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L?imaginaire ne libère pas

8 août 2004, 20:00

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Peut-on échapper d?une prison par le biais de son imagination ? Houria, la femme que j?étais, pièce que jouera demain soir, en première représentation, Le Septentrion, est une mise en scène de la liberté d?une prisonnière par la force de l?image. Dans la réalité, est-ce vraiment possible ?

Si la liberté, comme on se plaît à le dire, est vraie lorsque l?homme se sent libre même dans l?esclavage, force est de reconnaître que cette liberté ne peut prétendre à une forme physique. L?homme enchaîné, s?il est libre, ne peut l?être que dans la tête. Sa liberté prétendument manifeste est fondée sur un sentiment issu de l?imaginaire. Mais la vie imaginaire n?est pas la vie réelle (en dépit du fait que l?imaginaire appartient à la réalité de l?homme). L?objet en image n?est pas celui de la perception. Cela est irréel.

Il n?y a de réel que le sujet présent dans un espace réel, le sujet dans une localisation temporelle, en l?occurrence une prisonnière dans une prison. En imaginant, la prisonnière entre dans le monde imaginaire, en se faisant irréelle. Ses qualités, en tant qu?elles se donnent comme objet présent dans l?image, sont tout aussi irréelles. Ce sentiment de liberté que produit son pouvoir d?imaginer est donc une qualité irréelle.

Même le temps qu?elle évoque appartient à ce mode d?existence. Ses souvenirs relèvent du passé qui est le temps des choses absentes. Cependant, tout en se donnant comme objet imaginaire, ils s?appliquent à produire des comportements identiques à ceux de la perception, c?est-à-dire qui correspondent à une certaine sensation vraie. En réalité, ce sont les forces constituantes aux souvenirs qui prolongent leurs effets. Cela n?est possible que dans la mesure où le corps entier accepte de collaborer à la constitution de l?image tout en étant réceptif à ses effets. Ce faisant, le corps mime alors la sensation que provoque cette image, c?est-à-dire la liberté dans le cas de cette prisonnière qui l?imagine. Ce n?est pas parce que l?imagination l?emporte loin, que son corps se sent libre, c?est un certain sentiment qui a le pouvoir de mimer la liberté qui a le contrôle de tout son corps.

Ce sentiment n?est pas un pur effet de la qualité supposément libératrice des souvenirs en image. C?est la conséquence du développement d?un type de réaction qu?a produit l?imagination. Du coup, c?est l?objet irréel, c?est-à-dire la prisonnière libérée en image, qui est donné comme l?auteur réel de ce sentiment de liberté. En réalité c?est l?illusion totale.

Concrètement, c?est un phénomène physiologique qui s?est produit : la mémoire a ordonné la production d?une cause réelle à partir de l?imaginaire. C?est pourquoi la liberté qu?expérimente la prisonnière n?est en réalité qu?un tour que lui joue sa propre mémoire qui a confondu le réel et l?irréel, tout simplement parce que le second lui est apparu au titre de souvenirs. C?est pourquoi, cette liberté, si elle est présente dans la conscience, elle l?est en tant qu?objet hors d?atteinte, inaccessible.

Si dans la réalité il y a des individus qui n?ont d?autre choix que de mener une vie imaginaire, c?est parce que la liberté physique leur est impossible à cause des contraintes dues à l?espace limité, comme en prison. Ils cherchent à atteindre le bonheur en image en adoptant des comportements imaginaires. Mais le bonheur irréel ne peut être vu que de manière irréelle. Il ne saurait avoir d?action réelle puisqu?il agit en la personne qui mime : la seule action est celle que mime la personne qui imagine.

Ainsi choisit-on une image à cause de ce qu?elle entraîne comme conséquence. Elle existe dans la conscience que parce qu?on veut bien la produire. Mais le rêve en prison ne libère pas. C?est une échappatoire éphémère. C?est une prison dans la prison, aussi longtemps qu?il ne devient pas la constatation de ce qu?il est, c?est-à-dire un rêve.

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