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Naître et mourir

13 août 2004, 20:00

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108 ans et 25 jeux. C?est le temps qu?il aura fallu attendre avant que l?olympisme n?achève, enfin, son premier cycle. Depuis hier soir, Athènes, capitale de la mythologie et de l?archéologie, berceau du sport, s?est réconcilié avec son inoubliable passé. La flamme olympique illumine à nouveau le ciel de la capitale grecque, là où tout a commencé, là où, en 1896, le sport prenait le pari de s?inscrire dans la durée.

Athènes, coeur et poumon du monde pour deux semaines, carrefour de l?olympisme. Quelque part, c?est réconfortant pour ce sport qui s?essouffle, qui a de plus en plus de mal à rester fidèle à ses vertus premières, à ses valeurs essentielles. La première étant de rassembler.

Aujourd?hui, l?essentiel n?est plus de participer, mais de gagner. Gagner à tout prix, gagner pour laisser ses empreintes, gagner pour ne pas être oublié.

Le Baron Pierre de Coubertin a fait son temps. Le sport a aujourd?hui été rattrapé par l?économie, le sport est marketing, le sport est le plus grand commerce du monde.

Parce que la demande est insatiable, parce que le spectacle se consomme sans modération, les plus grandes chaînes de télévision achètent des droits de retransmission pour des sommes astronomiques qui défient toute logique et toute concurrence, des sommes qui pourraient nourrir des populations entières dans certains pays.

Le football, plus que tout autre sport, illustre cette indécence. Le transfert d?un joueur du calibre de Zidane se négocie à partir de 70 millions d?euros. Que dire de ces salaires qui donnent le vertige ? Celui du golfeur Tigers Woods et du pilote de formule 1 Michaël Schumacher dépasse de très très loin celui du plus riche industriel de l?île Maurice.

Les dérives, forcément, sont légion. On est entré dans une drôle de logique. Puisqu?il faut gagner, on peut tricher. Aujourd?hui, le dopage n?offusque plus personne, sauf quelques journalistes incrédules et les hypocrites qui dirigent le mouvement sportif.

2004 aura été, en tout point, jusqu?ici, une année noire, une année triste. Les stars se bousculent au banc des accusés. Et, autant le dire tout de suite, dans cette course effrénée vers la honte, l?athlétisme a rattrapé son retard sur le cyclisme. Si Richard Virenque avait au moins eu le mérite, en 1998, d?inventer une parade grossière digne de son personnage, s?étant dopé ?à l?insu de son plein gré en 1998?, les Marion Jones, Tim Montgomery, Torri Edwards, Kelly White, Jérôme Young ont, eux, fait mille fois pire. Tous ces tricheurs de bas étage formés sur les pistes diaboliques de l?athlétisme US se sont réfugiés dans un silence coupable qui, aujourd?hui, nous oblige à remettre en question chaque performance qui sort de l?ordinaire. Le sport se serait bien passé de ça.

Les dernières secousses, en tout cas, pourraient crucifier pour de bon la communauté sportive. Preuve que le dopage n?a ni frontières, ni limites, que tous les pays et tous les sports sont concernés, la Grèce, pays censé incarné le sport vrai, le sport propre, baigne dans l?opprobre depuis hier. De forts soupçons pèsent en effet sur les sprinteurs Kostas Kentéris et Ekatarina Thanou, les deux figures de proue du sport grec. Pour un pays qui a su si bien défier le temps pour offrir au monde la plus belle fête qui soit, c?est la pire des tragédies. Le sport moderne est né à Athènes. Pourvu qu?il n?y meure pas.

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