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Quel rapport de forces ?

10 septembre 2004, 20:00

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À quelques semaines des élections législatives de l’an 2000, il flottait toujours un curieux parfum d’indécision. Le Mouvement socialiste militant (MSM) et le Mouvement militant mauricien (MMM) discutent mais n’arrivent pas à conclure jusqu’au fameux accord de Med-Point. Sans ce coup d’éclat, qui entérine l’engagement électoral entre le MSM et le MMM, les meilleurs prévisionnistes et observateurs politiques pouvaient difficilement s’aventurer à pronostiquer le résultat de ces élections législatives.

Avec recul, Jean-François de Balbine, directeur de la société d’études et d’opinion Synthèses, confirme le tournant qu’a été cet accord. «En 2000, le bilan du Parti travailliste (PTr) n’était pas si mauvais mais les gens votaient en tenant compte d’autres éléments dont sur une certaine façon de se partager le pouvoir entre le MSM et le MMM», explique-t-il à cet effet.

La suite, on la connaît. Avec 52 % des voix de l’électorat, l’alliance MSM-MMM et ses alliés prennent le pouvoir avec 90 % de sièges, soit 54 élus. Avec seulement six élus directs, l’alliance PTr-PMXD, également soutenue par d’autres partis, recueille pour sa part 36 % des voix. Le rideau tombe. Une nouvelle ère s’ouvre. La nouvelle majorité promet de mettre en pratique ses propositions électorales alors que l’opposition PTr-PMXD commence une traversée du désert avant de mettre en place sa stratégie de reconquête du pouvoir.

Il est désormais loin ce temps de l’euphorie de la victoire électorale de l’alliance MSM-MMM. En quatre ans, le rapport de forces entre les principaux blocs a évolué. S’il faut attendre les prochaines législatives pour avoir une claire indication du poids électoral des partis et blocs qui s’affronteront, il n’en demeure pas moins que certains faits ont ponctué ces quatre dernières années donnant une idée de la force des uns et des autres.

<B>Photographies ponctuelles</B>

Premier baromètre politique de Synthèses - l’express dimanche, réalisé du 18 au 22 avril 2003. En un peu moins de trois ans, sous le leadership de Sir Anerood Jugnauth, l’alliance MSM-MMM-PMSD recueille 43 % d’intentions de votes. L’alliance PTr-PMXD-MR enregistre une chute significative par rapport à son score de septembre 2000. Elle passe de 36,7 % à 17 %. Le sondage, réalisé du 24 au 27 février 2004, confirme l’alliance MSM-MMM-PMSD avec 43 % d’intentions de votes. Par contre, l’alliance PTr-PMXD-MR connaît une hausse substantielle dans les intentions de vote avec 23 %.

Le troisième baromètre de Synthèses-l’express dimanche, réalisé du 22 au 24 juin 2004, laisse apparaître quelques fluctuations dans le rapport des forces politiques. Si les élections devaient avoir lieu à cette époque, l’alliance gouvernementale l’aurait remporté avec 41 % d’intentions de votes. La plate-forme de l’opposition stagne à 22 %. Le cumul des abstentionnistes et des indécis est de 34 % dans les deux premiers baromètres et de 33 % dans le troisième.

Face à ces photographies ponctuelles à l’échelle nationale, le pays connaît en décembre 2003 une élection partielle, provoquée par le départ de Sir Anerood Jugnauth à la présidence. Le candidat du PTr, Rajesh Jeetah, l’emporte devant le candidat du gouvernement, Prakash Maunthrooa, avec 50,7 % de voix contre 42 % à son adversaire.

L’étude par rapport à la proximité avec les partis place le MSM en tête de la liste (26 %), suivi du MMM (20,7 %) et du PTr (17,4 %) au sondage d’avril 2003. En février 2004, c’est le MMM qui occupe la première place à ce chapitre (36,7 %) suivi du MSM (26,3 %) et du PTr (24,1 %). Malgré un léger recul, le MMM confirme sa place en juin 2004 avec 34 % de sondés se déclarant proches de lui. Le MSM, à 29 %, et le PTr, à 28 %, enregistrent des hausses sensibles.

