terrorisme, mais le placent, néanmoins, avant l?Irak dans leurs préoccupations. La difficulté, pour le candidat démocrate, est de tenir, au sujet de l?Irak, un langage suffisamment critique, mais qui ne puisse le faire accuser de mollesse face au danger terroriste.

Le deuxième reproche adressé à John Kerry est d?avoir trop mis en avant son passé militaire. En voulant empêcher George Bush de se prévaloir, contre lui, de son expérience de la ?guerre contre le terrorisme?, le sénateur a ouvert la porte à d?obscures disputes sur des faits datant de trente-cinq ans, tandis que les problèmes qui intéressent les Américains aujourd?hui sont passés au second plan.

Patrick JARREAU Le Monde news service

CONVENTION RÉPUBLICAINE

George Bush se détache dans les sondages

■ A l?échelle nationale, les derniers sondages sur les intentions de vote au scrutin présidentiel du 2 novembre donnent tous une nette avance à George Bush. Le sondage Gallup, réalisé dans la première semaine de septembre, crédite le président sortant de 52 %, avec sept points d?avance sur John Kerry, 45 %. L?ultime sondage du Washington Post corrobore l?avance acquise par George Bush depuis la tenue de la convention républicaine à New York, du 30 août au 3 septembre. Il crédite l?actuel président de 50 %, six points devant le candidat démocrate, avec 44 %.

L?écart varie en fonction des thèmes de campagne. Il est le plus large, quand les futurs électeurs sont interrogés sur la ?sécurité nationale?, la lutte contre le terrorisme et la conduite de la guerre en Irak. Lors du dernier sondage Washington Post-ABC News, à la question de savoir ?qui ferait un meilleur travail pour gérer la crise en Irak?, 53 % de l?échantillon représentatif nomment George Bush, alors qu?ils ne sont que 37 % à croire aux capacités de commandant en chef de John Kerry.

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