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Houria, une femme qui mérite d?exister
Un trop plein de souffrances. Des prisons, multipliées. Derrière son tchador qui lui prend la tête et l?ensemble du corps, Houria attend d?être lapidée. Elle a commis un crime. Elle doit le payer de sa vie.
Réduite au rang de résidu humain croupissant au fond d?une geôle, Houria trouve encore le moyen de s?échapper. Dans sa tête. Sa vie rejaillit dans ses souvenirs. ?Je ne suis pas une femme, je ne suis pas un homme, je ne suis pas afghane. Je suis une personne, j?existe, je brûle de vie.? Parfums, frissons, nostalgie rythment son ultime voyage de la pensée. ?Comme par magie, elle crée une source de vie dans une cage de mort.?
De toute la force des persécutions subies ? d?abord sous le joug du père, qui transfère sa toute puissance au mari ? Houria crie. Se souvient des ?coups de fouet, des traces qu?ils laissent sur la peau. Elle parle d?un amour furtif, impossible.?
Dehors, des clameurs. Des voix vengeresses qui la réclament, pour la soumettre à la peine capitale. Dedans, un monologue. Vibrant témoignage d?une souffrance imprimée jusque dans la chair. Celle de quelqu?un qui est ?peut-être vous, (qui n?a) pas de race, (..) pas d?âge. J?ai une vie, je suis une personne. J?existe. Souvenez-vous de moi.?
Gaspare Dori, auteur italien, lui s?est souvenu. Au point de vouloir laisser sa trace face au sillon creusé dans l?Histoire par les Talibans en Afghanistan. Sa plume a donc dessiné les courbures d?un être sur lequel le pouvoir s?acharne. Un rôle phare, un registre fort qu?il a confié à sa femme : Pamella Edouard.
Seule, ce soir, sur la scène du théâtre de Port-Louis, la comédienne enlèvera le voile qui étouffe ses émotions. Il sera temps de dire la vérité. ?Vivre et dire pour ne pas mourir.? Même si elle n?a pour toute audience que des ?anges imaginaires.? La soutenant, l?épaulant dans son récit, des accords de sitar et de tabla signés Clarel Betsy.
La mise en scène de ces trois-quarts d?heure de ?symbole de résistance, de rébellion à la force aveugle de l?abus?, est assurée par Christophe Luthringer. C?est dans un tout autre registre qu?il était venu présenter Pierre et Papillon, il y à peine deux mois de cela. Pièce montée sous la bannière du Septentrion, association culturelle crée en 1993.
Contexte particulier pour la création de Houria, la femme que j?étais. En effet, la pièce a vu le jour le 8 mars 2004, Journée internationale de la femme, au siège de l?Unesco. Avant de faire salle comble dans des salles parisiennes. Hommage que la critique estime méritée pour cet ?hymne universel à la liberté du corps, à la lisière d?un destin d?afghane et d?un monde d?images qui résonne en chacun de nous.?
Pamella Edouard, vecteur d?émotions acclamé
■ ?Elle a le petit grain de folie.? Commentaire de Henri Favory, l?un des premiers metteurs en scène à avoir modeler la comédienne Pamella Edouard.
C?était au siècle dernier. Il y a de cela presque une éternité. Le couple Favory se rend à une fête donnée au château du Réduit. Au cours d?un sketch, l??il de Marie-France et d?Henri est captivé par une jeune fille. Après la représentation, Pamella s?approche d?eux. Entame la conversation. Montre de l?intérêt pour leur troupe. Et finit par l?intégrer.
- Aboutissement de plusieurs mois de travail : la création de ?Nu Traversé?. ?Sur la couverture du texte de cette pièce, il y a trois visages : celui de Marie-France, de Pamella et d?une autre. ? De ce passage, Henri Favory garde un souvenir encore vivace. ?Je travaille avec tous ceux qui viennent à moi. C?est après que je fais mon choix, quand j?ai repéré une voix, une disponibilité, une qualité d?émotion. Dans le travail, Pamella ne se ménageait pas.?
Savoir tout donner. Pour Pamella et Henri, ?Nu Traversé? sera aussi la découverte de la ?disponibilité intérieure.? Terme qui, dans le vocabulaire théâtral du metteur en scène, signifie, ?ne pas être coincé à l?intérieur. Je propose des exercices. C?est là que se dévoilent ceux qui y entrent spontanément. La comédie c?est un peu comme Dieu. Ca n?aime pas les tièdes.? Pamella brûlait déjà. Avec ?Nu Traversé?, elle jouera à Maurice, au Festival de St Leu à la Réunion et à Johannesbourg. Avant de ?prendre d?autres risques dans sa quête de soi-même.?
Recherche qui s?avère payante. La critique française ne lésine pas sur les qualificatifs élogieux à l?égard de la Mauricienne. Entre ?innocence enfantine et lucidité radicale?, la ?tragédienne consommée? qui ?sert ce très beau texte avec une émotion remarquablement maîtrisée? a visiblement séduit.
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