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Vice ou vertu ?
Vouloir aider les autres à s’épanouir peut avoir des conséquences fâcheuses… Subitement, Devendra Nath Varma s’est retrouvé dans le «mauvais rôle». A 66 ans, avec sa chevelure entièrement blanche et ses yeux brillants, il est accusé d’avoir importé des produits «obscènes».
L’homme se défend énergiquement devant l’hypocrisie et les tabous. Lui, qui parle de sexe ouvertement, sans complexe et sans fausse honte devant son fils et sa secrétaire, revêt la panoplie d’un agent, un guide pour les personnes dont la vie sexuelle s’atrophie.
«Vice ? Il n’est pas question de vice pour les Rs 200 000 de produits que j’ai importés. Ce sont des gadgets pour améliorer ou compléter la vie sexuelle de centaines de clients». Il campe le rôle de celui qui cherche à libérer les sex shops du «maquis» et des sites Internet où ils se sont réfugiés, pour ne profiter qu’à un public très bien renseigné. Il affirme offrir, avec ses gadgets et les exercices qu’il a développés, du super sexe à ses clients.
L’argument de «service humanitaire», il l’a aussi utilisé lors de sa déposition à la police après son arrestation, le 23 août, et son inculpation provisoire de «dealing in obscene matters». Mensonge, argument pour se tirer d’affaire ou vérité ? Aucun de ses ex-clients n’est disponible pour témoigner.
Mais le Dr Issac Daureeawoo, urologue et sexologue, responsable de la clinique des hommes à la Mauritius Family Planning Association, confirme : «Je prescris souvent, à des patients qui ont soit des problèmes de performances sexuelles ou qui cherchent à donner un plus à leur vie sexuelle, des équipements en vente libre dans les sex shops en Europe, en Asie, en Afrique du Sud ou même à la Réunion.»
Le sexologue affirme que ses clients se débrouillent toujours pour trouver les produits grâce à des proches vivant à l’étranger ou visitant ces pays. Le Dr Daureeawoo ne divulguera cependant pas les gadgets qu’il prescrit. «Tout dépend des problèmes du patient. Mais après, quel mal y a-t-il quand deux adultes ont décidé en toute connaissance de cause, d’avoir recours à ces gadgets pour améliorer leur vie sexuelle ? Qu’y a-t-il d’obscène dans ces gadgets ou dans leur utilisation ?»
<B>Coup de massue aux tabous </B>
Le sexologue assène ainsi un coup de massue à l’hypocrisie mauricienne et aux tabous qui semblent vouloir toujours entourer tout ce qui a trait au sexe, à l’impuissance ou à la performance sexuelle.
Hypocrite en effet. Car par filière souterraine, ces objets s’échangent bel et bien. Par Internet notamment. Nath Varma en propose aux Mauriciens sur son site www.Humandevelopment4u.com.
On y trouve des Butterfly Massagers, qui, explique le site, procurent un massage sur une partie douloureuse du corps. Ils enlèvent les douleurs musculaires et ner- veuses très rapidement. Des Reactivators pour réactiver les nerfs et les muscles affaiblis, éliminer graduellement la paralysie et retrouver les fonctions vitales du membre. Des Sex Massagers pour activer les nerfs, les muscles sexuels du bassin, la circulation sanguine et la bioélectricité. Ce gadget, explique le site, redonne la puissance sexuelle et rend la dureté au sexe. Il est aussi efficace pour les femmes, en agissant sur leurs muscles, leurs nerfs et en réactivant leurs zones érogènes. On y trouve aussi des Sensual Massagers destinés au massage, à la stimulation des nerfs et la relaxation. Ils augmentent la sensualité en activant les zones érogènes du corps etles rendent plus sensibles aux caresses.
Le premier contact se fait par e-mail, suivi d’échanges téléphoniques, pour le paiement et la livraison. Mais il n’est absolument pas question sur ce site de poupées gonflables, de vagins ou de pénis artificiels, gadgets importés par Nath Varma. Ces gadgets sont réservés à ceux qui suivent des «traitements» avec ce dernier.
<B>Propre cobaye</B>
Détenteur d’un BSc en physique et chimie, Nath Varma ne se prétend pas sexologue, mais s’inspire de la tradition millénaire indienne pour ses exercices. Il a été son propre cobaye, dit-il, après avoir surmonté son asthme et s’être guéri.
Pour l’amélioration de la performance sexuelle, il propose des exercices synchronisés permettant de revitaliser les nerfs, le système endocrinien, la circulation sanguine et la production d’hormones.
Les exercices se font sous sa supervision pendant au moins six mois. Puis, le patient devient autonome et se revigore de lui-même avant de passer à l’acte. Nath Varma compte des hommes et des femmes de tout âge parmi ses clients, y compris un homme de 96 ans.
Le Dr Daureeawoo explique que tous les exercices donnent des résultats en cas de baisse de performance sexuelle. «Ce n’est pas en mangeant, en fumant et en étant assis de longues heures devant la télévision après le travail qu’on va garder une bonne performance sexuelle. Quand la performance baisse, n’importe quel type d’exercice fait l’affaire.»
Les exercices prescrits par Nath Varma, ainsi que les deux ouvrages qu’il a écrits, vendus à Rs 1 000, procurent-ils réellement du super sexe à ses clients ? Aucun de ces derniers ne veut en parler. Sujet trop tabou.
En attendant, la clientèle de Nath Varma s’agrandit, de même que la panoplie de ses gadgets.
<B>Objets obscènes : aucune définition</B>
Selon Dan Kissoon, avocat de Nath Varma, la police poursuivra ce dernier en vertu du «Supplementary Criminal Code», sous le chapitre «Dealing in obscene matters». L’article 86 (1) de ce code prévoit que toute personne trouvée coupable d’importation ou de possession d’objets obscènes est passible d’une amende maximum de Rs 10 000 et d’une peine d’emprisonnement n’excédant pas trois mois. La loi ne donne cependant aucune définition d’«Obscene matters». Les légistes devront donc se tourner vers la jurisprudence pour interpréter cette loi.
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