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De la scène à la salle

5 septembre 2004, 20:00

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Parce que le théâtre exploite en permanence les passions humaines, il est un art qui nourrit un rapport essentiel avec son public. Parce qu’il est une pratique sociale qui conduit à une prise de conscience collective, il est revêtu d’une fonction socio-politique. En effet, depuis l’Antiquité grecque, les dramaturges n’arrêtent pas de s’offrir, à travers l’utilisation de la scène, une tribune politique pour toucher et consolider la communauté politique, tantôt en critiquant, tantôt en confortant le pouvoir, mais dans tous les cas, en jouant les valeurs admises de l’époque, comme c’est le cas avec l’adaptation théâtrale d’Animal Farm (voir plus loin) que monte actuellement l’Atelier Pierre Poivre au Théâtre de Port-Louis.

L’expérience théâtrale nous apprend combien la distance peut être supprimée pour laisser place à un élargissement de la scène à la salle. Les réactions du public lors de la représentation, si l’on excepte du côté des étudiants, les quelques huées de ceux venus au théâtre pour profiter de cet instant qui leur permettait de fuir le cadre monotone de leur classe, montrent la manière dont chaque spectateur ou groupe de spectateurs participe au jeu. Chacun se reconnaît dans le jeu des acteurs parce que la pièce est capable de réaliser, sur un fond politique, la communion des spectateurs. Parce qu’elle sait engendrer un sentiment d’unité dans le public en donnant au sentiment de liberté, puisqu’on ne peut trop parler de notion à ce niveau, une valeur collective.

Le théâtre, se faisant ainsi un phénomène collectif, se donne alors pour fonction de représenter les conflits de droits. En effet, en jouant Animal Farm, Rowin Narraïdoo, comme il l’a laissé entendre, a un autre objectif que celui de la pédagogie. Il s’agit de jouer une situation aux implications politiques où les droits des individus s’opposent entre eux-mêmes. Puisque, par ailleurs, l’accent est mis sur l’action dramatique, le jeu requiert un certain pouvoir qui est celui de rendre ces contradictions plus vivantes. Le verbe se confondant avec les actes, rend l’impact sur le spectateur immédiat. Ce que ce dernier n’a pu retenir lors de sa lecture d’Animal Farm, il le vit en temps réel dans la salle.

En ce sens, le théâtre devance le romanesque. Il a la capacité de faire sortir le spectateur de son individualisme et le pousser vers une morale à valeur collective, sinon universelle. La décision de mettre en scène la nouvelle, autrement que dans un but pédagogique, est une invitation à une prise de conscience de la situation actuelle. La préoccupation du metteur en scène est de dénoncer une certaine forme d’injustice engendrée par un modèle de totalitarisme. L’adaptation théâtrale d’Animal Farm de George Orwell par Rowin Naraïdoo n’est pas un chant innocent. Elle cache un engagement socio-politique en vue de lutter en faveur de la construction d’une société sans classe. Son engagement littéraire est un engagement politique. Son objectif consiste à illustrer sur scène la raison d’un acte pour une cause commune et vise une nouvelle révolution socialiste.

En reprenant à son compte l’ambition de George Orwell, Rowin Narraïdoo invite le spectateur et les dramaturges à reconsidérer les limites mêmes du théâtre. Le théâtre serait-il un moyen d’expression efficace qui révèlerait l’intrication des problèmes socio-politiques de la société moderne ? Si tel est le cas, ne l’avons-nous pas suffisamment laissé de côté pendant longtemps ? N’est-il pas temps que nos dramaturges méditent davantage sur cet aspect du théâtre ?

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