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Quand le rideau se lève

10 septembre 2004, 20:00

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Le CV de Clarel Betsy est éloquent, foisonnant. L’homme est quant à lui surprenant. Il repose ses valises sur sa terre natale pour le Festival de l’âge d’Or, entouré de ses amis artistes. L’occasion de goûter à nouveau à l’ivresse de la scène et du spectacle. L’homme qui ne respire qu’à travers la musique, est également un amuseur né. C’est sa tournée !

De lui, on pensait tout savoir. Son attachement à la musique, son départ pour la France, son premier disque, sa femme Isabelle, aujourd’hui décédée, ses deux fils, son frottement avec la jet-set. C’est le côté pile. Côté face, Clarel Betsy est un amuseur né, un bon vivant qui respire la joie de vivre, mais il est d’abord et avant tout Mauricien jusqu’au bout des ongles. Clarel, le bourlingueur, l’homme culotté qui a côtoyé Hervé Villard, Johnny Hallyday ou encore Paul McCartney, égrène sa vie et ses souvenirs en s’amusant autant que la personne qu’il a en face. On le sait artiste, on ne le savait pas déconneur. Rencontrer Clarel Betsy est une expérience unique. Au téléphone, l’homme est volubile. Il vous expose son emploi du temps, décortique chaque syllabe, vous demande de le tutoyer illico presto. Il vous déconcerte, titille votre curiosité et vous parle d’emblée comme à un ami. Et quand il vous rencontre enfin, il vous sourit, les yeux brillants, les bras tendus. L’homme est attachant, joueur, enthousiaste, excité et très heureux de l’intérêt que vous lui portez. Pour lui, l’île Maurice n’est pas que sa terre natale, son pays de cœur, c’est pour lui une grande famille.

En France, dans le 13ème arrondissement de Paris où il habite, situé en plein cœur du quartier chinois, là où l’on trouve du «chouchou» et des «lalos», il est le meilleur ambassadeur de son île. «Il y a vingt ans, on disait les îles Maurice ou le Saint Maurice. Aujourd’hui, lorsque les Français parlent de notre île, c’est avec des yeux tout ronds. Ils sont absolument fascinés par notre sens de l’accueil, notre candeur, notre simplicité, notre timidité, notre gentillesse. C’est notre accueil qui fait la différence, cet accueil qui vient du cœur, pas du porte-monnaie,» explique-t-il.

Et l’homme parle, s’agite, plisse des yeux, raconte, se lève, se rasseoit, répond au téléphone en multipliant les excuses à votre égard. Il précise qu’il est «toute musique», qu’il aime le brassage des genres, et vous confie, sous le sceau du secret, qu’il va sortir un disque en janvier prochain avec ses nouveaux complices du groupe Lazuli. Et tout au long de ses confidences, il n’a de cesse de rappeler la chance qu’il a. «Je me demande chaque jour pourquoi moi !» s’exclame-t-il.

Et pourquoi donc lui ? Parce qu’il a foi en lui, en la vie, en les autres, et par-dessus tout, parce qu’il n’a pas froid aux yeux. «Mo éna toupet ! J’ai toujours su que j’aimais chanter. Lorsque j’ai débarqué en France et que j’ai trouvé Paris horrible, agressif, dur, impersonnel, je me suis débrouillé pour aller à Londres. J’y ai passé trois ans. Je partageais un appartement avec un couple anglais. Le mari était preneur de son à l’Olympic Studio. Les Rolling Stones, Cats Stevens, Johnny Hallyday, Paul McCartney fréquentaient les lieux. Je ne me suis pas gêné pour aller les voir travailler et les rencontrer.» C’est comme cela que Clarel Betsy s’est construit un réseau de contacts et c’est ainsi qu’il a sans doute, aujourd’hui, l’un des carnets d’adresses les plus fournis de tout Paris.

Au détour d’une série d’anecdotes, dont la plus croustillante se résume aux vingt minutes qu’Eddie

Mitchell, le crooner français, a passé un jour aux toilettes d’un grand studio d’enregistrement, Clarel Betsy, s’excite, pouffe de rire et s’extasie comme un enfant, devant les folles aventures de sa propre vie. C’est son père, aujourd’hui décédé, qu’il surnomme toujours avec une infinie tendresse «daddy cool», qui doit être fier de ce qu’il est devenu. Marc Betsy, ce père, que Clarel a presque conduit au désespoir, lorsqu’il a raté ses examens de la HSC. «J’aimais trop la musique !» se défend-il. Mais ce même père, a dû être très fier lorsque la photo de son fils est apparue dans les colonnes de l’express et que le titre : «Naissance d’une carrière», venait couronner une carrière d’artiste qui démarrait sur des chapeaux de roues. Sa chanson Close your eyes and love me, est reprise par le crooner Frankie Vaughan. En 1985, Clarel Betsy suggère au ministre des Arts et de Culture français d’alors, de décorer le chanteur Paul Anka, un ami personnel. La demande est agréée.

Entre-temps, il fait de la radio, devient correspondant de presse, se fait inviter sur les plateaux de télévision en France, chez Michel Drucker, Thierry Le Luron ou encore Danièle Gilbert. Sans la moindre hésitation, il imite à la perfection le chanteur Julien Clerc en interprétant Ma préférence, l’une de ses chansons phare et nous révèle que le succès de La fille aux bas nylon, en revient également à un certain Jean Roussel, un Mauricien, pianiste hors pair. Et puis il y a eu cette rencontre avec l’Abbé Pierre, autre moment béni de sa vie et toutes les autres, avec des gens de tous bords et de toutes origines. «Ma plus grande fierté c’est d’être Mauricien. Quand on voit un homme comme Nelson Monfort interviewer Stéphan Buckland, on ne peut qu’être encore plus fier d’être Mauricien.»

Maurice, ce bout de terre si chère à ses yeux, a beaucoup changé, dit-il. Pour le meilleur, comme pour le pire, selon lui. «C’est incroyable qu’en dépit des progrès immenses que nous avons faits, notre sens de l’hospitalité est resté intact. Ici, toutes les religions se respectent. Nous sommes en train de bâtir la nation mauricienne,» explique-t-il.

Ce qu’il déplore, c’est cette envie de certains de vouloir ressembler à l’Europe, et l’invasion des téléphones portables. Il nous raconte ce marchand de poisson rencontré sur la plage de Flic-en-Flac, installé sur une vieille bicyclette qui est constamment accroché à son téléphone portable. Dans la foulée, il se tord de rire, ses joues s’empourprent et deviennent aussi cramoisies que la chemise hawaïenne qu’il porte.

De cette mémoire pleine de légendes, Clarel Betsy en tire une fierté modérée. Les souvenirs se bousculent, mais l’homme ne vit pas avec. Il souhaite revenir sur sa terre natale, pour y cultiver son jardin. Et s’il ne lui reste encore que peu de choses à accomplir, il veut continuer à respirer la vie. Et Clarel pourra continuer le rêve de sa vie tout en restant zen.

<I>«Mo éna toupet ! Lorsque j’ai débarqué en France et que j’ai trouvé Paris horrible, je me suis débrouillé pour aller à Londres. J’y ai passé trois ans. Je partageais un appartement avec un couple anglais.»</B>

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