Avec 46 % d’opinions favorables, Paul Bérenger devance Navin Ramgoolam (29 %) comme Premier ministre préféré des sondés en avril 2003. En février 2004, il fait un score de 41 % contre 30 % à Navin Ramgoolam. En juin 2004, Pravind Jugnauth est ajouté à l’item de Premier ministre préféré des Mauriciens. Des changements sont notables dans le tableau initial. 32 % des sondés disent préférer Paul Bérenger, 27 % se prononcent en faveur de Navin Ramgoolam et 19 % se déclarent pour Pravind Jugnauth.

L’un des enseignements à tirer de ces études d’opinion, réalisées entre avril 2003 et juin 2004 : le départ de Sir Anerood Jugnauth à la présidence accompagné de l’accession de Paul Bérenger au poste de Premier ministre entraîne une remontée du MMM comme parti préféré des Mauriciens, passant de 20 % en avril 2003 à 36 % en février 2004 pour reculer légèrement en juin 2004 à 34 %. Le MSM, par contre, stagne. Noté à 26 % en avril 2003 et février 2004, le parti de Pravind Jugnauth passe à 29 % en juin 2004. Le PTr, qui devait chuter à 17 % en avril 2003, enregistre une remontée en février 2004 (24 %) et en juin 2004 (28 %).

La partielle de Piton-Rivière-du-Rempart, qui voit la victoire du candidat rouge, confirme, à l’échelle d’une circonscription et tenant compte des particularités qui caractérisent chaque élection partielle, la légitimité retrouvée du PTr sur le plan électoral.

De manière générale, à juin 2004, l’alliance MSM-MMM, selon les études de Synthèses-l’express dimanche, passe systématiquement la barre des 40 % des intentions de vote alors que le score le plus élevé pour l’alliance PTr-PMXD est de l’ordre de 23 % en février 2004, suite logique après sa victoire à l’élection partielle de décembre 2003.

<B>Défis</B>

De Paul Bérenger qui voulait, à la suite de son accession au poste de Premier ministre, faire de Maurice le pays le mieux gouverné au monde à Navin Ramgoolam, qui se devait de redevenir un homme neuf pouvant symboliser l’alternance, en passant par Pravind Jugnauth, qui devait faire ses preuves à la tête du MSM et au ministère des Finances, les principaux leaders politiques tentent chacun, selon leur agenda propre, de tisser une toile d’araignée permettant d’accrocher le poste de Premier ministre. À ce jeu, Paul Bérenger (32 %) et Navin Ramgoolam (27 %) se démarquent de Pravind Jugnauth (19 %) comme Premier ministre préféré des Mauriciens au sondage de juin 2004.

À ce stade du mandat de l’alliance gouvernementale, la plate-forme de l’opposition compte sur les difficultés de son principal adversaire pour essayer de fédérer tout éventuel mécontentement. Pour cela, elle compte sur le rejet que le programme de réformes pourrait causer chez un certain nombre d’électeurs. À ce chapitre, le gouvernement se devait de présenter un projet d’ensemble qui justifie à la fois les réformes et la rigueur qu’il a exigées de la population. Y est-il parvenu ? Les incompréhensions, voire la colère de la rue, traduisent un mouvement d’humeur. Mais, généralement, elles se cristallisent autrement en face des enjeux électoraux.

D’une opposition, qui a soigneusement orchestré sa dramaturgie autour d’une critique de la politique économique du gouvernement, à un pouvoir, qui parie sur ses réalisations et son bilan, le chaudron politique commence déjà à bouillir à une année du prochain scrutin.

Reste la réalité des chiffres et celle des tendances. Lorsque deux des trois plus grands partis s’allient, ils font figure de Goliath aux rendez-vous électoraux. Les indications données par les sondages Synthèses tendent en ce sens. Il s’agira, en dernier ressort, de savoir qui parviendra à mieux faire du neuf avec du vieux quelle que soit la configuration électorale qui prendra forme dans les semaines et mois à venir.

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