Publicité

Les causes du drame...

28 août 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Qu?est-ce qui a bien pu se passer dans la maison des Mawooa à Béchard Lane, St-Paul ? Dix cadavres découverts sous le même toit, c?est du jamais vu à Maurice. Après l?explosion meurtrière de Grand-Baie, la police est devant un nouveau cas unique dans les annales des Casernes centrales.

Neuf des corps en putréfaction ? deux hommes, quatre femmes et trois adolescents ? ont été identifiés (voir hors-textes) alors qu?un dernier, un homme dans la cinquantaine attendait encore de l?être en début de soirée d?hier.

C?est vers les 14 heures vendredi que des limiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Quatre-Bornes ont fait la découverte macabre. Ils étaient en fait partis sur les traces de Rajesh Dhayam, porté disparu depuis le 6 août dernier. Apprenant que le cadre entretenait une liaison amoureuse avec Crithika Nunkumar, née Mawooa, ils tentaient de joindre sa mère et ses proches vivant à Béchard Lane.

<B>Chambres cadenassées</B>

Les portes et fenêtres de la maison des Mawooa demeurant désespérément closes, ils ont risqué un coup d??il dans la maison à travers une lucarne. Et là, c?est l?horreur qui les accueille ! La vision cauchemardesque d?un cadavre. Le service médico-légal, les hommes de l?ensemble de la police criminelle de la région de même que les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) sont immédiatement alertés.

Avant que la porte ne soit enfoncée, un prélèvement d?empreintes est effectué. À l?intérieur, c?est une scène « gore ». «Un cadavre gît dans le salon, deux autres dans deux pièces différentes», dira un enquêteur. L?odeur est suffocante. Les limiers ne sont pas au bout de leur peine. À l?étage, quatre corps, dont celui d?un enfant, gisent dans une chambre fermée de l?extérieur avec un cadenas neuf, ce qui laisse supposer un foul play.

C?est la même vision d?horreur dans la deuxième pièce, également bloquée de l?extérieur. Trois cadavres aux cheveux longs portant robes et churidars sont sur un matelas. Des proches sont mandés pour identifier les corps. Rajesh Dhayam avait sa carte d?identité sur lui. À côté de lui, Crithika, sa maîtresse.

Près de Crithika, une lettre d?une quinzaine de pages est retrouvée. Les responsables de l?enquête passent la consigne : on ne doit en faire état à la presse.

Plusieurs pistes sont alors échafaudées. Il est clair qu?on a affaire à un « homicidal poisoning ». Qu?elle en est la raison ? L?argent, le sexe ou la drogue ? Une des victimes serait proche d?un ancien trafiquant épinglé par une commission d?enquête.

Venons-en à l?argent. La famille Mawooa avait des dettes, semble-t-il. Des gens seraient venus réclamer leur dû à la maison récemment.

Est-ce un crime passionnel ? Crithika vivait séparée de son époux tout comme Rajesh, son amant. Maya Jhowry, l?amie de Crithika, a fui le domicile conjugal.

Que faisaient Maya et ses enfants chez les Mawooa? Leur présence intrigue, de même que celle de l?inconnu.

La maison était-elle utilisée comme salon de massage? Des serviettes de bain portant les logos d?un hôtel du Nord traînent dans la maison.

Est-ce une vengeance ? Pourquoi ? Aucune piste n?est écartée. A-t-on affaire à une secte ? Des livres religieux ont été trouvés à côté de certains cadavres.

Crithika était adepte de spiritisme et de méditation. Elle organisait des séances de prières spéciales à Béchard Lane. En prenant un congé de trois semaines de la Universal Musical Sounds, son frère, Ravi avait dit à son employeur qu?à son retour de vacances de Rodrigues, il allait organiser une « grande prière ».

Coontee, la mère, avait appelé une de ses filles, lui confirmant ce voyage. Mais sans argent comment allaient-ils s?y prendre ? Crithika espérait une rentrée d?argent mais les prêts qu?elle sollicitait à travers Maya ne se sont pas concrétisés. Au lieu d?un voyage pour Rodrigues, c?est un saut dans l?au-delà que le groupe a fait.

À la dernière heure, la police tient une piste sérieuse. Ce serait Crithika qui aurait empoisonné tout le monde. Avec leur accord ou malgré eux, nul ne le saura.

