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Paul Claudel, le poète catholique
Si le 6 août nous ramène les mauvais souvenirs d?Hiroshima, cette date nous rappelle également la naissance de Paul Claudel, l?un des plus grands poètes du siècle dernier.
Né dans le petit village de Villeneuve-sur-Fère d?un père fonctionnaire de l?enregistrement, Claudel a grandi dans la bourgeoisie provinciale, avec l?odeur de la paperasse autour de lui. Elevé dans une famille agnostique, il sera influencé par le scientisme, le naturalisme et le matérialisme. Il sera diplômé de l?Ecole libre des sciences politiques avant d?embrasser la carrière consulaire que lui vaudra la première place lors d?un concours pour admission dans les carrières diplomatiques. New York, Boston, Chang-hai, Fou-tcheou, Pékin, Tokyo, Prague, Francfort, Hambourg, Washington, Bruxelles, il passera plus de temps à l?étranger qu?à Paris. Jules Ferry fera référence à son ?honorabilité et ses idées républicaines?.
S?il se décrit volontiers comme un poète catholique, ce catholicisme, il le doit au ?Magnificat? que chantaient les enfants de ch?ur un jour de Noël alors qu?il allait sur ses dix-huit ans. Il fera référence à cet épisode de sa vie comme une renaissance, un éveil à la spiritualité, une révélation de la foi catholique. C?est une conversion qu?il doit également à Beethoven, Sophocle, Rimbaud et Shakespeare. Dès lors, il mènera un combat spirituel sans relâche, allant jusqu?à se définir comme celui qui a pour fonction de voir l?univers, où l?universel est le sens étymologique de ?catholique?. C?est de Mallarmé, dira-t-il, qu?il a appris à voir. Depuis, il sait voir et aimer les gens et les choses.
Parmi ses ?uvres, Partage de midi (1905), est sans doute celle qui a beaucoup marqué les esprits. Cette ?uvre autobiographique est une mise en forme théâtrale d?un drame de ses années méridiennes qu?il a voulu garder confidentielles pendant longtemps en limitant ses tirages à 150 exemplaires qu?il distribuait uniquement à des proches. Ses écrits montreront une tendance vers le classicisme, un Claudel abandonnant le vers libre, sacrifiant le lyrisme exubérant et s?imposant des contraintes de plus en plus étroites où le thème du sacrifice occupera une place centrale. C?est avec Le soulier de satin que son ?uvre atteint le sommet dramatique, dévoilant par la même occasion la quintessence de son expérience de la passion.
Après sa retraite, il écrit ses mémoires, se consacre au théâtre sacré, comme Racine, médite sur l?histoire à la lumière de l?enseignement biblique, alliant la spiritualité chrétienne à un sens cosmique païen. Le théâtre qu?il développe annonce une forme de rivalité avec le drame bourgeois et le théâtre populaire. Il donnera au théâtre sa dimension de drame moderne en l?ouvrant au cosmos, alors que Bertolt Brecht l?ouvrira à l?Histoire. L?un spirituel, l?autre historique, ils forment deux projets théâtraux complémentaires dont la rencontre ne pouvait que bénéficier au domaine de la technique, de la recherche et de l?expérimentation. Disparu, il y a plus d?un demi-siècle, Paul Claudel restera à jamais, avec Brecht, l?un des deux immenses bâtisseurs du théâtre de la première moitié du vingtième siècle.
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