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La formation n?intéresse pas les licenciées de la zone franche

14 septembre 2004, 20:00

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Depuis qu?elle a rempli un formulaire pour suivre une formation à l?Industrial and Vocational Training Board (IVTB), Geeta Jorul ne quitte plus sa maison. La raison en est toute simple : elle attend un appel téléphonique qui lui indiquera qu?il faut débuter les cours. La possibilité de s?engager dans des cours de formation à l?IVTB symbolise une planche de salut. Mais à 42 ans, après 15 ans à l?unité de Floréal, cette ancienne machiniste est sceptique?

Pour Geeta comme pour les autres, c?est un nouvel emploi, dans une usine de la zone franche ou ailleurs, qu?elles espèrent. ?Comme tous les licenciés, on a été au Job Fair. Mais on a aussi fait des demandes d?emploi ailleurs et on attend?, ajoute Geeta Jorul. ?On nous disait qu?il ne manquait pas de travail dans la zone franche. On est à l?affût de la moindre opportunité. On ne rate aucune occasion. On fait des demandes là où il y a des places disponible?, explique une autre licenciée d?une fabrique de la zone franche.

Simple palliatif

En lieu et place d?une formation, dont la durée et les retombées restent incertaines, les ouvrières préfèrent un emploi immédiat, bien qu?elles sachent que leur âge peut-être un handicap. ?Ce n?est pas parce qu?on a 40 ans qu?on n?a pas droit au travail. Mon mari est maçon. Nous avons deux enfants. Comment allons-nous faire pour survivre ?? se demande une autre ex-ouvrière qui demeure profondément pessimiste sur son avenir.

Une formation, en somme, est une nébuleuse pour ces licenciées de la zone franche. ?La formation est quelque chose de nouveau pour elles, explique Yusuf Sooklall, président de la Free Democratic Unions Federation. Les ouvriers de la zone franche n?ont jamais été préparés à cette question de formation et de recyclage.? Sans doute aussi n?ont-ils pas autour d?eux de modèles de réintégration, de personnes qui, comme eux, ont pu grâce à la formation, se recycler.

Il faut dire que rien n?est fait pour les inciter à y croire, au point que l?on pourrait se demander si la perspective de formation n?est pas un simple exercice cosmétique. Il n?existe aucun projet de suivi. Il est ainsi quasiment impossible de mesurer la pertinence des programmes de formation. A l?IVTB, on se contente de s?assurer que les licenciés de l?industrie du textile suivent bien les cours pour lesquels ils se sont enregistrés. L?institution de formation tente de mettre en place des sessions et des programmes qui répondront aux attentes des licenciés nouvellement enregistrés.

?721 anciens ouvriers du textile ont suivi ou suivent toujours des cours. D?autres personnes se sont enregistrées pour de nouveaux cours. Maintenant, on explore les possibilités de démarrer ces cours?, précise Pradeep Joosery, directeur général par intérim de l?IVTB.

La formation proposée par l?IVTB couvre différents secteurs dont la restauration, les travaux domestiques, la conduite pour véhicules lourds? La durée des programmes va de 40 heures à 150 heures. Quand pourraient-ils commencer ? C?est le flou.

?Un adoptif de l?entreprise?

Flou aussi sur le financement. Les cours proposés aux 721 personnes, mentionnées plus haut, étaient pris en charge en partie par les anciens employeurs et d?autres sources de financement étaient recherchées pour couvrir le coût. ?Il faut savoir que désormais l?IVTB ne gère plus le prélèvement (levy) d?un pour cent que l?employeur contribue au fonds de formation?, précise Pradeep Joosery.

En attendant que ces questions soient résolues, les derniers licenciés du textile tentent de survivre aux contraintes du quotidien. Si la formation les tente, elle n?en apparaît pas moins comme un simple palliatif avant de retrouver un nouvel emploi.

Ce scepticisme, c?est partiellement la faute de l?employeur, aux yeux de Yusuf Sooklall. ?Une fois qu?il intègre la zone franche, l?employé est engagé dans la logique de production, explique le syndicaliste. On lui fait comprendre que le salut de son entreprise et son salaire dépendent de sa capacité de production. De ce fait, il travaille de longues heures. Il devient un adoptif de l?entreprise. Ce n?est plus dans sa culture de penser autrement. C?est seulement lorsque l?entreprise est confrontée à des possibilités de fermeture, de centralisation ou de restructuration que la question de formation vient sur le tapis. La formation, dans ce contexte, n?est pas une véritable option pour l?employé et, cela, même s?il y a une part de bonne volonté de certains employeurs.?

C?est également la faute aux autorités, pense-t-il, dans la mesure où cette formation n?est pas suivie d?une tentative de réintégration du travailleur dans le secteur concerné. Certes, ce n?est pas une passerelle, mais qu?un bout de papier attestant ?la présence des employés à un cours quelconque?.

Les syndicalistes suggèrent un plan national de formation avec des objectifs précis. Il s?agit de procéder à une évaluation des ressources humaines, d?entreprendre une étude du marché du travail, présent et à venir, et de réaliser ensuite un plan global de Careers Guidance. ?Il faudrait également que le gouvernement entame une politique de proximité qui contribue à valoriser les différents métiers. Cela se fait à travers la création d?une cité des métiers et d?une chambre des métiers. Enfin la formation ne sera réellement une option pour les employés que lorsqu?on aura une politique de marketing en ce sens?, conclut un syndicaliste.

En attendant que se mette en place un projet intégré de formation, les cours proposés actuellement ne produisent pas toujours les résultats escomptés. Certes, il y a des exceptions, comme cette femme qui s?est recyclée dans la pâtisserie. Mais, de manière générale, les licenciés de l?industrie n?ont qu?une préoccupation : retrouver le plus rapidement possible un emploi.

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