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Jean Claude Brialy, la séduction par omission

13 septembre 2004, 20:00

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Deux heures pour parler de soi. Non pas de ces anecdotes bêtes et méchantes qui font ricaner grassement. Car pourquoi parler des ?gens qui m?ont emmerdé ?? Quel intérêt de s?attacher aux petits riens, quand on peut comme Jean-Claude Brialy (photo) ?oublier? Sacha Guitry. Citer dans la même phrase et surtout dans la même anecdote : Jean-Pierre Marielle et Jean-Paul Belmondo. Rire d?une bonne blague d?Alain et de Romy, en perçant à jour l?aura tragique de Delon et de Schneider.

Généreusement, le comédien ouvrira les vannes de sa mémoire ce soir à partir de 20 heures au théâtre de Port-Louis. La digue menaçait de rompre sous le flot de 50 ans de métier. Brialy, confesseur des stars. Jean Claude, confident des gens célèbres. Un dédale d?histoires remplies de paillettes jusqu?au ras bord, au point où Jean-Claude Brialy peut se permettre le luxe d?en omettre. ?J?ai oublié de vous dire?, c?est là le titre de son one man show où se bouscule le tout Paris. Prix des places : Rs 300 et Rs 200.

Avant de nous faire toucher de la voix Piaf, la Callas et Barbara, de nous faire sourire avec tendresse à l?évocation de la fragilité insoupçonnée de Brel ou de Jean Gabin, c?est lui-même que Jean-Claude Brialy met en scène.

Enfoncé dans les coussins moelleux du Royal Palm, le comédien ?part comme en quatorze.? C?était hier, dans une suite ouverte sur l?océan. Rencontre avec la presse aux allures de superproduction où le premier rôle a ce visage des gens qui cultivent la patience au niveau professionnel. Attendre sur les plateaux, en coulisses, dans l?intimité des vedettes, en être une soi-même, forcément cela conserve.

Le teint fleuri dans un ensemble blanc évasé, le comédien a la même voix qu?à la télé. Posée, travaillée, de celles qui vous prennent tout de suite par la main pour ne plus vous lâcher. Un débit qui débute par un superlatif : ?Absolument.?

Sans se forcer, la séduction opère. Elle avait juste oublié de nous dire le goût prononcé de l?interlocuteur pour les chaînes ? il y a bien une demi-douzaine qui pendent à son cou ? agrémentées ici d?une perle noire, là, d?un crucifix. Leur éclat bien visible dans l?échancrure de la chemise largement déboutonnée sur le ventre rebondi, raconte des soirées bien arrosées. Des dîners entre amis où les convives qui se tutoient se nommaient Jean Cocteau et Jean Marais.

En vrai pro, le comédien a pensé à tout. Son sens des proportions l?a poussé à porter une pochette assortie aux coussins sur lesquels il s?enfonce un peu plus. Coup d??il circulaire, à la limite du patibulaire sur son monde. Avant que la ?machine? ne reparte, avec cette bienveillance qui nous fait penser à un pacha. Sous ses cheveux tout blancs, Jean-Claude Brialy positive. Raconte comment sa vie, il la vivait deux fois dans une journée : d?abord dans les faits, puis à nouveau la nuit, quand il la racontait aux copains.

L?exercice, à force d?être répété finit par croquer des moments d?éternité. Fiction et cinéma se mélangent, s?interchangent, se lient d?amitié. Titillent le flair d?un éditeur. Sept ans d?efforts couchés dans une autobiographie intitulée ?Le ruisseau des singes?. Un pavé de cinq cents pages où Jean Claude Brialy nous gratifie encore une fois de sa manie d??oublier de nous dire.? Sept cent mille exemplaires dont le succès le laisse si pantois qu?il court chercher le réconfort auprès de Régine Desforges et Françoise Dorin. Il est comme cela Jean- Claude Brialy. Aucune affectation, juste cette manière récurrente de nous asséner des noms connus que nous ne toucherons jamais que sur des couvertures imprimées.

Les lecteurs eux, à force de suivre le lit de ?Le ruisseau des singes?, prennent le pli. ?Ils disaient qu?en me lisant, ils entendaient ma voix.? De là à la scène, il n?y a qu?un pas. D?autant plus allègrement franchi quand on sait que Jean-Claude Brialy est l?heureux propriétaire d?un théâtre : les Bouffes Parisiens.

Alors le comédien en lui se construit un spectacle sur mesure. One-man show que Jean Claude Brialy est venu créer dans l?océan Indien ? trois représentations à la Réunion, une chez nous ? avant de triompher chez lui. Histoire de se ménager un prélude agréable à la sortie du deuxième volet de son autobiographie qui sortira le 11 octobre. S?attachant aux années 1990 à 2004, elle reprend sa manie fétiche : ?J?ai oublié de vous dire.?

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