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Feuilles d’automne, un “antisalon”

5 septembre 2004, 20:00

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C’est une obligation, aussi absurde soit-elle. A chaque rentrée littéraire, les auteurs, noyés dans la déferlante des parutions - 661 titres cette année -, se doivent de faire émerger leur livre du lot, assistés en cela par éditeurs et attaché(e)s de presse.

Certains s’en tirent avec les honneurs, parce que leur réputation ou une rumeur élogieuse les précède, mais pour d’autres, moins connus, ce processus de promotion, déjà déplaisant en lui-même, peut tourner au calvaire, surtout s’il est vain.

Conscients de cela, Stéphane Benhamou, initiateur de Feuilles d’automne, le festival de la rentrée littéraire de Forges-les-Eaux, Olivia Benhamou, Isabelle Ansos et Céline Druon, qui l’organisent avec lui, ont décidé de soutenir et d’accompagner quelques écrivains dans ces moments d’incertitude. Cinquante-cinq d’entre eux, parmi lesquels Salah Guemriche (Un été sans juillet, Le Cherche-Midi), pour qui ce rendez-vous ne manquera pas de devenir “incontournable”, parce qu’il “tombait sous le sens”. La manifestation, pour sa deuxième édition (28 au 29 août), a attiré un public plus important qu’en 2003 - environ 2 500 visiteurs contre 1 400.

Dans le cadre verdoyant du parc de la Folie du bois des Fontaines, un hexagone de vastes tentes blanches ceinture la pelouse et compose avec les tables installées en son centre une image de polo club britannique. Pourtant, malgré le temps maussade, l’atmosphère est tout sauf crispée. Ici, point de place pour le ballet mécanique des signatures. Les auteurs signent, certes, mais ne se retranchent pas dans l’espace librairie, cachés derrière une pancarte et une pile de livres. Ils circulent, lisent ou font lire leurs ouvrages, partagent avec l’assistance leurs goûts et influences littéraires dans le cadre de la “bibliothèque idéale”, débattent autour de tables rondes, selon des principes égalitaires, qu’il s’agisse d’auteurs à succès comme Philippe Besson ou de nouveaux venus. Pour faire les présentations, des panneaux ont été disposés un peu partout dans le parc. Ils dévoilent le visage des auteurs, en plus des premières lignes de leurs livres. S’agit-il de faciliter la traque ? Quoi qu’il en soit, l’ambiance est conviviale, faite de rencontres informelles, occasions pour tous de découvrir les créations de leurs contemporains, avec une franche curiosité.

“Une partie de campagne”

Le lieu de la manifestation n’y est sans doute pas pour rien, de l’avis général. Hafid Aggoune, qui publie son premier roman (Les Avenirs) chez Farrago, insiste aussi sur le rôle de “sage-femme” que doit jouer un éditeur. Des éditeurs sont donc là, tel Raphaël Sorin (Fayard), accompagnant Dominique Noguez (L’Embaumeur) dans ce qu’il nomme “une partie de campagne”.

Si les éditeurs sont des accoucheurs, les libraires sont des nurses, ou plus prosaïquement des “prescripteurs de lecture” influents. Ils présentent au matin du deuxième jour leurs coups de cœur, parmi lesquels le premier roman de Florent Feyrabend, Le Cocon (Arléa). Ce dernier, quand on évoque la profusion de premiers romans (121) en cette rentrée, ne paraît pas effrayé. Détendu, Maurice Audebert l’est tout à fait, lorsqu’il avoue avoir dû vaincre sa “paresse” pour écrire, à 80 ans, son premier roman (Heureux qui comme Ulysse, Buchet-Chastel), après s’être essentiellement consacré au théâtre. Décontractés, les romanciers peuvent l’être un peu plus que leurs confrères des années passées, et savourer le pique-nique du dimanche, puisque, cette année, aucun “éléphant” littéraire ne semble encombrer le paysage.

Le samedi, les oreilles de la critique avaient sifflé au cours d’un débat qui dévia assez rapidement de son propos, ludique, puisqu’il s’agissait de présenter la rentrée littéraire comme si elle avait déjà été faite. Pour Sabine Wespieser, éditrice, on abandonne cette année le “lamento” pour revenir à une “littérature du sujet”. Chloé Delaume (Certainement pas, Verticales) pointe, pour sa part, la grande diversité de cette cuvée, tout en constatant qu’apparaissent des résistances, des réactions qui tentent d’arracher la littérature à un lénifiant contexte d’industrialisation. Pour autant, cette “aimantation” et cette concentration sur quelques semaines de l’activité littéraire et éditoriale est une dérive néfaste. C’est ce que pense Bernard Comment (Un poisson hors de l’eau, Seuil), qui vient de succéder à Denis Roche à la tête de la collection “Fiction & Cie”.

Il reste que ce phénomène de “rentrée littéraire” a produit un festival, une manière d’antisalon soucieux de donner une visibilité à ceux qui, parfois, en manquent cruellement.

<B>Alexis Geng

(Source: Le Monde)</B>

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