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Félix Laventure pleure Vaghjee

11 août 2004, 20:00

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L’ancien ministre des Administrations régionales, Félix Laventure, a sous les yeux l’obituaire que Madeleine Mamet consacre à son compagnon de vie et de bonheur, Harilal R. Vaghjee. “Une voix aimable s’est tue, celle d’un personnage compatissant et d’un humaniste”. Félix Laventure hésite à ajouter quoi que ce soit au texte de Sophia de peur d’y introduire une fausse note. Il sollicite toutefois l’autorisation d’y adjoindre quelques souvenirs personnels. Jeune avocat, Vaghjee a son étude à l’étage de celui de Me Jérôme Tranquille, à l’angle des rues Naz et William-Newton (L’Eglise). L’emplacement fut jadis occupé par Me Adolphe Duclos. Robert Edward Hart y travaillait aussi comme secrétaire “tout en limant des vers où perçait le talent qui devait, plus tard, tant nous séduire”.

Laventure distingue Vaghjee de Neerunjun et de Seeneevassen. Ils appréciaient davantage que lui les arcanes du droit. “Le jeune Vaghjee ne se sent pas à proprement parler une âme de préteur”. Il accepte toutefois un poste de magistrat, “suivant en cela l’exemple de quelques aînés qui n’avaient d’autres ressources que leurs talents”. A ce titre, il officie à Mahébourg et à Rodrigues. “C’est là à l’ombre des grands badamiers, au chant du vent dans les filaos, au son du doux clapotis des vagues de la mer toute proche, j’ai du plaisir à l’imaginer, que la pensée de Vaghjee se fige”. Même s’il se passionne pour la vérité comme tout être épris de justice, l’on ne peut pas dire “qu’il a un grand penchant à savourer les dessous des poursuites judiciaires”. Le combat politique le délivre de la monotonie des querelles juridiques.

Les élections législatives de 1948 et de 1953 consacrent ses qualités humaines et de brillant législateur. Le miracle ne se reproduira pas en 1959. Il n’est pas assez démagogue pour cela. Désavoué par l’électorat de Grand-Baie, il est choisi à l’unanimité pour succéder à Sir Robert Stanley et présider le Conseil législatif et puis l’Assemblée du même nom. Le voilà appelé à occuper un des postes clés prévus par la constitution du pays. “Le hasard, qui manque rarement de bien faire, l’aide à entrer dans l’histoire du pays par la grande porte”.

Harilal Vaghjee vit passionnément ses années de présidence parlementaire. Il exerce des responsabilités démesurées. Félix Laventure le revoit en 1971 à son bureau de Speaker. Il n’aime pas la tournure que prennent les événements. La grève des transports publics ne le laissent pas insensibles. Il a acquis de l’expérience et juge avec lucidité, “sans passion mais aussi sans faiblesse”, certains des hommes placés au sommet de la hiérarchie politico-administrative “dont dépend le bonheur de tout un petit peuple”.

“Son indépendance d’esprit ne lui fait pas que des amis. Le pseudo socialisme, embourgeoisé à l’extrême, de certains que le virus du pouvoir finit de corrompre au-delà de toute possibilité de rédemption, ébranle sa foi dans un système de gouvernement où les moins bons s’arrogent avec arrogance les premières places, au grand dam du peuple et contre sa volonté”.

Et pendant que Félix Laventure pleure la disparition du grand Harilal R. Vaghjee, le pays se prépare à entrer dans une semaine infernale de grèves générales, d’arrêts de travail, de violence politico-syndicales. Et tout cela pour forcer, écrit Philippe Forget, une coalition MMM/ PTr, avec Anerood Jugnauth et Satcam Boolell partageant également le poste de vice-Premier ministre, et Paul Bérenger dans le fauteuil de ministre des Affaires économiques. “La société, dépossédée du pouvoir par la classe politico-syndicale, ne sait pas encore pratiquer la légitime défense. Les “travayers” lisent des tracts, vont aux meetings, écoutent les slogans, font la grève. Ils sont de la chair pour briyé politique. L’idéologie est son safran. Mais les politiciens seront toujours seuls à table”.

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