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Chauve-souris : les charmeuses de l’ombre

12 septembre 2004, 20:00

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Connaissez-vous l’opérette de Strauss die Fledermaus, la chauve-souris ? Les Français et les Allemands trouvent que l’animal ressemble à une souris. Etes-vous d’accord ? Ce groupe de mammifères volants comporte deux tailles bien différentes. Les plus volumineuses, baptisées roussettes, sont plutôt renards pour les Anglais qui les disent flying foxes. Sont-elles plus futées ? La plus rondelette des roussettes est une mémère d’un kilo avec une envergure d’un mètre 70. La plus menue des espèces pèse 2 grammes et mesure 30 millimètres. La grosseur d’un pouce !

Les mémères semblent s’apparenter aux primates que nous sommes, et nous avons voulu les isoler dans un ordre séparé mais cette idée n’a pas décollé.

Les chauve-souris sont appelées en jargon savant chiroptères. La première partie veut dire doigts et la seconde ailes. C’est que les ailes sont des membranes soutenues par des doigts aux phalanges démesurées.

Sur des images pieuses, le diable est représenté avec des ailes de chauve-souris tandis que les anges ont des organes volants d’une innocente blancheur. L’association avec le Mal remonte aux Romains de l’Antiquité qui voyaient dans ces bêtes l’image du démon.

Diabolique ou pas, leur origine est incertaine. Leur nombre, sans être de dimension satanique, est estimé à plus d’un millier, des espèces inégalement partagées entre gros (environ 175) et petits. Les menus sont très variés bien que la taille soit menue ou dodue. Les mets comprennent fruits, fleurs, nectar, pollen, insectes, poissons, amphibiens. De rares espèces sud-américaines goûtent même le sang. Chez nous, les petites pistent des insectes et les fortes sont friandes de fruits comme le litchi et la mangue. Ces gourmandes étant nocturnes, les fruits sont protégés par des lampes placées au sommet des arbres. D’autres bestioles puisent dans les fleurs de baobabs ou encore dans ces grosses fleurs rouges nocturnes dont l’arbre porte un nom flatteur pour le haut clergé mais irrespectueux.

Les insectivores dites soursouri banann flirtent parfois avec le rayon d’un lampadaire et passent comme des spectres. Les grosses vivent en colonies dans nos bois, suspendues la tête en bas. Dans le passé, elles étaient tirées au vol lors de leurs migrations vers leurs repas. Quand le chasseur attendait que le gibier se mette à table, il s’agrippait à quelque branche et ne pouvait être récupéré. Il y a des gens qui l’apprécient autant que la poule au pot. L’abbé Spallanzani, qui n’avait pas toujours des idées très catholiques, tâtait de la chauve-souris et trouvait qu’elle avait bon goût.

La vue est bien développée chez beaucoup d’espèces mais d’autres moins favorisées ont été dotées par la nature d’un sonar efficace. Les ultrasons émis sont reflétés par des objets environnants. Ces retours sont captés par l’animal et le temps s’écoulant entre émission et réception mesure la distance. Il donne même une idée des détails de l’obstacle. Toutefois, les savants n’ont pas d’idée précise sur les détails de l’opération.

Le vol silencieux et les mœurs nocturnes auréolent ces bêtes de mystère et suscitent mythes et légendes. On dit qu’elles sucent le sang d’innocentes victimes ou arrachent les cheveux de vierges palpitantes. Elles faisaient aussi partie de la pharmacopée de sorcières. La crainte qu’elles inspiraient suscitait diverses pratiques superstitieuses comme les clouer à la porte d’une grange. Ces mœurs persistèrent jusqu’au milieu du XXe. En revanche, on les disait aussi bénéfiques et appliquées sur les yeux d’un aveugle. Elles étaient supposées lui rendre la vue.

Léonard de Vinci fut le premier à bien les regarder et les dessins de ses objets volants les prenaient pour modèles. Plus tard, Clément Ader s’en inspira pour un engin volant capable de sauts de puces et il fut baptisé la chauve-souris.

Si ces créatures volantes ont suscité l’intérêt des ingénieurs, des mammifères nageurs ont aussi piqué la curiosité. La peau des dauphins par exemple est source d’inspiration pour des coques de bateaux. Certains des nageurs, comme leur contrepartie les volants, sont équipés d’un sonar permettant la détection d’obstacles environnants.

Parmi les volants on rencontre des tailles minuscules mais chez les nageurs se voit la plus grosse bête ayant jamais vécu : la baleine bleue. Et ce mastodonte s’attire un “oh” d’étonnement car il ne se nourrit que de petites crevettes, le krill. La gueule grande ouverte absorbe l’eau chargée de manne, et des fanons filtrent le liquide pour retenir les pièces juteuses. Ces plaques cornées remplacent les dents. Pour les dames d’hier, elles raffermissaient les appas.

Ces nageurs sont dits cétacés. Ils comprennent gros cachalots, petits dauphins et marsouins. Les gros se nourrissent à de grandes profondeurs de calmars géants. Ces mets mettent dans leur estomac une matière précieuse en parfumerie, l’ambre gris. On se souviendra qu’il fut à la base d’une sombre histoire ici avec Leguat au temps des Hollandais.

Les petits, pas toujours mignons, jouent parfois avec les gens. On dit même qu’ils se parlent tendrement. Mais nous ne pouvons encore comprendre la poésie “delphinoise”.

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