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Il était un petit navire?
Christelle Labelle, d?origine française, n?a qu?un seul but en tête lorsqu?elle prend la décision en janvier 1999 de s?installer définitivement à Trou-D?Eau-Douce dans le village natal de son époux. Faire construire un bateau de croisière baptisé Astéria pour le trajet Trou-D?Eau Douce-Blue Bay. Pour y parvenir, elle cherche des spécialistes en la matière.
En juin de l?année dernière, elle prend contact avec Oomar Hoota connu comme Pop, charpentier de marine habitant à Vieux-Grand-Port.
Christelle soumet sa maquette à Oomar et avec comme plan deux couchettes avec une capacité de couchage pour quatre personnes, une cuisine, une salle de bains et une place pour la motorisation. Le coût du projet est estimé à plus de Rs 3 millions.
Comme à son habitude, Oomar ne refuse pas : il réunit une dizaine d?ouvriers de la localité, parmi lesquels André Delaître et son fils Andrew, Rajesh Sootit, qui est resté fidèle du début à la fin des travaux.
?Comme la famille s?est bâti une bonne réputation dans ce domaine, j?ai accepté de relever le défi?, explique le charpentier de marine.
Pour chiffrer le coût des travaux, Oomar sollicite l?aide de son frère Nizam avant de commander les matériaux et les bois : terminalia, jacquier, meranti, utilisés pour la construction.
?Il faut s?armer de patience et avoir beaucoup de dextérité pour faire ce travail?, soutient notre interlocuteur en présence de Christelle qui avoue son admiration pour la compétence d?Oomar. ?Mo finn konstrir plis ki enn santenn bato dans mo karrier. Mo kont lor mo lexperiance pou reusi dan mo travay?, dit-il modestement. Christelle avait mis toute sa confiance en lui, même si au beau milieu des travaux, elle n?avait qu?une vague idée de la forme qu?allait prendre ce bateau de 55 pieds de long et de18 pieds de large.
Pour apporter sa contribution à la construction, Christelle s?est fait un devoir de s?occuper elle-même de la motorisation, de la réserve d?eau et du câblage. ?Vouloir c?est pouvoir?, croit-elle.
Les travaux, commencés le 16 juin de l?année dernière, ont pris fin le 16 juillet du mois dernier. Jeudi, les villageois étaient impatients de voir l?Astéria prendre le large pour mettre le cap sur Trou-d?Eau-Douce, où il va être amarré. Comme la marée était basse, ils ont dû attendre quelques jours.
Pour que ce projet soit rentable, Christelle, qui détient un diplôme dans la gestion, n?est pas restée les bras croisés pendant la construction du bateau. Elle a mis en place un plan de travail dans son bureau qui sera basé à Trou-D?Eau-Douce pour gérer et faire le marketing de l?Astéria auprès des clients des hôtels et des excursionnistes mauriciens à qui elle accordera un tarif préférentiel. ?J?ai déjà ma petite idée pour le prix mais rien n?est encore définitif?, dit Christelle.
Confiante que son projet allait bénéficier du soutien des autorités concernées, Christelle ne se faisait pas du souci au début des travaux. Mais elle va vite déchanter. Cela fait un mois qu?elle a commencé à faire des démarches pour transférer son ancien permis de Pleasure Craft sur celui de l?Astéria. Ellle se heurte à la lourdeur administrative. Elle s?indigne devant l?attitude du personnel attaché au service concerné au ministère du Tourisme. ?C?est comme si j?avais commis un crime en investissant un peu d?argent dans ce business qui pourtant créera des emplois?, dit-elle sur le ton de la révolte non sans rappeler qu?une dizaine d?ouvriers de Vieux-Grand-Port ont participé à la construction de ce superbe bateau.
Selon Christelle, la réponse donnée par un préposé de ce ministère n?a pas facilité les choses : ?On ne cesse de me répéter qu?il faut attendre longtemps pour le transfert de mon permis et que c?est la nouvelle politique du gouvernement.?
Après vérification des lois avec son avocat, Christelle dit avoir observé que le Pleasure Craft ne fait aucune provision légale pour le transfert de permis. ?Etant donné que j?ai consenti beaucoup de sacrifices et mis mes économies dans ce projet, je vais me battre pour que justice soit faite.?
Cette attitude qu?elle qualifie de ?révoltante? est contraire à la politique décidée en haut lieu pour encourager les investisseurs étrangers à venir à Maurice.
La propriétaire de l?Astéria estime que les autorités doivent accorder une attention particulière aux gens qui font les métiers de la mer comme les plaisanciers, les charpentiers de marine, entre autres. ?C?est un secteur qui génère beaucoup d?emplois?, observe Christelle.
Sollicités pour leur version concernant la demande de transfert de permis présentée par la propriétaire de l?Astéria, les officiers de la Pleasure Craft Section du ministère du Tourisme, n?ont pas voulu faire de commentaire en l?absence du responsable de ce service.
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