<B>Traces de cyanure</B>

La présence de cyanure dans les corps ? pour certains ? ces conclusions préliminaires des médecins légistes devant être confirmées après analyses du Forensic Science Laboratory ? renforcent la piste d?un suicide collectif. Leur mort remonterait à plus d?une semaine mais tous n?ont pas péri le même jour. Un verre contenant des traces de cyanure a été découvert sur place.

Quelque chose ne tournait pas rond dans la tête de Crithika. Déprimée par ses déboires conjugaux et sentimentaux, elle a décidé qu?elle devait mettre un terme à son existence et à celle des personnes demeurant avec elle.

Dans la lettre manuscrite ? qui reste à être authentifiée ? elle parle de ses déboires, de ses déceptions, de ses rêves?

« Dans cette lettre, elle dit qu?elle va vers un monde nouveau où il y a moins de souffrance et qu?elle emmène neuf personnes avec elle, avec leur accord, » confie un enquêteur.

Un des proches des Mawooa appelé à identifier les corps à Béchard Lane vendredi ne revient pas de ce dont il a été témoin. «Ca ressemble aux pratiques d?une secte. » Mais jusqu?ici, rien n?est sûr?

<B>Béchard Lane en émoi</B>

Vendredi après-midi, à Béchard Lane. Une centaine de personnes massées devant une petite maison blanche, à l?aspect négligé. La police tente tant bien que mal de contenir la foule qui grossit à vue d?oeil. Mais les badauds sont astucieux et contournent les directives policières : certains dans les arbres, d?autres sur les balcons et toits avoisinants, tout le monde veut voir. Un ivrogne tente même de se faire passer pour un journaliste pour être au premier rang. « Banne lé corps encore endans », lance quelques personnes. Ces gens, assoiffés de curiosité, attendent que la police dégage les corps. Cette attente, qui leur paraït interminable, suscite des spéculations de tous genres, sortant parfois de leur imagination. « Sirman zot ti dan sek », dira avec méfiance un membre de l?assistance. Certains prétendent que les victimes font partie d?une secte dont ils ne connaissent même pas le nom. Entre-temps, les policiers gèrent habilement la situation, et surtout avec beaucoup de tact. Force est de constater que dans ce genre de situation, l?émotion et l?impatience de la foule peuvent parfois provoquer des remous et des dérapages incontrôlés. Pendant que la police dégage les corps vers les camions, une forte odeur gagne les lieux. Le public, par respect ou par stupeur, demeure silencieux devant ce ballet macabre de civière. Certains quittent les lieux. « Mo pa capav res pli lontan », explique un femme avec dégoût. A la vue de ces fourreaux mortuaires, les spéculations redoublent. Un ami proche nous confie qu?un corps a été trouvé sous un canapé. A ce stade, on nous affirme que seuls des corps d?adultes ont été retrouvés, alors que certains voisins prétendent qu?un enfant s?y trouve. Nous n?avons eu aucune confirmation. Il semble que les corps sont dispersés à travers la maison. Cet élément troublant ne fait qu? accentuer cet épais mystère... Alors que ce drame reste certainement dans les annales, certains continuent à vaquer à leurs occupations, comme un habitant qui interroge un ami sur les « tiyo lékurs. Eski mo zoke pu monté. » C?est dire ce contraste frappant entre l?anxiété de certains et l?indifférence des autres. Après plus d?une heure d?attente pour certains, on constate que la foule se disperse, alors que la police organise le transfert des corps vers les morgues des Hôpitaux Victoria, et de Jeetoo. Les effectifs du département sanitaire du ministère de la Santé se déploient en vue de sécuriser les lieux. Il ne reste plus que les plus bornés des curieux. Ils vont même jusqu?à suivre le cortège policier.

<B>La maison des morts</B>

C?est une maison comme on en trouve tant, à l?aspect négligé. La partie principale semble dater de plusieurs décennies. Au fil des ans, l?habitation s?est enlaidie d?ajouts consécutifs non-crépis. La cour est un fouillis de bois de démolition, de vieux meubles et de tôles rouillées? La lugubre bâtisse attire malgré elle tous les regards aujourd?hui. Du fond de ses entrailles, elle cachait depuis plusieurs jours les cadavres de deux familles : les Mawooa, et les Jhowry?

Publicité