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?The Punisher?
On ne sait pas trop quoi penser de cette tendance qu?ont les scénaristes d?Hollywood à s?inspirer des aventures des Batman, X-Men, Dare Devil, Spider-Man, Hulk et autres personnages issus des Marvel Comics. D?un côté, il est évident que ce genre de matériau se prête au film d?action fantastique : tous ces héros timides ou mal dans leur peau qui, aussitôt leurs collants enfilés, s?épanouissent, devenant des athlètes hors pair en plus d?avoir des pouvoirs surnaturels et au nom d?une notion assez individuelle de la justice, s?en vont livrer bataille à des super voyous. Ils sont aussi, malgré leur marginalité qui leur cause un certain ressentiment, très appréciés des braves gens. Cela n?a en soi rien de mal, mais d?un autre côté, ces histoires relèvent quelque peu des fantasmes de la préadolescence et on ne peut s?empêcher d?éprouver de l?embarras tant pour les auteurs de ces bandes dessinées que pour leurs lecteurs.
Le personnage du Punisher est apparu pour la première fois dans les bandes dessinées Marvel comme personnage secondaire des aventures de l?Homme Araignée durant les années 70. Puis, comme on était au temps des justiciers autoproclamés dispensant de leur propre chef une justice expéditive (tel le Popeye Doyle incarné par Gene Hackman dans French Connection ou le Harry Callahan de Clint Eastwood dans L?Inspecteur Harry), le personnage devint assez populaire et finit par avoir sa propre série. Ses aventures furent portées une première fois à l?écran en 1989 dans un film australo américain, The Punisher, de Mark Goldblatt et cette première version eut un peu de succès auprès de quelques-uns. Ces derniers y trouvant un deuxième degré involontaire, surtout avec le bibendum parlant, Dolph Lundgren, dans le rôle titre.
On pourrait toujours souhaiter, au mieux, le même genre de succès à cette deuxième version signée Jonathan Hensleigh. C?est, encore une fois, l?histoire d?un brave type, Frank Castle (Tom Jane), ancien commando devenu agent du FBI et qui est encore dans la force de l?âge. Lors de sa dernière opération avant une retraite bien méritée, il tue le fils d?un milliardaire aux activités plus que douteuses, Howard Saint (John Travolta). Malade de chagrin, celui-ci jure, dans un premier temps, d?avoir la peau de Castle, puis, de massacrer toute la famille du policier, cela pour exaucer un souhait exprimé par son épouse Livia Saint (Laura Harring). C?est ce qui se passe, lorsque les hommes de Saint débarquent en pleine fête de famille à Puerto Rico. La femme de Castle, son jeune fils, son père, ses cousins, etc., sont tous exterminés. Castle lui-même encaisse plusieurs balles et il est laissé pour mort dans une explosion, mais il survit, soigné par un noir solitaire. Une fois sur pied, il décide de se venger ? de se venger en somme de la vengeance du méchant.
Une chute trop anticipée ?
On aurait aimé vous dire que la séquence du massacre est des plus poignantes, que chaque plan est chargé d?intensité dramatique ou même que ces images sont d?une insoutenable cruauté. Il est vrai qu?en général, les scènes de massacre dans les films ne sont pas très joyeuses et celle-ci ne fait pas exception. Peut-on pour autant affirmer que l?on ressent du chagrin pour ces gens qui se font assassiner, ou qu?on ait un haut le c?ur devant ces images ? Pas vraiment, parce que ces personnages, présentés sur fond d?une musique ringarde, avec des dialogues qui sonnent faux, semblent tous sortis d?une mauvaise série télé. On les oublie dès qu?apparaissent les affreux pour ne s?occuper que de la réalisation de cette séquence. Et, c?est là que se trouve la vraie tragédie de ce film : du point de vue de l?action pure, les événements sont si bien imaginés et si bien mis en scène qu?on en oublie toute compassion ou toute révolte par rapport à son contenu.
Il va sans dire qu?une fois le sujet principal du film, la vengeance, exposé de cette façon, il est difficile d?épouser la cause du personnage principal. On est juste un peu curieux, c?est tout. Par rapport à ses congénères, le Punisher présente la particularité de ne disposer d?aucun super pouvoir. Il ne dispose que de ses muscles, son habilité au combat, ses armes, sa rage et c?est tout. Ce personnage est donc censé être tout ce qu?il y a de plus humain et on comprend qu?il ait dans ce film le physique d?un être humain plutôt que celui d?un Terminator. De ce point de vue, le choix de Tom Jane est justifié. Seulement, pour le côté drame humain, les scénaristes se sont contentés de lui accoler un léger problème d?alcoolisme ? on le voit de temps à autre se pencher vers la bouteille ? mais autrement, pas de cauchemars, ni de délires ou de sueurs froides, même pas des tremblements. On voit qu?il est devenu solitaire parce qu?il refuse au début tout contact humain avec les locataires marginaux de l?immeuble déplorable dans lequel il emménage. On voit aussi qu?il est devenu un justicier lorsqu?il vient en aide à sa voisine menacée par un ancien conjoint violent et aussi par les discours qu?il tient sans arrêt sur la justice naturelle supérieure aux lois des hommes. Tout cela est très mince et on devine l?embarras de Tom Jane ne sachant pas s?il doit jouer sur le mode sérieux ou ironique ; l?acteur semble avoir opté pour un compromis, ce qui n?arrange pas les choses.
Face au justicier, il y a John Travolta, jouant le personnage de riche mafieux légèrement cinglé aussi bien qu?il le fait d?habitude, ni plus ni moins, c?est tout ce qu?on peut en dire. Même chose pour Laura Herring qui campe son épouse et Will Patton jouant Quentin Glass, l?homme de main. Les deux sont crédibles, c?est tout. Le scénario par contre, l?est un peu moins. Le héros va s?employer à dresser son ennemi contre ses associés et contre ses proches. Le public a droit à un moment d?allégorie westernienne assez réjouissant mais qu?on a vite fait de perdre dans un raccordement de détours inutiles, d?invraisemblances et d?épisodes qui ne mènent nulle part. On devine que tout cela n?est que le prétexte aux scènes d?action et, comme celle du début, celles-ci sont bien réalisées mais l?effet de surprise est passé. La bagarre finale ne surprend donc personne : elle arrive au moment où on l?attend, le méchant ainsi que les acolytes qui lui restent sont expédiés en enfer comme on s?y attend et, en plus, chaque point fort de cette confrontation est annoncé par un grand coup de tonnerre, ce qui arrange encore moins les choses.
Pour conclure, il y a peu de chances que The Punisher soit un film volontairement ringard. Peut-être que certains encore une fois, y trouveront un second degré amusant, mais on se demande bien comment, vu le massacre du début. Ce qui nous laisse un film dont la démarche et le propos ne sont susceptibles de susciter d?enthousiasme que chez un public de pré pubères. Seulement, certaines scènes de violence font que ce film est interdit aux moins de 15 ans.
<B>Gilles Noyau</B>
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