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“Animal Farm” revisité

5 septembre 2004, 20:00

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Les Jones, avec leur ferme et ses locataires, chiens, chats, vaches, chevaux, juments, ânes, chèvres, cochons, moutons, poules, canards, corbeaux, et pigeons, ont investi le Théâtre de Port-Louis depuis le 1er septembre et ils comptent bien y rester jusqu’au 8.

Le Théâtre de l’Atelier Pierre Poivre joue en ce moment Animal Farm de George Orwell, d’après une adaptation de Ian Wooldridge pour le théâtre. Destinée essentiellement à un public scolaire qui étudie la nouvelle en classe, la pièce dévoile l’essentiel du romanesque. On connaît l’histoire et ses présupposés : c’est une représentation de la Révolution russe et de ses conséquences. Les personnages eux-mêmes représentent d’importants hommes politiques qui ont fait couler beaucoup d’encre. Le public a très certainement reconnu dans le discours du vieux Major, rôle incarné sur scène par Bulram Tacouri (de l’Academy of Film & Theatre, aussi dans le rôle de Benjamin, l’âne têtu), les propos mêlés de Karl Marx et de Lénine, les deux penseurs qui ont été à l’origine du communisme russe.

Le désaccord entre les personnages Napoléon (Veer Dewoo) et Snowball (Devanand Beejan, aussi dans le rôle du fermier Pilkington) est une mise en scène de la rivalité qui existait entre Staline et Trotsky. Si Napoléon l’emporte sur les déterminations de Snowball, c’est certainement pour avoir discrètement préparé Jessie et Bluebell à devenir des chiens de garde et agents de contrôle, autrement dit les agents du KGB. Alors que Snowball sera conduit à l’exil, tout comme Trotsky d’ailleurs, Napoléon règnera seul jusqu’à devenir un dictateur – d’où la morale de l’histoire : “si tous les animaux sont égaux, certains sont plus égaux que les autres.”

Pour Rowin Narraïdoo, le metteur en scène, jouer Animal Farm au théâtre ne relève pas que d’un objectif scolaire, en dépit du fait que la nouvelle figure au programme des élèves de la Form V. Il s’intéresse de près aux significations sociales et politiques de la pièce. En la jouant, il veut dénoncer un certain nombre de dirigeants politiques qui règnent en trichant et en mentant au peuple. Le jeu de ses acteurs devait donc transcender les simples gestes et mimiques animaliers des personnages pour atteindre la valeur d’un humanisme révolutionnaire. C’était dans les propos de ses acteurs que se trouvait le centre d’intérêt. Ce qui explique aussi son choix en faveur des étudiants anglophones, issus du Bocage, pour l’interprétation de certains rôles.

A côté des professionnels du théâtre de calibre tels Bulram Tacouri, Devanand Beejan, et Linda Prayag, évoluent sur scène des débutants. Cela n’a rien d’anormal. L’objectif même d’un vrai atelier de théâtre est d’offrir l’occasion aux jeunes d’accéder à la scène en leur confiant d’importants rôles, soit. Seulement, débutants ou pas, les acteurs doivent être convaincants dans leur rôle par leurs gestes aussi bien que par leur manière de dire. Si le jeu du vieux Major était à la hauteur du talent de Bulram Tacouri, valeur sûre du théâtre mauricien et dont la présence même suffisait pour donner du caractère à la pièce, il n’empêche que chez nos débutants beaucoup reste encore à faire.

<B>Performance des acteurs</B>

Cela n’est bien évidemment pas sans conséquences. Les échanges entre certains acteurs ont provoqué quelquefois un renversement des valeurs. Là où certains acteurs devaient dominer la scène et représenter l’importance même de leur personnage, ils se sont retrouvés au second plan par le manque de conviction dans leur jeu.

Napoléon, qui devait dominer Snowball par un jeu plus performant, se retrouve dominé par ce dernier. Est-ce que le rôle du personnage Napoléon ne sied pas mieux à Devanand Beejan et celui de Snowball à Veer Dewoo par exemple ? La faille se trouve-t-elle alors dans la distribution des rôles ? Ou alors, il existerait certains critères qui ont orienté Rowin Narraïdoo dans son choix des acteurs et qui échappent visiblement ici au public. Mais dans l’ensemble, l’initiative du Théâtre de l’Atelier Pierre Poivre mérite d’être saluée.

Animal Farm est joué pour les étudiants au Théâtre de Port-Louis jusqu’au 7 septembre à raison de 2 séances par jour, 10 heures et 13 heures. Pour le grand public, une soirée de gala est prévue le mercredi 8 septembre à partir de 20 heures. Le prix est de Rs 70 pour les étudiants et de Rs 100 pour le grand public.

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