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Une femme de terrain
Les mathématiques ont toujours été le fort de Parveena Surnam, 27 ans. Que ce soit au niveau primaire ou secondaire. Ses études terminées, elle ne sait pas quelle voie choisir. Puis elle obtient un emploi de clerc dans une banque mais elle s’y ennuie à en mourir. Au bout de deux ans, elle claque la porte, bien décidée à se mettre à son compte.
Un jour alors qu’elle rêvasse à sa fenêtre, elle aperçoit un homme qui fait le va-et-vient sur le terrain de son voisin en maniant des instruments bizarres sur un trépied. Fascinée par ce manège, elle interroge son père. Ce dernier lui explique qu’il s’agit d’un arpenteur. Parveena va aux renseignements chez son oncle qui est métreur. Les informations obtenues ne font que redoubler son intérêt pour ce métier.
Hélas, c’est le découragement lorsqu’elle apprend que c’est un monde quasi-masculin. En effet, le Mauritius Institute of Surveyors (MIS) chapeaute une cinquantaine de professionnels mais rien que des hommes. Son père, enseignant, et son oncle l’encouragent toutefois à aller de l’avant.
<B>Travaux pratiques</B>
Parveena se jette à l’eau. Elle entre à l’université de Maurice pour un cours menant au Bachelor in Land Surveying. Elle apprécie ses études car en sus de la législation foncière, de géographie, de topographie et de techniques de levés de terrains, elle doit aussi effectuer des calculs de surfaces. Au bout de deux ans, elle obtient son diplôme.
Ensuite elle passe aux travaux pratiques au ministère du Logement pendant deux ans. Elle se réjouit que le secteur public compte deux femmes arpenteurs. Son projet consiste à réaliser un plan topographique d’une superficie approximative de 150 à 200 arpents d’un immense terrain à Petit-Raffray. En tenant compte de ses structures permanentes, notamment les maisons, bâtiments, routes et pylônes électriques pour ne citer que ceux-là.
Cela demande plusieurs visites sur le terrain et des recherches au bureau de l’enregistrement pour connaître l’identité des propriétaires. Loin d’en être rebutée, Parveena s’applique. «Même si on travaillait sur de petits projets à l’université, celui du ministère du Logement m’a aidée à me familiariser aux ficelles du métier.»
La soumission de son plan final à ce ministère, en mars dernier, lui vaut de parvenir à ses fins : elle obtient le titre d’arpenteur juré. Elle est depuis peu la partenaire de Ravin Tupsy, arpenteur juré, et enregistrée au MIS.
Les responsabilités habituelles de tout arpenteur juré sont l’arpentage de terrains pour des héritiers, le même exercice en cas d’empiètement par des voisins et l’évaluation de terrains pour le compte des institutions bancaires. C’est d’ailleurs cette dernière fonction que Parveena a régulièrement assumée jusqu’ici.
Ce qu’elle apprécie le plus dans son métier, c’est l’absence de routine. «J’adore aller sur le terrain avec mon appareil à niveaux et autres équipements pour effectuer mes calculs sur des topographies différentes. Sans compter que cela me permet de rencontrer des tas de personnes.»
La jeune femme est sensible au fait que les clients fassent preuve de considération à son égard. «Etre arpenteur juré femme a ses avantages car les clients me demandent toujours d’un ton hésitant si cela ne me dérange pas de descendre sur le terrain. Cela fait plaisir de voir qu’ils prennent des gants avec moi.»
<B>La pression des clients</B>
En revanche, elle a été témoin d’insultes proférées à un arpenteur par des voisins coléreux. Pour rien au monde, elle ne voudrait vivre cette situation. «Je crois que les arpenteurs subissent beaucoup de pression de la part des clients.» Elle dit envier les grandes compagnies d’arpentage qui travaillent avec le Global Positioning System (GPS). «Le GPS facilite extrêmement la vie car il localise les sites et les rues plus rapidement.»
L’ambition de Parveena, qui débute sa carrière professionnelle, est de se perfectionner dans l’estimation de terrains. Elle considère qu’elle risque de subir moins de pression dans cette ligne. Ainsi elle envisage sérieusement à suivre un cours d’estimation par correspondance avant d’intégrer les rangs d’une agence immobilière.
Parveena ne comprend toujours pas pourquoi le métier attire si peu de femmes. Actuellement, il n’y a qu’une étudiante en arpentage à l’université. «Comme moi autrefois, elles doivent penser que c’est un monde d’hommes où on ne leur fera pas de la place. Heureusement que mon père et mon oncle m’ont encouragée. Sinon je crois que moi aussi, je me serais désistée.»
Elle croit également que le fait de travailler au grand air décourage. «Bon nombre de filles ne veulent pas gâcher leur teint au soleil», dit-elle en souriant. «Ce n’est pas mon cas… »
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