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Solidarités

15 septembre 2004, 20:00

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Une décision, très sensible politiquement, devra être prise bientôt sur le prix du riz et de la farine. Le dossier est certes miné mais le gouvernement ne pourra esquiver la question pendant longtemps encore.

Le problème peut être posé en des termes assez simples. La STC achète le riz ration à 40 % plus cher, ce qui implique une hausse des subsides de l?Etat de l?ordre de Rs 60 millions pour maintenir le prix au détail à son niveau actuel. L?augmentation du prix de la farine importée par la STC entraînera, pour sa part, des dépenses additionnelles de Rs 140 millions pour l?Etat.

Si le gouvernement décide d?appliquer froidement les principes du libéralisme économique selon lesquels seules les conditions du marché doivent dicter le prix d?un produit, la hausse doit alors être endurée par le consommateur. Cela aura pour conséquence d?aggraver les conditions précaires dans lesquelles vivent les populations les plus fragilisées.

Si, par contre, le gouvernement adoptait une approche humaniste, le prix du riz et de la farine ne devrait pas être fixé selon des considérations strictement comptables. Le gouvernement pourait avoir, à cet égard, une approche plus souple et moins dogmatique. Il serait insensé d?appliquer la même logique aux aliments de base qu?aux produits de luxe. Rien ne peut justifier, par exemple, que le mécanisme qui ajuste automatiquement le prix de l?essence aux fluctuations sur le marché mondial soit également employé pour fixer le prix du riz ration.

Pour payer la facture, il est plus juste de demander à l?ensemble des contribuables de faire un effort plutôt que de faire reposer le poids de la hausse sur les épaules des classes sociales déjà en difficulté. Il faut, pour parvenir à cet objectif, une volonté politique du même type qui a abouti, sous l?actuel régime, à la construction d?un nombre considérable de logements sociaux.

Il y a évidemment d?autres options à envisager que d?alourdir les taxes. Certaines pourraient porter leurs fruits à long terme. Parmi celles-ci, relevons le projet de construction de rizeries à Maurice pour faire baisser les prix. Celle que Happy World Foods a construit a Trianon compte produire 30 000 tonnes de riz annuellement, ce qui représentera une économie de Rs 120 millions en devises.

De même, il faut faire la chasse au gaspillage. Chacun sait qu?il y a un usage peu civique qui est fait du riz ration subventionné. Pour avoir évoqué cette question en public, un ancien Premier ministre, connu pour son langage sans détour, voire brutal, a eu à payer un lourd prix politique. Pourtant, le problème est réel.

La seule option qu?il faut d?emblée éliminer est celle qui préconise un changement du mode alimentaire. Si cela n?a pas marché au temps où les idéologies avaient une forte emprise, il y a peu de chance que les comportements de consommation changent aujourd?hui en faveur de la patate et du manioc. Les Mauriciens n?envisageront pas des aliments de substitution. C?est culturel.

Le gouvernement est confronté à une situation qui dépasse le simple cadre économique. Pour une fois, les discours sempiternels ?sur le démantèlement de l?Etat-providence?, que certains tiennent à tout bout de champ risquent d?avoir quelque pertinence si les dirigeants ne font pas valoir, sur la question du riz et de la farine, les valeurs de solidarité.

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