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Le “mari mood” général devrait nous faire peur

8 septembre 2004, 20:00

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Le Premier ministre nous fait part que le bras de fer avec les syndicats des fonctionnaires sur la création de la MRA a eu un heureux dénouement. Tout le monde est très satisfait et dans un “mari mood”.

De son côté, le leader de l’opposition n’arrête pas de dire que, sans lui, le pays ferait face à une grève et qu’il est très satisfait de son rôle d’intermédiaire entre gouvernement et syndicalistes. Pour ces derniers, on n’avait qu’à voir leurs larges sourires pour comprendre leur extrême satisfaction.

Messieurs, vous avez raison d’être très satisfaits, mais ce ne serait certainement pas le cas pour le grand public, qui vous a mis là où vous êtes, s’il savait vraiment ce qui se cache derrière cette législation. Ce que le public cherche est très simple – que les revenus de l’état, qui sont les siens, soient collectés et administrés d’une façon efficiente, transparente et surtout sous son contrôle en déléguant ce travail à ceux qui lui seront directement comptables.

Que ces syndicalistes aient pu préserver les emplois de certains – dont des spécimens pourris et incompétents , que le gouvernement fait tout pour mettre dans les mains du grand capital les clés du trésor de l’état, et avec le contrôle de ce magot sans être comptable envers ce public et que l’opposition qui aspire à prendre le pouvoir à la prochaine échéance se frotte déjà les mains n’est pas dans l’intérêt de ce grand public. Le “mari mood” de ces gens devrait nous faire peur !

Il n’est pas besoin d’être cynique pour comprendre que ceux au pouvoir et ceux qui y aspirent n’ont pas l’intention de mettre en place un système où ils ne pourront plus magouiller – les administrations successives, de toutes les couleurs et de toutes les combinaisons de couleurs, ces dernières décennies, devraient nous faire comprendre cela.

Leur but c’est de trouver des moyens et des systèmes où ce grand public ne saurait absolument rien sur la collecte et l’administration de son argent. On pourra alors collecter de certains et épargner d’autres sans rendre de comptes à personne. À remarquer surtout, les clauses de confidentialité dans cette législation qui garantit que toute magouille à la MRA ne pourra jamais être connue du peuple ! L’Anglais dit, “Turkeys do not vote for Xmas”. Nous dirons à notre tour que nos parlementaires ne vont jamais voter des lois qui vont rendre la corruption plus difficile – du moins pas à leur niveau. Et c’est justement le public qui sera le dindon de la farce dans ce genre d’affaire.

<B>Principe d’indépendance</B>

Si jamais certains se faisaient une illusion que nous vivons dans une démocratie, cette loi, si analysée, doit enlever toute illusion. Les électeurs de la République choisissent, tant bien que mal, chaque cinq ans ceux qui vont administrer ses affaires dans la transparence. En septembre 2000, ils choississent une administration pour le faire – à l’israélienne on l’appelait – et la principale tâche qu’on confie à cette administration, c’est d’administrer son argent avec des recettes qui tournent autour de Rs 30 milliards et d’en être comptable.

Mais voilà que cette tâche principale qu’on a confiée à cette administration, elle la prend et la met dans les mains des autres et ils viennent nous dire, qu’à partir de maintenant, de ne pas leur demander des comptes !

La clause 2 (b) de la loi établissant la Mauritius Revenue Authority nous dit : “Legal proceedings in relation to any act done by the Authority under paragraph (a) may not be instituted against the State; may be instituted by or against the Authority.”

Et les gens qui vont employer ceux qui vont collecter et administrer notre argent, les membres du Board, seront nommés par le Premier ministre ou le président de la République – alors que, précédemment, même s’il y avait des abus flagrants, par principe au moins, les fonctionnaires sont supposés faire leur travail en toute indépendance et ne sont pas redevables envers des politiciens – le fameux dicton, “ministers come and go but civil servants remain” est le principe cardinal qui est supposé assurer leur indépendance.

Imaginons un peu ce que cela va être, lorsque nous aurons des présidents et membres du Board nommés par le Premier ministre ou président de la République et que ces politiciens n’auront plus de comptes à nous rendre sur notre argent !

Nos politiciens nous prennent vraiment pour des imbéciles. Pour faire passer une des mesures des plus extraordinaires et totalement contre les intérêts de la population, qu’est-ce qu’on fait : le plus beau des scénarios, on focalise l’attention sur le sort de ces fonctionnaires – on crée un bras de fer entre gouvernement et syndicats, on fait de façon à s’acheminer vers un deadlock dans les négociations, le leader de l’opposition arrive à cheval comme un“knight in shining armour”, pour désamorcer la “bombe” – ensuite, tout le monde est dans un “mari mood” et personne ne pose de question alors que le “gouvernement” est privatisé ! Le ministre des Finances nous dit que le texte de loi a fait l’unanimité – Eh oui, la privatisation du gouvernement a fait l’unanimité parmi les députés que nous avons envoyés dans l’hémicycle ! “Turkeys voting… to abolish Xmas!”

Finalement je voudrais poser une question à nos parlementaires pour leur demander dans quel pays au monde, existe un tel système, eux qui à chaque occasion nous disent avec fierté comment ils se basent sur d’autres législations – telles que dans le Prevention of Terrorism Act.

<B>Selva Appasawmy</B>

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