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?Mauritius Times? célèbre ses 25 ans
Quittons pour un jour, la scène tumultueuse des grèves générales d?août 1979, pour évoquer un bel anniversaire médiatique. Mauritius Times célèbre, ce 17 août 1979, ses 25 ans et son directeur, le regretté Bickramsingh Ramlallah, en profite pour rappeler les circonstances ayant prévalu aux premiers jours d?un hebdomadaire qui sera marqué de deux qualités de son fondateur : courage et ténacité.
Le premier numéro paraît le 14 août 1954, la veille du septième anniversaire de l?indépendance de l?Inde. Le siège social de la publication est toujours le 23, rue Bourbon, Port-Louis, en face d?une autre institution ayant joué un rôle également exemplaire dans l?histoire culturelle du pays : la librairie Nalanda.
Bickramsingh Ramlallah s?entoure d?une équipe de jeunes intellectuels les uns plus prometteurs que les autres. L?entourent à cette occasion K. Jagatsingh, D. Napal, R. Ruhee, S. Jugduth, C. Ramboccus, P. Mewasingh, G. Ramloll, G. Moher, B. Hazareesingh et K. Balgobin.
Question délicate et insoluble : qui signera le nouvel hebdomadaire ? Les fonctionnaires présents ne peuvent le faire sous peine d?être limogés. Bickramsingh Ramlallah aussi est, à l?époque, instituteur. Il se porte pourtant volontaire. Il renonce à la fonction publique dans laquelle il compte déjà 16 ans de service. Il démissionne et se met à signer l?hebdomadaire. Les bénévoles ne manquent pas pour composer les textes et corriger les épreuves. Les collaborateurs ne sont pas rémunérés.
De Londres, Peter Ibbotson, un fabianiste convaincu, collaborant de temps à autres à Advance, écrit à Ramlallah, réclame de collaborer régulièrement à Mauritius Times.
Aucun article n?est jeté à la poubelle. La rédaction entre en contact avec les auteurs des articles impubliables. On cherche ensemble les corrections qui s?imposent, les améliorations possibles. Certains collaborateurs sont depuis devenus des cadres, des chefs de département et même des rédacteurs en chef.
Entre 1954 et 1979, plusieurs des combats qui mobilisent l?express du Dr Forget interpellent également Mauritius Times. Il milite pour le suffrage universel, combat la représentation proportionnelle que certains socialistes sont prêts à accepter en échange de postes ministériels. Avec M.P. Dabee, l?hebdomadaire milite pour que les enfants aient accès à l?éducation primaire. Ils obligent le gouvernement à construire les écoles faisant défaut et à recruter les instituteurs que le pays réclame. Mauritius Times est en première ligne pour que Maurice devienne indépendante. Il soutient aussi le combat en faveur du contrôle des naissances. Il s?en prend au castéisme, au communalisme. Il est de ceux qui réclament une Public Service Commission, une Police Service Commission, une Local Government and Parastatal Bodies Commission.
Mauritius Times n?est pas pour autant un journal travailliste. Il conservera toujours son indépendance par rapport au 7 Square Guy-Rozemont. Il sait critiquer le pouvoir travailliste quand il croit devoir le faire. De même, il n?hésite pas au besoin de critiquer les responsables de la religion hindoue. Il sait aussi donner raison aux adversaires du Parti travailliste quant cela s?impose.
Le 8 juin 1976 sonne le glas des promesses placées par Bickramsingh Ramlallah en son fils Prakash. Ce jeune débute dans le journalisme à 17 ans. Il a l?occasion de se former à l?International School of Journalism, à la Thompson Foundation à Cardiff ainsi qu?à l?université de Moscou. Ce journaliste, l?un des plus prometteurs de sa génération, trouve la mort dans un accident de voiture, le 8 juin 1976.
En août 2004, Bickramsingh Ramlallah n?est plus de ce monde pour fêter ce bel anniversaire. Mais son combat reste un modèle pour la profession.
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